Fév 04

NOUVELLE POSTURE NUCLÉAIRE AMÉRICAINE: LA RUSSIE ET LA CHINE VOIENT ROUGE

La publication d’un document sur la nouvelle « posture nucléaire » des États-Unis, vendredi 2 février 2018, a provoqué de vives réactions en Russie et en Chine. Alors que l’administration Trump souhaite doter le pays de nouvelles armes nucléaires à faible rayon d’action, Moscou dénonce le caractère « belliqueux » et « anti-russe » de ces annonces, et Pékin appelle Washington à sortir de sa « mentalité de guerre froide ».

Le rêve de Barack Obama, « bâtir un monde débarrassé des armes nucléaires », n’est plus à l’ordre du jour à Washington sous Donald Trump. Partant d’un constat sombre sur l’évolution des affaires internationales, Washington a décidé de revoir sa posture nucléaire pour la première fois depuis 2010.

« Dès la première lecture, le caractère belliqueux et anti-russe de ce document saute aux yeux », pouvait-on lire dans un communiqué de la diplomatie russe samedi, après la publication la veille de ce nouveau texte de référence aux États-Unis, qui prévoit un renforcement du dispositif américain face aux menaces.

Les États-Unis veulent notamment se doter de nouvelles armes nucléaires à faible rayon d’action pour renforcer leur dissuasion, mettant en avant le réarmement de la Russie dans ce domaine précis qu’il convient de contrer selon Washington, mais aussi le risque chinois et l’émergence de nouveaux acteurs comme la Corée du Nord

Le point de départ de cette nouvelle posture, c’est le constat d’une dégradation brutale de l’environnement stratégique depuis 2014. Les États-Unis ne peuvent plus continuer à réduire le rôle de l’arme nucléaire dans leur stratégie, en raison de la réémergence de tensions avec des grandes puissances, en particulier la Russie et la Chine, en raison de l’émergence d’adversaires nucléaires régionaux, par exemple la Corée du Nord. En ce changement réside l’explication de la nouvelle posture, qui est très différente dans l’esprit de celle qui avait été mise en avant par Obama en 2010

Le ministère russe des Affaires étrangères se dit « profondément déçu » de cette évolution et promet une réaction : « Nous devrons bien entendu prendre en compte les approches qui sont désormais en circulation à Washington et prendre les mesures nécessaires pour assurer notre sécurité. »

Même son de cloche du côté de Pékin

« Nous espérons voir les États-Unis renoncer à leur mentalité de guerre froide, prendre au sérieux leurs responsabilités sur la question du désarmement et corriger leur perception des intentions stratégiques de la Chine », informe ce dimanche le ministère de la Défense chinois.

« La paix et le développement sont des dynamiques mondiales irréversibles. Les États-Unis, pays qui possède le plus important arsenal nucléaire mondial, devraient prendre l’initiative de suivre cette tendance au lieu d’aller à son encontre », ajoute le communiqué.

Dans la posture américaine, la Chine et la Russie se voient placées au centre des préoccupations de la défense des États-Unis. « Nous espérons que Washington reste conscient du niveau de danger élevé que représentent ces directives d’un point de vue de planification militaire pratique », répond la diplomatie russe.

On avait déjà, dans l’arsenal stratégique américain, de manière générale, une assez grande flexibilité dans les options de frappes limitées. Mais l’administration a considéré que cette flexibilité n’était pas suffisante. Elle s’appuyait beaucoup sur les bombardiers stratégiques ou sur l’aviation de manière générale, ce qui posait des problèmes en termes de réactivité, de réponse rapide, en termes de discrétion et en termes de vulnérabilité aussi, d’où l’accent qui a été mis dans la posture actuelle sur les capacités portées par les sous-marins.

Les mécanismes de contrôle des armements mis en cause selon Moscou

Dénonçant les « clichés », Moscou rejette ses « accusations farfelues », notamment celles, « infondées », d’ingérences et de violations des accords sur le contrôle des armements. Et de dénoncer, de la part des États-Unis, « une tentative injuste de rejeter sur les autres leur propre responsabilité ».

Aux yeux de la diplomatie russe, « la détérioration de la situation en matière de sécurité internationale et régionale et pour le déséquilibrage des mécanismes de contrôle des armements » n’est en effet pas de son fait, mais « le résultat d’une série d’actes irresponsables des États-Unis eux-mêmes ».

Fin 2016, le président Poutine a ordonné un renforcement de la force de frappe nucléaire russe et une modernisation des armements, justifiés par le renforcement de la présence militaire de l’Otan à ses frontières. Mais les dépenses militaires de Moscou, bien que conséquentes, sont encore loin de celles des États-Unis.

Si vous souhaitez télécharger le rapport complet (en anglais), cliquer sur :

 US Nuclear Posture Review : télécharger le document en anglais (PDF)

Pour écouter 2 entretiens de Corentin Brustlein, responsable du Centre des études de sécurité de l’Institut français de relations internationales (Ifri), cliquer sur

http://www.rfi.fr/ameriques/20180204-trump-usa-posture-nucleaire-États-unis-russie-chine-coree