Mar 04

MISSILES RUSSES: DE LA FRAPPE ET DE LA CONTRE-FRAPPE

L’allocution annuelle du président russe Vladimir Poutine devant le parlement n’était pas une annonce mais plutôt une réponse précise à une menace directe émanant des adversaires acharnés de la Russie.

Les médias dits Mainstream ou dominants, ont présenté les choses bien différemment en focalisant sur le caractère « spontané » et « soudain » des « arguments » russes.

Au mépris du temps, les médias occidentaux et arabes ont réagi de même en 1990 lorsque après avoir reçu des menaces d’anéantissement de la part de ses anciens alliés, Saddam Hussein déclara lors d’une conférence de presse qu’Israël devait choisir avec quelle arme il devait être détruit en exhibant une fiole (l’Irak sera détruit à cause d’une autre fiole plus d’une décennie plus tard) contenant des éléments d’une arme chimique binaire.

Le manque d’innovation commence à sérieusement entamer les stratégies communicationnelles des principales grandes puissances.

Jamais un président russe n’avait consacré autant de temps à la description de certains systèmes d’armes de nouvelle génération capable de neutraliser les « boucliers » antimissiles mis en place depuis des années autour de la Russie et de la Chine sous d’autres prétextes plus ou moins connexes mais toujours fallacieux (alternance entre une hypothétique menace iranienne et une menace réelle nord-coréenne sinon c’est l’outil fourre-tout terrorisme et simili-Daech).

Poutine répondait à une menace très précise. Trop précise. Certains milieux très influents en Occident ont décidé et sont prêts pour la première fois à assumer les conséquences terribles d’un conflit thermonucléaire global en estimant qu’au final la Russie et la Chine en sortiront humiliés, vaincus et détruits.

L’électrochoc russe fut suivi, moins de deux jours plus tard, par une véritable foudre chinoise: sans aucun discours, les dirigeants chinois ont laissé fuiter dans le domaine public deux allusions surprenantes quant aux projets immédiats de la Chine en matière de défense:

Pékin a entamé la conception non pas de quatre mais de dizaines de porte-avions (l’information circulant dans certains milieux du Parti communiste chinois parle de fonds alloués pour la construction de 24 unités!);
Le développement des capacités de lutte antisatellite et de guerre électronique a atteint un tel niveau que Pékin estime avoir la capacité d’envoyer la moitié du globe de l’âge numérique à l’âge de pierre sans avoir à déclencher le moindre  conflit.

Le fait que la Chine et la Russie aient ressenti le besoin de « répondre » démontre à quel point ils se sont non seulement sentis menacés par la nouvelle posture nucléaire US mais eu des informations détaillées sur des préparatifs de guerre visant leurs grandes villes et infrastructures.

Les puissances « révisionnistes » ont profité des turpitudes des politiques US et celles de leurs alliés pour monter en puissance. À Washington, on commence à se rendre compte, très tardivement, que la décision de faire la guerre à l’Irak et à se noyer dans des guerres interminables dans le monde musulman, a signé l’arrêt de mort du «nouveau siècle américain » si prometteur. La malédiction mésopotamienne existe. Les avertissements des chamanes amérindiens et sibériens avant l’invasion de Bagdad en 2003 n’étaient pas vains: L’empire s’effondre.

En face, un Poutine regrettant amèrement la chute de l’Union Soviétique et un dirigeant chinois ayant arboré le treillis de combat et la symbolique est d’une extrême violence pour la pensée chinoise, ont mis fin à la « Fin de l’Histoire » et s’attellent désormais à refonder un monde nouveau.

Vouloir frapper avec la force maximale deux adversaires qui survivront à la première frappe puis qui vous assèneront sans l’ombre d’un doute furtif une seconde frappe révèle soit un manque flagrant de stratégie réelle ou la fin de la pensée stratégique.

Source: Strategika

https://french.almanar.com.lb/800050