Jan 16

LE PLAN DU GOUVERNEMENT POUR FERMER FESSENHEIM

Le secrétaire d’État à la Transition écologique et solidaire, Sébastien Lecornu, lance jeudi la fermeture de la centrale.

Le gouvernement donne le coup d’envoi jeudi de la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin). Un serpent de mer vieux de six ans : la centrale « sera fermée à la fin de l’année 2016« , avait promis François Hollande en 2012. Depuis… « rien« , à en croire le secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, Sébastien Lecornu, chargé par Emmanuel Macron et Édouard Philippe de déminer ce dossier. C’est en novembre que les services de l’État concernés se sont réunis pour la première fois sur ce sujet. Quant aux élus locaux, ils avaient appris par les médias en avril 2017 que la ministre de l’Écologie, Ségolène Royal, avait signé le décret actant la fermeture de la centrale. Depuis, ils attendent.

« C’est un contexte difficile, parce qu’on ne peut pas dire que les uns et les autres ont toujours été très corrects avec les acteurs alsaciens et les salariés de la centrale, confie Sébastien Lecornu. Il faut démarrer un travail qui aurait dû l’être il y a bien longtemps. » Il y a urgence : la centrale sera mise à l’arrêt dès le démarrage de l’EPR de Flamanville (Manche), fin 2018 ou début 2019. Lecornu est attendu sur place jeudi pour une visite de trois jours. Il doit faire le tour de tous les acteurs concernés : les élus locaux, qu’il avait déjà reçus en décembre au ministère, les syndicats et la direction de la centrale, les acteurs économiques de la région et même les représentants des voisins allemand et suisse. Il installera à cette occasion un « comité de pilotage » composé de différents groupes de travail chargés de débroussailler les différents enjeux du dossier, du volet social à la reconversion du site en passant par la stratégie foncière, les infrastructures ou la fiscalité locale.

Les Alsaciens l’attendent de pied ferme. Car la centrale, c’est 800 salariés d’EDF, mais aussi 330 entreprises sous-traitantes, soit environ 1.900 emplois directs et indirects au total. Si la fermeture est actée, « il ne s’agit pas d’abandonner ce territoire, mais de l’accompagner, souligne le secrétaire d’État. Il n’y a pas de fatalité. Si on s’en occupe, il y a des promesses économiques et industrielles qui sont tenables à Fessenheim« .

« On n’est pas là pour faire un chèque et s’en aller »

Alors que les habitants s’inquiètent pour la sécurité de leur approvisionnement électrique – la centrale représente 65% de la consommation d’électricité de la région -, il promet d’ores et déjà « un projet pilote particulièrement ambitieux de développement des énergies renouvelables sur ce secteur, qui créera de la richesse, de la fiscalité et quelques emplois« .

Avec l’arrêt de la centrale, c’est aussi une manne fiscale qui va disparaître dès 2019 : 14,3 millions d’euros de recettes en moins pour les collectivités locales, dont 6,5 millions pour la communauté de communes, 5 millions pour le département et 2,1 millions pour la région. « On ne les abandonnera pas à un désarroi budgétaire », assure Sébastien Lecornu. Mais « on n’est pas là pour faire un chèque et s’en aller. On est là pour transformer ce territoire et co-construire un projet de transition avec les élus« .

Emmanuel Macron a demandé au gouvernement que ce dossier sensible soit mené « de manière exemplaire« . Le ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, veut en faire un « cas d’école« . Car l’arrêt de la plus vieille centrale française est plus qu’un symbole : elle doit préparer la voie à d’autres fermetures. Pour faire passer la part du nucléaire dans la production d’électricité de 75% à 50%, Hulot a estimé qu’il faudrait fermer « probablement entre 17 et 25 réacteurs » sur les 58 que compte le parc nucléaire français. La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) doit en préciser le nombre et le calendrier d’ici fin 2018. Une ambition qu’une levée de boucliers à Fessenheim viendrait sérieusement compromettre. Dans ces conditions, le gouvernement n’a pas le droit à l’erreur.

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