Juin 08

LE MODÈLE RENOUVELABLE DE L’ALLEMAGNE

À l’heure où la France se félicite d’exporter sa technologie nucléaire jusqu’en Chine, il est intéressant de se tourner vers l’Allemagne qui a su adopter le virage des énergies renouvelables en abandonnant l’atome. Le tout en parvenant à diminuer ses émissions de gaz à effet de serre.

À l’heure où médias et politiques s’auto-congratulent de concert devant l’ouverture du premier réacteur EPR en Chine, prouesse du génie français à l’export, il est intéressant de se tourner vers l’Allemagne et sa décision de sortir du nucléaire. On se rappelle ainsi du discours d’Angela Merkel, quelques jours après la catastrophe de Fukushima, annonçant la fermeture immédiate de huit réacteurs nucléaires et une sortie définitive de l’atome à l’horizon 2022. 

Si cette annonce est soudaine et semble prendre de court un certain nombre d’observateurs et de dirigeants politiques, elle se fonde en réalité sur une opinion publique beaucoup plus circonspecte, voire carrément opposée à l’usage du nucléaire en Allemagne. Il ne s’agit pas,  comme en France, d’un élément de fierté et d’indépendance nationale bien au contraire. (NDLR : quand 100 % de l’uranium est importé, je ne vois pas où est l’indépendance nationale !)

Un rejet du nucléaire par la société allemande

Comme l’explique Cécile de Maisonneuve, la défiance envers le nucléaire est très ancrée en Allemagne, “notamment parce qu’en Allemagne, le nucléaire civil est perçu comme associé au militaire” (NDLR : mais pas chez nous !). Le choix politique de la chancelière Merkel est donc en cohérence avec les attentes d’une grande partie de la population allemande. 

Cette politique d’Energiewende – littéralement transition énergétique – a été lancée dès les années 2000 par la coalition Verts-SPD, pilotée par Gerhard Schröder. Cet accord de gouvernement prévoyait ainsi une politique ambitieuse de développement des énergies renouvelables, une réduction des gaz à effet de serre et un grand plan de rénovation et d’efficacité énergétique. 

Mais en choisissant de sortir totalement du nucléaire, la chancelière Merkel change d’échelle dans la mise en œuvre de cette transition. Cette accélération impulsée a permis de passer de 6,5% de production électrique issue du renouvelable en 2000 à 35% en 2017. En comparaison, la part du renouvelable dans le mix énergétique français est d’à peine 17%

Comme l’explique un article du Monde, ce développement impressionnant des énergies vertes repose avant tout sur une politique de soutien financier – estimée tout de même à 400 milliards d’euros sur 25 ans (NDLR : soit 16 milliards par an alors qu’entre 2019 et 2025, un budget de 295 milliards d’euros sera consacré à la défense de la France). – prenant à leur charge le coût d’entrée faramineux pour développer une nouvelle énergie viable. 

Les fausses-nouvelles de la hausse du charbon dans le mix allemand

Cette politique suscite pourtant un certain nombre de critiques, et ce, particulièrement dans notre pays, qui conserve une passion presque mystique pour son atome, souvenir d’une époque glorieuse où la France faisait surgir de terre les symboles de sa puissance. Ainsi les critiques se multiplient sur un abandon du nucléaire qui cacherait en réalité une hausse de la production au charbon et des rejets de CO2. 

En réalité, les émissions du pays sont en légère diminution, même si cela ne suffira pas à remplir les engagements climatiques de l’Allemagne à l’horizon 2030. Car il est vrai que l’Allemagne ne s’est pas encore suffisamment attaqué au charbon pour des raisons avant tout politiques et sociales. Toujours selon le Monde, “fermer des centrales pourvoyeuses d’emploi dans des zones en difficulté économique” est difficile, même pour un pays en pointe sur la transition verte. 

En France, on pointe également le prétendu risque d’une transition trop brutale pour nos champions nationaux de l’atome. Une critique qui oublie pourtant l’incroyable gisement d’activité et d’emplois que représente cette transition vers les énergies vertes. L’exemple allemand nous montre donc que là où il y a une volonté politique, il y a un chemin.  Outre Rhin, des géants comme RWE ou Siemens, se sont ainsi totalement convertis à l’Energiewende, se séparant de leurs activités nucléaires pour devenir des champions européens de l’éolien. 

https://www.franceculture.fr/emissions/les-nouvelles-de-leco/les-nouvelles-de-leco-du-jeudi-07-juin-2018