Août 30

NUCLÉAIRE : LE RAPPORT QUI GÊNAIT NICOLAS HULOT

Une mission lancée par l’ex-ministre de la Transition écologique et le ministre de l’Économie sur le maintien des compétences dans le nucléaire préconise de construire six EPR à partir de 2025.

C’est un rapport qui, assure l’entourage de Nicolas Hulot, a été à peine parcouru par l’ex-ministre de la Transition écologique et solidaire. Mais c’est un rapport qui aurait probablement nourri sa critique sur la « folie inutile » du nucléaire qu’il dénonçait encore mardi et qui n’aurait pas facilité sa tâche dans son combat pour diversifier le mix énergétique français.

Au printemps dernier, Nicolas Hulot et son homologue de l’Économie, Bruno Le Maire, ont conjointement lancé une « mission concernant le maintien des capacités industrielles de la filière nucléaire en vue de potentielles nouvelles constructions de réacteurs », selon la lettre de mission consultée par « Les Échos ».

Alors que la filière rend l’arrêt des constructions à la fin des années 1990 responsable des retards à répétition de l’EPR de Flamanville (Manche) et d’Olkiluoto (Finlande), l’objet était notamment d’évaluer « les impacts d’éventuelles périodes d’inactivité […] et les conditions dans lesquelles les capacités industrielles requises pour la construction de réacteurs pourraient être remobilisées après une période d’inactivité prolongée ». Une préoccupation pour les activités civiles mais aussi de défense – avec la propulsion nucléaire des sous-marins et des porte-avions.

Deux « historiques »

Les noms des deux « historiques » du secteur chargés de remettre leurs conclusions dans les trois mois laissaient peu de doutes sur leurs orientations : Yannick d’Escatha, ancien administrateur général du Commissariat à l’énergie atomique, est désormais conseiller du PDG d’EDF. Et Laurent Collet-Billon était jusqu’à l’an dernier délégué général à l’Armement. Le premier était paradoxalement chargé de se concentrer sur le volet militaire du rapport et le second sur le volet civil. Le plus surprenant est que Nicolas Hulot ait accepté de tels profils.

Après plusieurs semaines d’auditions menées par un groupe restreint (dont un ancien dirigeant d’Areva), le rapport a été envoyé dans l’été à ses commanditaires. « Il n’a pas été officiellement remis mais il a été envoyé pour classification [secret-défense, NDLR] », indique une source. Ses conclusions ne surprennent guère : pour maintenir les compétences industrielles, donner des perspectives aux salariés et assurer la relève, « on ne peut pas arrêter de construire », estime en résumé le rapport. Il défend même un plan précis, avec, selon plusieurs sources, la construction d’un premier lot de six nouveaux EPR à partir de la prochaine décennie.

Trois paires d’EPR

La construction d’un premier exemplaire, suggère ainsi le rapport, démarrerait en 2025 (date du « premier béton », qui acte le début d’un chantier nucléaire), pour une entrée en service en 2035. La construction d’un deuxième réacteur serait lancée deux ans après le premier, et ainsi de suite pour construire ces trois premières paires.

Les conclusions siéront à EDF. Son PDG, Jean-Bernard Lévy, réclame de longue date un message du gouvernement dans la nouvelle feuille de route que sera la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) pour engager la construction de nouveaux réacteurs. Au-delà de la prolongation d’exploitation des réacteurs existants, il a bataillé, depuis son arrivée à la tête d’EDF en 2014, pour construire des EPR à Hinkley Point en Grande-Bretagne. Un projet d’ailleurs soutenu, sous la présidence de François Hollande, par Emmanuel Macron alors ministre de l’Économie. À chaque fois, l’argument est le même : continuer à construire pour  maintenir les compétences .

Arbitrages « à l’automne »

Le gouvernement devrait se donner un peu de temps pour décider des suites du rapport. « Il a un peu débordé de son champ, estime une source ministérielle, qui ne se sent pas engagée. On ne leur demandait pas d’aller aussi loin dans la planification ». Initialement prévus en septembre, les arbitrages sur la PPE sont désormais attendus « cet automne normalement », indique l’entourage du Premier ministre, précisant qu’il n’y a « aucune urgence ».

Véronique Le Billon et Elsa Freyssenet

@VLeBillon@ElsaFreyssenet

https://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/0302174553753-nucleaire-le-rapport-qui-genait-nicolas-hulot-2201014.php