Mar 06

SUISSE : LE REDÉMARRAGE DE BEZNAU RELANCE LE DÉBAT NUCLÉAIRE

Après avoir obtenu le feu vert de l’Inspection fédérale, le groupe Axpo annonce que le réacteur argovien sera reconnecté au réseau à fin mars, après trois ans de repos. Les antinucléaires se mobilisent

La remise en service du réacteur I de Beznau à la fin du mois déclenche une nouvelle onde de choc dans les milieux antinucléaires. Ceux-ci espéraient que la plus vieille centrale en activité du monde – Beznau I date de 1969, le second de 1971 – soit définitivement arrêtée, ce qui serait en adéquation avec la Stratégie énergétique 2050 (SE 2050), qui prévoit l’abandon progressif de l’atome.

Tel ne sera pas le cas. Une heure après que l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN) a, à son siège de Brugg (AG), donné son feu vert au redémarrage de la tour I, à l’arrêt depuis exactement trois ans, son propriétaire, Axpo, a annoncé qu’elle serait rebranchée à la fin du mois. D’entente avec l’IFSN, l’exploitant doit encore procéder à une série de tests dans le but de démontrer que la machine peut être relancée sans dommage malgré ses trois années de repos. «Nous allons superviser ces tests», précise Hans Wanner, directeur de l’IFSN, qui rappelle que le seul critère déterminant est la sécurité. «Axpo nous a apporté les preuves nécessaires», décrète-t-il

Manifestation à Baden

Beznau I va ainsi recommencer à produire de l’électricité sept ans après la catastrophe de Fukushima, qui a donné le coup d’envoi à la SE 2050. «C’est un jour noir pour la sécurité nucléaire en Suisse», tonne Florian Kasser, de Greenpeace. La Fondation suisse pour l’énergie (SES) est du même avis. Le Parti socialiste et les Verts sont eux aussi consternés. Tous appelaient mardi à manifester en début de soirée devant le siège d’Axpo, à Baden. Pacifiquement, mais bruyamment. Chacun était invité à prendre avec lui des objets sonores, «de la casserole de cuisine au stradivarius».

Les investigations, très techniques, ont abouti à la conclusion que les défauts de Beznau n’étaient pas identiques à ceux constatés sur les sites belges. Comme il était impossible de prélever des échantillons sur la cuve elle-même, Axpo a construit une réplique de son installation, utilisant les mêmes techniques que celles qui étaient connues dans les années 60.

Les recherches ont convaincu les experts de l’IFSN ainsi que les ingénieurs externes que l’intégrité du matériau n’avait pas été affectée par les oxydes d’aluminium détectés sur l’extérieur de la cuve de pression et que l’exploitation pouvait reprendre.

Une méthode arbitraire?

Patron d’Axpo, Andrew Walo explique que l’arrêt de Beznau I a coûté 350 millions de francs au groupe, dont 270 millions pour l’achat de courant compensatoire. Le réacteur représente environ 5% de la production d’électricité en Suisse. Au total, Axpo a investi 2,5 milliards pour que sa centrale respecte les standards de sécurité. Le groupe entend exploiter le site jusque vers 2030, ce qui fera une soixantaine d’années d’activité au total.

Les antinucléaires ne sont pas satisfaits. «Beznau avait été construit pour durer trente ans, pas soixante», protestent-ils. Ils continuent de réclamer l’arrêt définitif du doyen des réacteurs. Ils reprochent à l’IFSN d’avoir choisi arbitrairement une méthode d’évaluation favorable à la reprise de l’activité de la centrale. L’Inspection fédérale a examiné trois méthodes, qui se différencient par la température de référence déterminante pour l’activité d’un réacteur. Celle qui a été retenue aboutit à une température de 83 degrés, alors que le maximum légal autorisé est de 93°. Or une autre méthode, présentée comme moins scientifique par l’IFSN, aboutissait à une température de 98°. «La marge d’erreur est énorme et le principe de précaution aurait voulu qu’on retienne la méthode la plus prudente. De trop nombreuses incertitudes demeurent», estime Florian Kasser.

Les antinucléaires disent vouloir examiner les moyens juridiques de s’opposer au redémarrage de Beznau I. Toutefois, l’autorisation délivrée par l’IFSN n’est pas sujette à recours. Florian Kasser compte désormais sur le Tribunal administratif fédéral, qui est déjà saisi d’une requête portant sur la résistance des centrales nucléaires aux risques de séismes, pour faire fermer Beznau. Il compte aussi sur une mobilisation politique.

https://www.letemps.ch/suisse/redemarrage-beznau-relance-debat-nucleaire