Avr 20

« FRANÇAIS, GARE À VOS CENTRALES NUCLÉAIRES ! » : LA MISE EN GARDE D’UN DÉPUTÉ BELGE

Jean-Marc Nollet s’est exprimé hier devant la commission d’enquête sur le nucléaire de l’Assemblée nationale. Et il en a, des recommandations, à nous donner…

Dès qu’on parle nucléaire en Belgique, Jean-Marc Nollet n’est jamais très loin. Ce député, chef du groupe écologiste au Parlement fédéral, est aussi membre de la commission de sécurité nucléaire du Parlement belge et, à ce titre, il connaît toutes les lacunes de l’atome dans son pays. Il jure qu’elles ne sont guère différentes des lacunes françaises

Voilà, du reste, pourquoi il a été auditionné ce jeudi 19 avril par la commission d’enquête sur la sûreté et la sécurité des installations nucléaires à l’Assemblée nationale, en France.

Qu’est-ce qu’un élu belge peut avoir à dire aux Français en matière de nucléaire ?

Que chez vous, comme chez nous, la sûreté et la sécurité des installations sont loin d’être garanties. Les frontières n’ont guère de sens quand il s’agit de nucléaire : un accident en Belgique pourrait avoir de graves conséquences sanitaires sur votre pays. Et nous redoutons, notamment, tous les pépins à la centrale française de Gravelines, près de Dunkerque –  une installation soumise au risque de submersion – qui pourrait irradier toute la côte balnéaire belge.

Puisque je m’exprime devant les députés français, je vais tenter de les mettre en garde : Français, gare à vos centrales nucléaires ! Même si la Belgique est le pays qui connaît le plus de problème, vous n’êtes pas très différents de nous.

Sur quels « cas » belges peut-on s’appuyer pour mieux se prémunir contre un risque d’accident ?

Hélas, ils abondent… En termes de sécurité contre le terrorisme d’abord. Rappelons que des dizaines d’heures de vidéo ont été retrouvées dans l’ordinateur de Mohamed Bakkali [logisticien présumé des attentats du 13 novembre, NDLR], prouvant que Daech espionnait le domicile d’un physicien du Centre d’études nucléaires, le plus grand centre de recherche nucléaire belge. Ils avaient l’intention probable de fabriquer une bombe « sale« , contenant des matériaux radioactifs.

Un autre terroriste, Nizar Trabelsi [membre d’Al Qaïda] avait, lui, planifié un attentat-suicide au camion contre la base belge de Kleine-Brogel, où sont entreposées les armes atomiques américaines.

Enfin, je rappelle qu’en 2014, quelqu’un a ouvert une vanne qui a relâché 6.000 litres d’huile destinée à lubrifier la turbine à vapeur du réacteur de la centrale belge de Doel. Pendant plus d’une demi-heure, cette turbine a tourné « à sec« , constituant un danger énorme pour le réacteur. Qui a perpétré ce sabotage ? La justice belge ne le sait toujours pas…

Cela prouve en tout cas que le recrutement des employés du nucléaire n’est pas sécurisé contre l’infiltration terroriste…

Exactement. Parmi les Européens radicalisés qui sont partis en Syrie, rappelons que certains avaient travaillé dans des centrales belges !

Qu’avons-nous à apprendre de la Belgique en termes de sûreté, c’est-à-dire de fiabilité matérielle des installations nucléaires ?

Parmi nos sept réacteurs en service, deux sont fissurés et trois sont périmés… Périmés, c’est-à-dire que leur durée de vie a été prolongée au-delà des 40 ans pour lesquels ils ont été conçus au départ [un prolongement réclamé à cor et à cri en France par EDF]. C’est une très mauvaise initiative en termes de sûreté, qui ne doit pas surtout pas se reproduire en France. L’Autorité de sûreté belge, qui a tranché sur la prolongation des installations, a clairement cédé à des pressions du lobby nucléaire qui n’avaient pas lieu d’être. Quand l’Autorité française devra se prononcer [en 2021], il ne faudra pas qu’elle commette la même erreur !

Propos recueillis par Arnaud Gonzague

https://www.nouvelobs.com/planete/20180418.OBS5414/francais-gare-a-vos-centrales-nucleaires-la-mise-en-garde-d-un-depute-belge.html