Mai 24

ACCORD SUR LE NUCLÉAIRE : LE « NON » DE L’IRAN AUX EXIGENCES AMÉRICAINES

Alors que les États-Unis ont fixé douze conditions à un nouvel accord sur le nucléaire avec l’Iran, le Guide Ali Khamenei a rejeté tout compromis et il a exigé des garanties des Européens.

Après deux jours de silence, le Guide suprême iranien a riposté aux exigences des États-Unis, mercredi 23 mai, dans un discours retransmis par la télévision d’État. Et c’est une fin de non-recevoir qu’il a choisi d’opposer aux conditions présentées par Mike Pompeo, le secrétaire d’État américain, et à tout nouvel accord sur le nucléaire.

Promesses non tenues par les Américains

« Le gouvernement de la République islamique ne peut pas interagir avec l’Amérique », a tout simplement tranché Ali Khamenei, dans la droite ligne de la rhétorique anti-américaine du régime iranien. L’explication de sa position est tout aussi simple : « Parce que l’Amérique ne tient pas ses promesses. »

Les États-Unis avaient formulé, lundi 21 mai, douze conditions à la renégociation d’un nouvel accord sur le nucléaire, après avoir décidé, mardi 8 mai, de se retirer du pacte historique conclu en 2015 entre la République islamique d’un côté, la Chine, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, la Russie et l’Allemagne de l’autre. Parmi les exigences américaines : la reconnaissance par l’Iran de la dimension militaire passée de son programme nucléaire, la cessation de tout processus d’enrichissement d’uranium, ou encore la fin du soutien de Téhéran aux mouvements politico-militaires tels que le Hezbollah (Liban) et le Hamas (Bande de Gaza).

Impensable, pour Ali Khamenei, d’envisager la moindre réponse positive à une telle requête. Bien au contraire, le Guide a plutôt conforté son refus de tout rapprochement. « Les Américains nous ont menacés et ont renié leurs engagements, a-t-il dénoncé. C’est une réponse à ceux qui, souvent, m’ont demandé : « Pourquoi ne négocions-nous pas avec les États-Unis, ou pourquoi ne développons-nous pas nos relations avec les États-Unis ? » »

« Pas de conflit avec les Nations européennes »

Avec les Européens, qui tentent de tenir une position médiane entre les États-Unis et l’Iran afin de garder ce dernier dans l’accord, Ali Khamenei a fait preuve de tout autant de fermeté. L’Iran « n’a pas de conflit avec les Nations européennes » mais « ne leur fait pas confiance », a-t-il précisé. À ses yeux, les pays européens n’oseront pas s’opposer à Washington. « Évidemment, l’Europe ne va pas se mettre en travers de la route des États-Unis », a-t-il assuré.

En écho aux exigences des États-Unis, Ali Khamenei a fixé à l’Europe six conditions pour le maintien de l’Iran dans l’accord. Celle-ci doit notamment « garantir qu’elle ne soulèvera pas la question des missiles de la République islamique ni celle des affaires régionales », a-t-il écrit sur son compte Twitter. Une réponse à la proposition du président français de « compléter » l’accord par des discussions sur ces deux sujets. Le Vieux continent doit aussi certifier à l’Iran qu’il pourra vendre la « totalité » du pétrole qu’il souhaite écouler à l’extérieur. Quant aux banques, elles doivent s’engager à permettre des « transactions commerciales avec l’Iran ».

Les débats ne vont pas manquer entre Européens et il leur sera d’autant plus difficile de remplir ces conditions qu’ils doivent aussi composer avec les États-Unis. « Nous sommes encore très loin d’un compromis, nous suivons deux routes très différentes », a déclaré Heiko Mass, le chef de la diplomatie allemande, après un entretien avec son homologue américain à Washington, mercredi 23 mai.

Marianne Meunier , le 24/05/2018

https://www.la-croix.com/Monde/Moyen-Orient/Accord-nucleaire-non-lIran-exigences-americaines-2018-05-24-1200941393