Mar 11

EPR : ÉPILOGUE DU FEUILLETON FINLANDAIS D’AREVA

Le groupe nucléaire va débourser plusieurs centaines de millions d’euros de pénalités pour le retard de dix ans du chantier du réacteur d’Olkiluoto.

Après des années de fortes tensions entre Areva et l’électricien finlandais Teollisuuden Voima Oyj (TVO), les deux sociétés sont en train de mettre la dernière main à un accord sur le dossier de la construction du réacteur EPR (troisième génération) d’Olkiluoto (OL3). Au ministère français de l’économie et à la direction du groupe nucléaire, on estime que sa finalisation n’est plus qu’une question de jours.

Ce compromis permettra de clore la procédure d’arbitrage engagée par les deux parties devant la Chambre de commerce internationale de Londres : TVO réclamait 2,6 milliards d’euros à son fournisseur français pour un retard de dix ans dans la mise en service d’OL3, dont la facture initiale a triplé pour atteindre 9 milliards ; Areva demandait 3,4 milliards, imputant cette dérive du calendrier et certains surcoûts à TVO et aux lenteurs de STUK, l’autorité de sûreté nucléaire locale.

L’accord intervient un an avant la mise en service commercial du réacteur, prévue en mai 2019. Il est clair que c’est Areva SA, et non TVO, qui devra payer des pénalités. Mais la France s’en tire bien : elle est parvenue à un bon accord, qui l’obligera quand même à débourser plusieurs centaines de millions d’euros, fait savoir une source bien informée.

Reste que c’est finalement le contribuable qui paiera. Sur les 4,5 milliards de recapitalisation décidés par le gouvernement en 2017 pour l’ancien ensemble Areva, 2 milliards ont été affectés à Areva SA, notamment pour régler le passif d’OL3.

Errements des années 2000

Le solde de 2,5 milliards a été versé à Orano, nouvelle dénomination des activités de l’ancien Areva dans le cycle de combustible (mines, enrichissement de l’uranium, retraitement des déchets). Actionnaire à 87 % de l’ex-Areva, l’État règle ainsi la facture des errements des années 2000, qui ont poussé Areva à la quasi-faillite avec une perte cumulée de plus de 10 milliards entre 2011 et 2016.

Début 2016, Emmanuel Macron, alors ministre de l’économie, avait chargé le président et le directeur général d’Areva, Philippe Varin et Philippe Knoche, de trouver un compromis avec TVO. Lui-même en avait discuté avec son homologue finlandais, Olli Rehn, ex-commissaire européen aux affaires économiques, un libéral rugueux dans la discussion. Ils s’étaient donné « un mois pour laisser les entreprises et les actionnaires trouver les conditions d’un accord ou d’une voie de sortie ».

Sans succès. TVO était allé devant la justice européenne pour s’opposer à la refonte de la filière nucléaire française décidée par le chef de l’État, François Hollande. « Cette restructuration ne doit pas compromettre le chantier de l’EPR », prévenait le responsable du projet, Jouni Silvennoinen, inquiet de voir son partenaire manquer de capitaux et de compétences pour terminer les travaux d’OL3.

L’issue du contentieux était si incertaine que le PDG d’EDF, Jean-Bernard Lévy, avait refusé de reprendre le passif finlandais lors du rachat d’Areva NP, la filiale de fabrication des réacteurs d’Areva (rebaptisée Framatome). En 2017, une structure ad hoc, Areva SA, avait donc été créée pour régler le « cas OL3 » au moment de la création d’Orano.

Difficultés au fil des chantiers

L’EPR d’Olkiluoto a été le premier réacteur de troisième génération de technologie française commandé par un électricien, deux ans avant qu’EDF décide d’en construire un à Flamanville (Manche). Deux « têtes de série » qui ont vu s’accumuler les difficultés au fil des chantiers. Deux autres sont en cours d’achèvement à Taishan (sud de la Chine) et EDF en construit deux à Hinkley Point (sud-ouest de l’Angleterre). Un maigre bilan pour un réacteur dont la conception a débuté il y a vingt-cinq ans.

EDF et Framatome travaillent actuellement à un « EPR optimisé » censé être plus compétitif face aux concurrents russes, américains, coréens et chinois. Car on ne peut pas dire que la version actuelle de l’EPR soit un produit d’appel pour l’industrie française, si l’on s’en tient au casse-tête de sa construction.

La France négocie depuis dix ans la vente de six réacteurs à l’Inde, où le président de la République se rend du 9 au 12 mars. Un protocole d’accord entre EDF et l’électricien national, Nuclear Power Corporation of India, avait été signé fin 2016 pour cette centrale de 10 000 mégawatts prévue à Jaitapur (ouest).

Samedi, EDF devait signer non pas un contrat commercial mais un nouveau protocole d’accord sur la fourniture à l’Inde de six réacteurs nucléaires dans l’ouest du pays. « On est en négociation, souligne-t-on à l’Élysée. Nous espérons, à l’occasion des vingt ans de notre partenariat stratégique, avoir un signal fort sur la durée de notre coopération avec l’Inde dans les secteurs structurants. » Le nucléaire civil en est un, comme l’aéronautique, la défense et l’espace.

Par Jean-Michel Bezat

http://www.lemonde.fr/economie/article/2018/03/10/epr-areva-en-passe-de-solder-son-lourd-contentieux-finlandais-avec-tvo_5268784_3234.html