Mar 27

BURE : LA PRESSION SUR LES OPPOSANTS EST « ÉNORME, INSUPPORTABLE »

« Samedi 24 mars, 19h30. On vient d’effectuer le trajet Bure – Mandres-en-Barrois, de la Maison de la résistance à une ferme achetée récemment par des copains. On allait les voir. Et on était suivis par un fourgon de gendarmerie depuis plusieurs kilomètres. Au croisement, voyant arriver notre véhicule, un 4×4 des forces de l’ordre a fait demi-tour au frein à main. » Trois hommes armés de fusils en sont sortis, manquant percuter une autre voiture, puis se sont précipités vers la voiture de Jérôme *, pour une énième vérification d’identité et fouille du coffre.

Lui est opposant au projet d’enfouissement des déchets nucléaires à Bure. Il sortait tout juste de l’assemblée générale de lutte regroupant les différentes composantes du mouvement.

« C’est tous les jours comme ça »

« C’est tous les jours comme ça, et même plusieurs fois par jour. La pression est énorme, constante, insupportable. On les voit au bout des jardins, à passer et repasser sans arrêt. Les habitants sont à bout, comme certains d’entre nous. » Il y a quelques semaines, le jeune homme a dû réconforter des amis ayant perdu leurs habitations construites dans le bois Lejuc. L’arrivée de 500 gendarmes et des bulldozers qui les suivaient, puis la deuxième perquisition, « violente », de la Maison de la résistance, ont laissé des traces.

« Pour pouvoir ensuite défricher et détruire cet écosystème de la forêt, ils ont rasé des lieux de vie en quelques heures. » L’opération s’est soldée par de nouvelles interpellations, gardes à vue, détentions préventives. Résultat : deux procès se sont tenus lundi dernier au tribunal de Bar-le-Duc. Et à l’accueil des jugements, des peines de prison ferme avec interdiction de territoire en Meuse et Haute-Marne (une dizaine à l’heure actuelle), la colère s’est exprimée. Des dégradations ont eu lieu dans le bâtiment.

Interdictions de manifester

Amandine*, Meusienne, évoque, elle, « dans notre beau pays de la liberté », les interdictions de manifester les 3 et 4 mars, ainsi que l’avancée, « coûte que coûte, du projet, au mépris des lois. Alors que des recours concernant le bois Lejuc ont été déposés, mettant en cause sa propriété par l’Andra ou des conflits d’intérêt des élus de Mandres qui ont voté sa cession. Et je ne parle pas de l’absence de concertation populaire véritable, ici et en général, dans le nucléaire. Mais on ne va pas baisser les bras. Le mouvement des opposants est uni, et le restera, avec ses différences de moyens d’actions, et son but commun ».

*Les prénoms ont été modifiés.

https://www.republicain-lorrain.fr/actualite/2018/03/26/bure-la-pression-sur-les-opposants-est-enorme-insupportable#0_0