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MUSIQUE POP ET MANŒUVRES MILITAIRES DANS LA PÉNINSULE CORÉENNE

La Corée du Sud et la Corée du Nord continuent de montrer des signes de rapprochement tandis que les États-Unis et l’ONU maintiennent la pression sur Pyongyang.

La Corée du Sud et les États-Unis ont entamé dimanche 1er avril des exercices militaires conjoints annuels plus discrets qu’à l’ordinaire alors que le dégel diplomatique avec Pyongyang s’accélère. Les manœuvres dites Key Resolve et Foal Eagle, qui se tiennent chaque printemps, avaient été repoussées pour éviter qu’elles ne coïncident avec les Jeux olympiques et paralympiques de Pyeongchang, qui se sont déroulés en février-mars.

Prévues pour durer tout le mois d’avril, elles ont été raccourcies de quatre semaines. De même, les alliés sud-coréens et américains s’abstiendront de déployer certains armements stratégiques, selon l’armée sud-coréenne.

Par le passé, ce type d’exercice ne manquait jamais de provoquer des tensions sur la péninsule. La Corée du Nord, dotée de l’arme nucléaire, les considère comme une sorte de répétition générale de l’invasion de son territoire.

Trois cent mille soldats en manœuvre

Mais cette année, un haut responsable sud-coréen, qui a fait le voyage de Pyongyang début mars, a fait savoir que le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un « comprenait » la décision prise par Washington et Séoul de mener ces exercices. Foal Eagle est un exercice de terrain qui rassemble environ 11 500 soldats américains et 290 000 militaires sud-coréens. Key Resolve est un exercice de commandement à base de simulations sur ordinateur.

Les Jeux olympiques en février 2018 en Corée du Sud ont été l’occasion d’un remarquable rapprochement qui a débouché sur un projet de sommet entre le Sud et le Nord, et d’un autre entre le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un et le président des États-Unis Donald Trump. Ce climat de détente a aussi permis l’organisation d’un concert où des stars de la pop sud-coréenne doivent se produire dimanche soir à Pyongyang.

Des groupes sud-coréens en concert à Pyongyang

Le concert, le premier d’artistes sud-coréens en Corée du Nord depuis plus de dix ans, survient en pleine période de détente sur la péninsule après deux années d’escalade due aux essais nucléaires et balistiques de Pyongyang. Les 120 Sud-Coréens, onze groupes ainsi que des danseurs, des techniciens et des adeptes de taekwondo, sont arrivés samedi 31 mars à Pyongyang.

Dimanche soir, ils donneront un concert dans le grand théâtre de Pyongyang Est, d’une capacité de 1.500 places. Mardi, ils se produiront conjointement avec des artistes nord-coréens au Gymnase de Ryugyong Jong Ju Yong qui peut accueillir 12 000 spectateurs.

Le pape François a encouragé dimanche le « dialogue » entre les deux Corées, lors de son message urbi et orbi.

Les Jeux olympiques avaient également permis la rencontre à Pyongyang de Kim Jong-un et du président du Comité international olympique (CIO) Thomas Bach, lequel a annoncé que la Corée du nord participerait aux JO de 2020 et 2022. Le président nord-coréen s’est par ailleurs rendu à Pékin la semaine dernière, pour la première fois depuis son arrivée au pouvoir en 2011. Il y a longuement rencontré son homologue chinois Xi Jinping.

L’ONU vigilante sur les sanctions contre Pyongyang

Le sommet inter-coréen, entre Kim Jong-un et le président sud-coréen Moon Jae-in, aura lieu le 27 avril. Il sera le troisième du genre après ceux de 2000 et 2007. Aucune date n’a en revanche été arrêtée pour le sommet entre les présidents nord-coréen et américain.

Ces nombreux signes de dégel ne signifient pas que la confiance s’installe entre la Corée du nord et la communauté internationale. L’ONU a ainsi frappé un grand coup vendredi 30 mars en punissant une cinquantaine de navires et sociétés accusés d’aider la Corée du Nord à contourner les sanctions internationales.

C’est la première fois que le Conseil de sécurité désigne une liste d’entités aussi large dans le cadre de l’embargo économique frappant la Corée du Nord. Cette liste « historique » est « un signe fort de l’unité de la communauté internationale dans nos efforts pour maintenir une pression maximale sur le régime nord-coréen », s’est félicitée dans un communiqué l’ambassadrice américaine auprès des Nations unies, Nikki Haley.

En 2017, à l’initiative de Washington, le Conseil de sécurité a imposé trois séries de sanctions économiques à la Corée du Nord qui touchent notamment ses exportations de charbon, de fer, sa pêche et son textile et limitent ses approvisionnements en pétrole. Ces mesures ont été décidées après des tirs de missiles et un essai nucléaire menés par Pyongyang, jugés menaçants pour la stabilité internationale.

Des mesures très ciblées

Au total, quinze navires et pétroliers nord-coréens voient leurs avoirs gelés et treize d’entre eux sont aussi interdits d’entrée dans les ports du monde entier. Douze autres bateaux sont également interdits d’entrée dans les ports internationaux.

L’ONU gèle par ailleurs les avoirs mondiaux de 21 compagnies maritimes et d’import-export, dont trois basées à Hong Kong et notamment Huaxin Shipping, qui avait livré du charbon nord-coréen au Vietnam en octobre 2017.

Deux sociétés chinoises – Shanghaï Dongfeng Shipping et Weihai World Shipping Freight – sont notamment accusées d’avoir fait transporter sur leurs navires du charbon nord-coréen. Douze sociétés nord-coréennes sont accusées d’être impliquées dans des livraisons frauduleuses de pétrole et de carburant. D’autres compagnies sont basées à Singapour, dans les îles Samoa et les îles Marshall, et au Panama.

Un homme d’affaires, identifié comme Tsang Yung Yuan, est frappé d’une interdiction de voyager et d’un gel de ses avoirs pour avoir organisé des livraisons illégales de charbon depuis la Corée du Nord, avec la complicité d’un intermédiaire nord-coréen basé en Russie.

Washington insiste sur un maintien des sanctions jusqu’à ce que de réels progrès soient enregistrés dans les tractations en vue du démantèlement du programme d’armes nucléaires de Pyongyang.

Un marché noir lucratif

Un rapport des experts de l’ONU chargés des sanctions contre la Corée du Nord publié en mars indiquait que l’adoption entre fin 2016 et 2017 de quatre trains de sanctions a fait émerger des « marchés lucratifs » pour des trafiquants cherchant à fournir du pétrole à Pyongyang et à lui faire exporter ses ressources naturelles.

Selon le rapport, la Corée du Nord a exporté entre janvier et septembre 2017 des produits interdits, notamment du charbon, générant des revenus estimés à près de 200 millions de dollars. Il évoque des pavillons de navire trompeurs, des transferts en mer de produits illicites entre navires et de la documentation frauduleuse destinée à masquer l’origine du charbon.

Pékin est le premier partenaire économique de la Corée du Nord, mais soutient les sanctions économiques de l’ONU

La Croix (avec AFP)

https://www.la-croix.com/Monde/Asie-et-Oceanie/Musique-pop-manoeuvres-militaires-peninsule-coreenne-2018-04-01-1200928377