Jan 21

SAURA-T-ON ENFIN LA VÉRITÉ SUR LE NUAGE RADIOACTIF QUI A CONTAMINÉ 14 PAYS, DONT LA FRANCE ?

Près de quatre mois après la découverte entre septembre et octobre 2017 d’une pollution de l’air au ruthénium 106 dans le sud-est de la France, mais également dans treize autres pays d’Europe, l’origine précise de cette contamination radioactive n’est toujours pas établie. Fin novembre, après avoir de longues tergiversations, la Russie et son agence de météorologie Rosguidromet ont reconnu avoir repéré à Arguaïach une concentration extrêmement élevée de ce produit de fission issu de l’industrie nucléaire.
Or ce village du sud de l’Oural est situé à 30 kilomètres du complexe nucléaire Maïak où s’est produit l’un des pires accidents nucléaires de l’histoire en 1957,  et qui sert aujourd’hui de site de retraitement de combustible nucléaire usé.  Il n’en fallait pas davantage pour convaincre Greenpeace Russie que la source de la pollution avait été localisée et que de surcroît, Rosatom, la société d’État russe gérant l’activité de toutes les entreprises du secteur nucléaire en Russie,  avait éventuellement dissimulé un incident nucléaire. Mais alors qu’une demande d’ouverture d’une enquête a été déposée par l’organisation écologiste auprès de la justice russe, le conglomérat a affirmé sans attendre « qu’aucune anomalie n’a été observée sur les équipements du groupe public Rosatom et les règles de sécurité restent parfaitement respectées ».

Deux médias français ont prélevé de la terre dans l’Oural

Faute de réponse à cette énigme que l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) n’a curieusement pas cherché à résoudre, deux médias français se sont rendus près de l’installation nucléaire de Maïak où ils ont récolté des échantillons de terre. À leur retour, les journalistes ont confié ces prélèvements à un physicien de la CRII-RAD, une association indépendante créée en 1986, après la catastrophe de Tchernobyl. Les analyses de la terre rapportée de l’Oural sont inattendues : certes, du ruthénium a été retrouvé dans les six échantillons, mais la concentration du radio-isotope dans le sol, 100 fois inférieure aux résultats attendus par les scientifiques, ne colle pas avec la théorie d’un nuage nucléaire qui se serait échappé accidentellement de ce centre de retraitement de déchets nucléaires.

Le crash d’un satellite selon la Russie

Pour la CRIIRAD, il ne peut y avoir que deux explications : soit un incident s’est réellement produit ici, mais pour des raisons météorologiques, il n’y a pas de retombées radioactives sur place, soit l’origine de la pollution se situe ailleurs dans l’Oural où se trouvent d’autres installations nucléaires. Dans ce contexte de doute, la Russie a trouvé une occasion d’évoquer à nouveau son hypothèse d’un crash d’un satellite alimenté au Ru-106. « Peu crédible », a fait savoir l’AIEA, qui justifie son immobilisme dans cette affaire en expliquant n’avoir mandat pour enquêter sur un incident nucléaire que lorsque son origine est connue.

Une commission d’enquête internationale fin janvier

En signe de leur bonne volonté, les autorités russes ont proposé qu’une commission d’enquête internationale se réunisse le 31 janvier. Les conditions des investigations scientifiques à conduire dans l’Oural pourraient être fixées à cette occasion, mais le temps presse : le Ru-106 a ceci de particulier, que son niveau de radioactivité se réduit de moitié chaque année. Le risque est grand, en définitive, que l’on ne sache jamais vraiment ce qui s’est produit … 

Lionel Laparade (@LLaparade)

https://www.ladepeche.fr/article/2018/01/20/2725698-levera-mystere-nuage-radioactif-contamine-14-pays-europeens-dont-france.html