Jan 31

SÛRETÉ NUCLÉAIRE : «NOUS ALLONS METTRE EN PLACE UN DISPOSITIF ANTI-FRAUDE»

Le président de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) annonce des mesures pour lutter contre le risque de falsification de pièces destinées aux réacteurs.

À l’issue de la présentation ce lundi des vœux de l’Autorité de sûreté nucléaire <http://www.leparisien.fr/actus/asn> (ASN), le patron Pierre-Franck Chevet nous a confié son intention de créer dès cette année une «task force» anti-fraude. Il a également apporté des précisions sur la manière dont ses services vont désormais travailler sur la sécurité nucléaire, et sa vision du stockage des déchets à Bure (Meuse).

Pourquoi créer une telle équipe anti-fraude au sein de l’ASN ?

Cela fait partie du retour d’expérience issu de l’affaire des dossiers potentiellement falsifiés à l’usine du Creusot <http://www.leparisien.fr/economie/nucleaire-le-rapport-qui-accable-areva-07-04-2017-6832605.php>  (Saône-et-Loire) d’Areva. Comment une telle fraude a-t-elle pu courir pendant près d’un demi-siècle, sans que ni des responsables de l’usine, ni le donneur d’ordre EDF, ni les pouvoirs publics, et enfin ni l’ASN, n’aient été en mesure de débusquer plus tôt la supercherie ? Nous allons donc constituer une équipe d’une dizaine d’inspecteurs spécialisés et mettre en place un dispositif anti-fraude. Un gros travail de formation va être mis en œuvre, même si un certain nombre d’entre eux sera déjà nourri de l’expérience du Creusot. L’équipe devrait être opérationnelle d’ici un an, début 2019. Mais je précise qu’un certain nombre d’actions a déjà été lancé, y compris par les entreprises elles-mêmes. Ce qui a permis de mettre en évidence, pas forcément des fraudes, mais en tout cas des choses pas très carrées, des anomalies. Auparavant, le principe des contrôles reposaient sur la confiance. Aujourd’hui, ce n’est plus possible. Et il nous faut trouver un nouveau système. D’où l’idée de cette équipe dédiée. Les entreprises risquent d’ailleurs de s’en inspirer pour créer leurs propres «task-force» en interne. Elles ont bien conscience que cela ne peut que leur nuire, et plus globalement nuire à l’ensemble du secteur.

Le Creusot pourrait ne pas être un cas isolé ?

Si le Creusot a marqué les esprits par l’ampleur des irrégularités, ce n’est malheureusement pas un cas isolé. Des cas similaires ont déjà été observés à l’étranger. Par exemple, il y a quelques années, en Corée du Sud, sur des composants certes de plus petites tailles, mais qui rentraient directement dans la fabrication des réacteurs, et influaient donc sur la sûreté nucléaire. Il faut faire en sorte que cela ne puisse plus se reproduire.

Le rapport de l’ONG Greenpeace publié en octobre 2017 <http://www.leparisien.fr/economie/risque-terroriste-des-failles-dans-la-securite-des-centrales-nucleaires-10-10-2017-7320102.php>  a également pointé du doigt la sécurité nucléaire…

De nombreuses mesures sont actuellement à l’étude pour améliorer la sécurité nucléaire, qui définit, je le rappelle, la lutte contre les actes de malveillance, dont la forme extrême est le terrorisme. Jusqu’à présent, l’ASN ne s’occupait pas du tout de ces problématiques liées à la sécurité, contrairement à la plupart des autres pays. Mais la loi de transition énergétique de juillet 2015 a prévu de nous confier dès le second semestre les risques de sécurité liés aux sources radioactives. C’est un premier pas pour nous dans le domaine de la sécurité. Ces sources, de l’uranium par exemple, sont des éléments hautement radioactifs, qui servent à prendre des radiographies, notamment sur des canalisations. Et vérifier ainsi leur bonne conformité. Ces éléments sont extrêmement dangereux et doivent faire l’objet de manipulations sécurisées. Notre travail consistera à nous assurer que ces sources radioactives très puissantes ne tombent pas entre de mauvaises mains.

Le stockage en profondeur des déchets de longue vie, qui doit être mis en œuvre à Bure <http://www.leparisien.fr/societe/dechets-nucleaires-la-poudriere-du-site-de-bure-24-10-2017-7351137.php> , vous paraît-il la meilleure solution ?

Compte tenu des avancées techniques actuelles, c’est même la seule solution. Cette position est d’ailleurs partagée au niveau international. Certes, le stockage sub-surface, c’est-à-dire juste en-dessous du sol, est possible. Mais c’est une réponse à 100 ans, pas à 100 000 ans, car elle nécessite un contrôle humain permanent. En revanche, il a été convenu que le stockage géologique profond soit réversible pendant au moins une centaine d’années. Le dossier qui nous a été remis est un bon dossier. La qualité de la zone argileuse est bonne. Nous avons juste émis une réserve sur les déchets radioactif coulés dans du bitume qui représentent 20 % des déchets. Comme il s’agit d’hydrocarbures, ils sont inflammables. La solution est soit de les traiter avant l’enfouissement pour diminuer ce risque, soit de créer des infrastructures pour répondre à ce risque.

Propos recueillis par Erwan Benezet et Vincent Vérier.

http://www.leparisien.fr/economie/surete-nucleaire-nous-allons-mettre-en-place-un-dispositif-anti-fraude-29-01-2018-7529892.php