Avr 12

NUCLÉAIRE : « ON A L’IMPRESSION QUE NICOLAS HULOT SE COUCHE DEVANT EDF ! »

Des ONG rencontrent ce jeudi le ministre de la Transition écologique. Leur but : qu’il ne repousse pas la fermeture des réacteurs nucléaires  aux calendes grecques.

Elles ont le sentiment de perdre du terrain et cela les met en colère : plusieurs dizaines d’associations membres notamment du collectif Réseau Action Climat France (Greenpeace, Fondation pour la Nature et l’Homme, WWF…) font entendre leurs voix ce jeudi 12 avril en rencontrant Nicolas Hulot au ministère de la Transition écologique. Leur objectif : que la PPE reste conforme aux engagements de la France.

La PPE ? Rappelons que cette « Programmation pluriannuelle de l’énergie » est la feuille de route que le gouvernement doit rendre publique d’ici la fin de l’année et qui devrait indiquer, pour les périodes 2018-2023 et 2024-2028, comment vont se développer concrètement les énergies en France.

Dans un pays où plus de 70% de l’électricité provient encore de l’atome, on n’étonnera personne en disant que l’enjeu majeur de cette PPE est d’indiquer clairement à quel rythme vont être fermés les réacteurs français. Or, au goût des ONG, l’actuel gouvernement ne semble pas pressé de traiter cette épineuse question. « On a l’impression qu’Hulot se couche devant EDF et que l’énergéticien n’en fera qu’à sa tête, comme d’habitude« , regrette Alix Mazounie, chargée des questions d’énergie chez Greenpeace. « On est là pour secouer le cocotier sur lequel le ministre s’est endormi ! »

Reculade

De fait, Nicolas Hulot a beau répéter que la PPE fixera un « cadre » précis de fermeture des réacteurs (ce que la précédente PPE, publiée en 2016, s’était bien gardée de faire…), on ne sait pas encore si le calendrier sera ambitieux ou non.

« Si c’est pour écrire une phrase lapidaire de type : ‘On commencera à se poser la question de la fermeture en 2028’, ce n’est pas la peine », tranche Alix Mazounie.

Rappelons que le ministre de la Transition écologique lui-même a contredit publiquement l’objectif – pourtant inscrit en toutes lettres dans la loi de Transition énergique de Royal – de parvenir à ce que l’électricité d’origine nucléaire ne représente plus que 50% du bouquet électrique national en 2025. Et précisé qu’il allait travailler sur une « échéance de 2030 ou 2035« . Un constat qui se voulait réaliste – ce n’est pas un secret, l’objectif de 2025 était difficilement accessible – mais qui était passé pour une pure reculade aux yeux des ONG.

En cette année 2018, plusieurs signaux les inquiètent encore : d’abord, une déclaration du conseil d’administration d’EDF à la fin du mois de janvier, affirmant qu’il n’était pas possible de fermer le moindre réacteur (sauf ceux de Fessenheim) avant 2029.

Et qu’il faudrait prolonger la durée de vie des réacteurs de dix, voire vingt ans – en dépit du fait qu’ils ont été construits, en termes de sûreté, pour une durée de quarante ans seulement.

« La procédure prévue par la loi, c’est qu’EDF aurait dû attendre la publication de la PPE pour se prononcer sur les moyens qu’il mettra en œuvre pour la respecter, s’étrangle Alix Mazounie. Il a décidé de prendre les devants, au mépris de toutes les règles et on n’entend aucun recadrage de la part de Hulot ! »

Quinze ans de retard

L’autre signal inquiétant pour les partisans de la fin de l’atome, est une révélation de nos confrères de BFM Business selon laquelle le gouvernement privilégierait le scénario le moins ambitieux de tous. C’est-à-dire une fermeture d’une dizaine de réacteurs d’ici à 2035.

Ce qui signifie concrètement qu’en 2035, encore 56% du bouquet électrique national serait d’origine nucléaire et qu’il faudrait attendre environ 2040 pour réaliser le scénario initialement prévu, rappelons-le, pour 2025. Quinze ans de retard !

« Le ministre Hulot passe son temps à répéter qu’il faut développer les énergies renouvelables. A-t-il bien compris que les investissements ne se porteront pas sur ces énergies tant qu’un calendrier ambitieux de fermeture de réacteurs ne sera pas publié ? », interroge Alix Mazounie.

Problème pour le ministre : l’Elysée, tout heureux de vendre des centrales EPR à l’Inde, semble très désireux de prendre son temps. Dans une interview donnée au « Monde » le 13 décembre dernier, le président Macron le disait clairement :

« Je ne peux pas accélérer de manière indue l’agenda nucléaire. Parce qu’une forte baisse de capacité nucléaire ne peut pas être immédiatement remplacée par du renouvelable. »

Arnaud Gonzague, journaliste

https://www.nouvelobs.com/planete/20180411.OBS5029/nucleaire-on-a-l-impression-que-nicolas-hulot-se-couche-devant-edf.html