Mar 31

DE WASHINGTON À FUKUSHIMA, JUSQU’À QUAND RÉPÉTERONS–NOUS « NEVER AGAIN » ?

Extraits : La manifestation du 24 mars 2018 pour le contrôle de la détention d’arme aux États-Unis dépasse largement le problème américain pour mettre en évidence des logiques propres aux violences structurelles auxquelles font face nos sociétés…

…Le matin-même, à quelques rues de là, chercheurs japonologues, cinéastes et victimes de l’accident nucléaire de Fukushima se réunissaient afin de faire un bilan de la situation actuelle concernant la protection des populations. De victimes à victimes, parce que les armes prennent des formes qui ne sont pas toujours celles que l’on veut croire, c’est avec enthousiasme que nous nous dirigeons vers la manifestation afin de partager notre soutien avec ceux et celles qui construiront le changement.

Never again

« Ici aussi on crie encore « plus jamais ça » pour la énième fois » glissais-je à l’oreille de Ruiko Muto, qui me répond par un sourire d’entendement approuvant l’ironie de la situation. Son regard à la fois fatigué mais inlassablement déterminé se perd dans la foule. Combien de fois aura-t-elle entendu ce « plus jamais ça ! ». Combien de fois l’aura-t-elle scandé aussi durant ces sept années qui ont suivi l’explosion de la centrale nucléaire de Fukushima. Victime directe de la contamination, cette femme aux cheveux grisonnants avait choisi de vivre au beau milieu de la nature dans une maison construite de ses mains. Le niveau d’irradiation ambiant interdit désormais les balades dans un environnement d’ordinaire luxuriant. Les événements de mars 2011 l’ont projeté à la tête des citoyens réclamant la prise de responsabilité de l’accident par l’État japonais via une procédure judiciaire qui n’en finit pas de durer. De tribunaux en tribunaux, de manifestation en manifestation, Ruiko Muto, infatigable, est venue cette fois à Washington pour raconter sa démarche. À ses côtés, Norma Field[1] sait où elle nous mène. Professeure émérite de l’université de Chicago, elle aussi n’en n’est pas à son premier combat.

Après avoir organisé avec Margherita Long (Professeure associée à l’Université de Californie) un panel de présentation relatif à l’accident nucléaire lors du congrès annuel de l’Association for Asian Studies, elle nous enfourne dans un taxi, en direction de la manifestation annoncée. « Ce sont des lycéens qui ont lancé l’appel », nous dit-elle. « Vous vous rendez compte ?! Ici, les jeunes ont une force d’expression impressionnante ». Mon regard croise celui de Katsuya Hirano, professeur d’histoire à l’université de Los Angeles qui approuve vivement : « Jamais on ne permettrait aux jeunes japonais de pouvoir s’exprimer de la sorte. C’est fabuleux ce qui se passe ici. Les jeunes ont une totale liberté d’expression. Au Japon, ils auraient été arrêtés dans leur entrain par les professeurs de l’école, par les voisins ou par leurs parents »…

…La petite fille de Martin Luther King, 10 ans, témoigne devant la foule : « Mon grand-père avait un rêve, j’en ai un aussi ! Je rêve d’un jour où le marché des armes ne sera plus. Je rêve d’un jour où nous pourrons nous rendre à l’école sans être tué par une balle perdue. Je rêve d’un jour où l’on cessera de protéger les armes pour protéger la vie »…

…Cette logique est semblable à celle qui motive la détention de l’arme nucléaire à l’échelle de la nation. Faut-il agir pour l’armement de la totalité des nations ou au contraire interdire l’arme nucléaire comme le suggère le projet de loi voté à New York le 7 juillet 2017[4] interdisant la prolifération de l’arme nucléaire. Ce texte voté par 122 voix sur les 193 pays reconnus par l’ONU est pour l’instant resté sans écho. La multiplication des accidents prouve pourtant que plus on arme, plus les crimes se multiplient. Concernant l’arme nucléaire, sa puissance est telle, que le crime qui en émanera sera ultime. Il ne sera plus temps alors de crier « Never again » !

Par Cécile Asanuma-Brice
samedi 31 mars 2018 – 09h10

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https://blogs.mediapart.fr/cecile-asanuma-brice/blog/120717/la-septieme-nuit-du-septieme-mois-0