Août 24

IL Y A 50 ANS, CE TOURANGEAU ASSISTAIT AU PREMIER TIR DE LA BOMBE H

Jean-François Roublin, de Larçay (Indre-et-Loire), réclame que l’État reconnaisse sa présence lors des tirs nucléaires français dans le Pacifique, en 1968.

Le 24 août 1968, il y a cinquante ans jour pour jour, la France devenait la 5ème puissance nucléaire mondiale. Après les États-Unis (1952), l’URSS (1953), la Grande-Bretagne (1957) et la Chine (1967), la France réalisait son premier test d’une bombe thermonucléaire dans le Pacifique. La première bombe H (bombe thermonucléaire ou à hydrogène) française explosait à 600 m au-dessus de l’atoll de Fangataufa, dans le Pacifique. Sa puissance équivalait à 170 fois celle d’Hiroshima.
“ Un nettoyage sommaire avec l’eau du lagon ” Ce 24 août 1968, Jean-François Roublin était sur place. Cet habitant de Larçay (Indre-et-Loire), âgé à l’époque de 19 ans, est engagé volontaire par devancement d’appel ; il avait été affecté à la BA 705 de Tours. « Officiellement, dit-il, sur mon livret militaire, seule pièce officielle en ma possession jusqu’en 2007, j’ai passé mes seize mois d’engagement entre le 1er janvier 1968 et le 30 avril 1969, à la base aérienne 705 de Tours […] En réalité, après avoir subi un nombre important de tests physiques et intellectuels en janvier et février 1968, j’ai été vacciné contre la fièvre jaune le 9 février 1968 à l’Institut Pasteur de Paris, et j’ai été détaché au Centre d’expérimentation du Pacifique. »

Jean-François Roublin nous raconte, documents et photos à l’appui, comment il est parti de Paris le 29 février 1968. Et après deux escales à Montréal et à Los Angeles, comment il arrive à Papeete le 2 mars 1968, avant d’être redirigé vers le camp de la Légion étrangère d’Arué. « Au bout de quatre semaines, j’ai été affecté sur les sites de Mururoa et de Fangataufa en tant que membre de l’équipe spéciale incendie qui couvrait les tirs réalisés durant la campagne 1968. »

Son équipe de douze personnes, était chargée de la mise en place matérielle des sites de tir. « Nous quittions le pas de tir en dernier avant le déclenchement de l’opération, et nous y revenions deux heures et demie à trois heures après les tirs, pour y faire un premier nettoyage plus que sommaire, avec l’eau du lagon, et recueillir ensuite les éléments matériels destinés à être envoyés très rapidement en France, par avion, pour des analyses. Concernant mon exposition aux radiations, j’ai porté un seul dosimètre fourni avant le premier tir. »

Trois cancers en quarante ans

Au total, il assistera (en short) à quatre tirs aériens en juillet, août et septembre 1968 à Mururoa et au tir de la première bombe thermonucléaire à Fangataufa.

L’ancien militaire souligne qu’ils étaient suivis « très régulièrement à bord du navire-hôpital La Rance, avec des prélèvements quotidiens de sang et d’urines, mais les résultats de ces examens n’ont, semble-t-il, pas été archivés ! »

Jean-François Roublin a survécu à trois cancers depuis quarante ans : cancer des testicules en 1979, du foie en 1989 et de la gorge en 2006. « Les cancérologues tourangeaux et leurs équipes demandaient toujours des précisions à l’autorité militaire ; ils recevaient toujours la même réponse : copie de mon livret militaire parfaitement falsifié ! Aujourd’hui, mon dossier est à l’étude pour être présenté au comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires. » 

En 2011, après l’intervention de plusieurs parlementaires, l’ancien employé de commerce, qui fut aussi un élu communautaire, obtenait la médaille des vétérans des essais nucléaires français.
Et même s’il dit assumer et être fier de son engagement pris il y a cinquante ans, Jean-François Roublin affirme que « les risques étaient parfaitement connus mais ils ont été minimisés et camouflés. »

À 69 ans, très affaibli, l’ancien engagé volontaire poursuit son combat pour dénoncer les incohérences de son livret militaire et témoigner des conséquences que son exposition aux radiations a eues sur sa vie physique, personnelle et sociale. Selon lui, il reste peu de témoins de ces opérations spéciales des tirs en 1968. Mais il croit savoir qu’« un des pilotes des avions qui ont dû franchir les nuages radioactifs à des fins d’analyse est vivant. Et qu’il est Tourangeau. »

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