Juil 06

ÉDOUARD PHILIPPE ET EMMANUEL MACRON, VICTIMES DU SYNDROME HULOT 2011

Dans le long calvaire de Nicolas Hulot le nucléaire est certainement la station la plus dure. Le ministre avait dû annoncer lui-même que la promesse présidentielle de passer la part du nucléaire dans la production d’électricité de son état actuel (plus de 75%) à 50% en 2025, ne serait pas tenue. Hulot ne peut pas encore donner de date précise pour ce report. Le cap sera fixé prochainement, dans le cadre du Plan Pluriannuel de l’Énergie. Mais ça rechigne à EDF et à la tête de l’Etat ! Il faudrait fermer une vingtaine de réacteurs alors que depuis que l’objectif de 50% de nucléaire a été fixé (par François Hollande en 2012) aucun n’a encore été mis au rancard. Il y a, (contrairement à beaucoup d’autres sujets ayant trait à l’écologie) une mauvaise volonté de la part des chefs de l’exécutif sur le nucléaire ! Il faut dire que la France en est accroc depuis les années 70. En 1973  (choc pétrolier) Georges Pompidou accélère le plan de nucléarisation pour assurer une meilleure autonomie énergétique. L’idée, c’était d’atteindre 66%, pas plus, pour ne pas mettre non plus tous nos œufs dans le même panier… C’est pourtant ce qui s’est passé et nous sommes bien au-delà, shootés à l’uranium. C’est à se demander si Emmanuel Macron et Édouard Philippe veulent vraiment baisser la part du nucléaire ! Ils sont sans doute victime du syndrome Hulot 2011.

Le syndrome Hulot 2011 ?!

Oui, avant 2011, date où il a changé d’avis, Nicolas Hulot était très préoccupé par le dérèglement climatique, pensait que le nucléaire, (énergie non fossile) était une bonne idée puisqu’il ne participait pas au réchauffement… et même contribuait à lutter contre, en prenant la place de centrales à charbon. D’ailleurs en arrêtant le nucléaire, les allemands n’ont-ils pas maintenu, outre mesure, l’utilisation du charbon pour faire de l’électricité? Beaucoup de nouveaux convertis à l’écologie, sensibles à l’urgence environnementale, passent par ce stade pro nucléaire. Seulement le nucléaire n’est pas une énergie renouvelable, c’est une énergie qui pose d’autres problèmes environnementaux et de sécurité mais surtout qui engouffre de considérables crédits d’investissements et de maintien pour un parc vieillissant comme le nôtre. Autant d’argent qui n’ira pas dans la recherche et le développement du renouvelable qui, lui seul, peut assurer une vraie indépendance énergétique, et pour lequel il y a une compétition mondiale ou nous sommes un peu largués ! La puissance d’EDF, ses logiques industrielles, l’organisation des réseaux de distribution d’électricité sur le territoire, interdisent à nos dirigeants, issus des partis productivistes, d’envisager la vie avec moins de nucléaire. Le nucléaire maintenu à un tel niveau (unique au monde !) empêche de bien réfléchir à de nouvelles formes de croissance et d’économie d’énergie. C’est un peu comme si l’on s’était accroché au Minitel sous prétexte  que nous en étions les champions ! Nicolas Hulot a fait ce chemin et est devenu anti-nucléaire quand il a eu une vision globale de l’impératif écologique. Visiblement les 2 têtes de l’exécutif sont encore loin de cette épiphanie ! 

Par Thomas Legrand, jeudi 5 juillet 2018

https://www.franceinter.fr/emissions/l-edito-politique/l-edito-politique-05-juillet-2018