Mar 25

LE MISTRAL, ÇA DÉCHIRE LE NUCLÉAIRE

Tout nouveau tout beau et déjà en lambeaux ! Le mistral vient de faire voler en éclats le revêtement d’un des bâtiments de la nouvelle usine Orano (ex-Areva) de conversion de l’uranium du Tricastin (NDLR : sans doute un Mistral gagnant !). Comurhex II déjà dans le sillage délabré de la vieille Comurhex I âgée de 55 ans ? Flippant…

Les crânes d’œuf de la nucléocratie, plus penchés sur les courbes de profits et leur promos personnelles que sur le réel, auraient-ils omis de prendre en considération un léger paramètre dans la conception de leur nouveau joujou atomique au Tricastin ? Telle la force du vent en vallée du Rhône ?

Ce qui vient de se passer dans la nuit du mercredi 21 mars vers 2 heures du matin sur le site d’Orano (ex-Areva) relève en effet de l’exploit.  Alors que nul n’ignore que le mistral glacial souffle très fort dans la vallée du Rhône avec souvent des pointes à 100 voir 120 km/h, près de 200 m² de revêtements d’un tout nouveau et flambant neuf atelier de la nouvelle usine de conversion d’uranium Comurhex II ont été arrachés par les bourrasques.

La tôle métallique extérieure a été déchiquetée, l’isolant a volé de toute part et mis à nu la structure métallique du bâtiment. Heureusement qu’aucun travailleur ne se trouvait à cette heure-là à proximité, sinon c’était la décapitation assurée.

Chapeau les artistes ! Chapeau et bizarre car voici peu le Directeur du site Orano (ex-Areva) du Tricastin affirmait dans un reportage télévisé que « avec Comurhex II on est maintenant sur des installations en béton au lieu d’être sur des structures métalliques« . Bon tout le monde n’est pas obligé de connaître ses dossiers sur le bout des doigts. Et puis on peut aimer aussi habiller de bleu sa maison.

Bien sûr des esprits chagrins ne manqueront pas de se demander comment il se fait que ce bardage ait cédé ? « Ce n’est pas normal effectivement« , dit Eric Pluche le directeur sécurité du site, « Il y a une anomalie qu’on n’explique pas pour l’instant« . Peut-être un de ces jours alors? Lorsque l’ASN aura donné son feu vert au démarrage de cette nouvelle installation de mort nucléaire. C’est que l’ASN n’aime pas contrarier ses mentors atomistes. Pourtant, de l’aveu même des responsables, le bardage a été installé par une entreprise spécialisée « qui est un prestataire habituel pour Orano« . Qu’est-ce que ça serait si l’entreprise venait de Turquie ou de Pologne.

Rassurons-nous : « Un périmètre de sécurité a immédiatement été mis en place afin d’assurer la sécurité du personnel et ce périmètre a été par la suite élargi afin « d’éviter tout sur-accident »  a tenu à déclarer la directrice de la propagande chez Orano-Tricastin.

Le bâtiment nucléaire (atelier 65), où la radioactivité règnera en maîtresse intraitable, devait être d’ici quelques mois le haut lieu des circuits du tétrafluorure d’uranium (UF4). Cette première conversion du yellow-cake nigérien en provenance par trains et camions de l’usine Orano-Areva de Malvési-Narbonne doit être convertie ici en hexafluorure d’uranium (UF6) nécessaire à la fabrication des produits de fission atomiques pour les réacteurs nucléaires et la fabrication des armes. Rejets quotidiens de radioactivité dans l’air autorisés.

Heureusement que ce bâtiment comme un certain nombre d’autres était en phase de test, d’essais et de qualification de ses équipements et que les activités de trituration des matières mortelles n’avait pas commencé.  Mais si les autres bâtiments ont été conçus et construit par les mêmes,  il y a de quoi se faire du mouron, non ? D’autant que le mistral étant toujours violent, les dégradations du bâtiment se sont accentuées tout au long des dernières 24 heures.

Un bijou à 1 milliard 200 millions d’€uros

Ce petit bijou de technologie, comme se plait à le qualifier Orano (ex-Areva) dans ses films promotionnels, c’est tout de même un investissement délirant de 1 milliard 200 millions d’€uros. Rassurez-vous, comme Areva est en faillite ce n’est pas elle qui paiera ni même sa nouvelle identité Orano : c’est vous, contribuable, car ainsi en ont décidé le Président de la République et le gouvernement en octroyant un don de près de 7 milliards à l’entreprise. Car l’ambition et la démesure sont en ligne de mire : produire 25% de l’hexaflorue UF6 mondial, 15 000 tonnes par an environ. Seul hic : la catastrophe nucléaire de Fukushima-Daïchi a accentué le déclin du nucléaire dans le monde et la demande d’UF6. Encore une prospective tricolore de la nucléocratie devenue caduque.

Aussi, alors que le début de la production avait été programmé initialement pour fin 2018, il se pourrait fort bien que, mistral aidant ou pas, le démarrage subisse quelques retards. Un peu à l’image des EPR de Finlande et de Flamanville. La techno-nucléocratie tricolore est devenue la spécialiste mondiale en la matière.

Il faudra donc continuer à faire tourner la vieille guimbarde Comurhex I (a), l’ancêtre de 55 ans d’âge, qui en était pourtant dans sa phase d’arrêt validée par l’ASN depuis le 31 décembre 2017. On refait donc une opportune demande de poursuite d’activité que le soi-disant « gendarme du nucléaire » ne pourra pas refuser. Même si de-ci de-là la quincaillerie est en état de déliquescence avancée. N’a-t-on pas déjà fait le coup voici quelques mois ? Dans un communiqué transmis à la presse le 24 octobre 2017, Areva Tricastin déclarait que l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) avait autorisé le redémarrage de l’usine historique de conversion de l’uranium Comurhex I.

Il est vrai que Comurhex I ou Comurhex II, tout le site du Tricastin est menacé d’un écroulement de la digue du canal de Donzère-Mondragon qui le surplombe de plusieurs mètres. Tsunami assuré, dégagement d’acide fluorhydrique garanti, diffusion de radioactivité jusqu’à Marseille et Lyon offert.

Mais finalement, chez Orano, on n’est pas si pressé. Le démantèlement de Comurhex I, prévu pour durer plus de 10 ans, générera un tel tonnage de déchets radioactifs qu’il faudra attendre la construction de poubelle nucléaire souterraine à l’image du projet démentiel de Bure (Cigéo) dont le principe éthique vis à vis des générations à venir, la conception et les caractéristiques techniques peu sécuritaires sont loin d’être réalisables et acceptables.  À moins qu’un nouveau stockage-poubelle nucléaire soit créé en Vaucluse-Drôme.

Alors … on continue ces conneries ou on arrête ?

J.R

(a) Comurhex I a produit dans les pires conditions et avec de nombreux accidents et fuites mortelles près de 460 000 tonnes d’uranium sous forme d’hexafluorure d’uranium (UF6) participant activement à la contamination de la planète entière. Les opérations d’assainissement, préalables à son démantèlement doivent se prolonger jusqu’en septembre 2019 au moins.

photo: DR et Next-Up organisation

http://coordination-antinucleaire-sudest.net/2012/index.php?post/2018/03/23/Le-Mistral-ca-dechire-le-nucleaire