Sep 07

LE NUCLÉAIRE, UN DOSSIER DÉLICAT POUR LE NOUVEAU MINISTRE DE RUGY

Paris – À peine entré au gouvernement, François de Rugy va devoir s’atteler à la feuille de route énergétique de la France et à la question délicate du nucléaire, dont il a par le passé prôné une sortie d’ici à 2040.

Le nouveau ministre de la Transition énergétique, qui vient de succéder à Nicolas Hulot, a renvoyé cette semaine les choix en matière de nucléaire à la publication de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE).

« Nous serons en mesure de la présenter à la fin du mois d’octobre« . Elle précisera « la part de chaque énergie, le développement des énergies renouvelables que nous voulons faire« , a-t-il souligné.

Cette PPE, dont le gouvernement devait normalement présenter une première version cet été, doit porter sur les années 2019-2023 et 2024-2028.

La question du nucléaire – et des fermetures de réacteurs français – est la plus épineuse du débat, notamment parce qu’elle concernera des milliers de salariés. Seul l’arrêt de la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin) a été pour l’instant décidé.

Nicolas Hulot avait encore promis fin juin un « échéancier » précis d’ici à la fin de l’année, afin « qu’on sache quels réacteurs et le nombre de réacteurs » qui doivent fermer.

S’il ne s’est pas encore exprimé sur le fond à ce stade, François de Rugy a pris des positions très tranchées dans le passé.

Lorsqu’il était candidat à la primaire de la gauche de 2017, il prônait en effet une sortie du nucléaire à l’horizon 2040 et l’objectif de 100% d’électricité d’origine renouvelable en 2050.

Plus récemment, alors président de l’Assemblée nationale, il s’était montré agacé par la volonté du groupe énergétique EDF de ne fermer – après Fessenheim – aucun autre réacteur nucléaire avant 2029. « Ce n’est plus EDF qui fait la politique de l’énergie en France« , avait-il lancé en juillet.

– « horizon 2035 » ? –

Mais les opposants au nucléaire restent sceptiques sur sa capacité à changer la trajectoire du gouvernement. « Objectivement, aujourd’hui on a peu d’espoir parce que ce n’est pas un homme qui va changer les choses, quelle que soit l’identité de la personne« , juge auprès de l’AFP Yannick Rousselet, de l’ONG Greenpeace.

« Ou bien on a la volonté politique de changer de trajectoire ou on ne l’a pas. Aujourd’hui on n’a vu aucun signe politique que le gouvernement veut changer de trajectoire« , estime-t-il.

Pascal Canfin, directeur général du WWF France, a estimé que François de Rugy ne pouvait pas être « en dessous » des objectifs de Nicolas Hulot en matière de réduction du nucléaire, dans un entretien au Parisien.

La France dépend beaucoup du nucléaire pour produire son électricité: il a représenté 71,6% de la production totale l’an dernier. Mais le pays veut réduire sa dépendance à l’atome et consentir une plus grande place aux énergies renouvelables à l’avenir.

La loi de transition énergétique de 2015 prévoyait que la part du nucléaire dans la production d’électricité soit ramenée à 50% « à l’horizon 2025« . Mais Nicolas Hulot avait abandonné cet objectif, jugé irréaliste, sans fixer de nouvelle date précise mais en évoquant un horizon entre 2030 et 2035.

Interrogé à l’issue d’un séminaire gouvernemental à l’Élysée, le Premier ministre Édouard Philippe a semblé mercredi retenir plutôt cette dernière option en évoquant simplement « l’horizon 2035« . Matignon a cependant assuré que « l’arbitrage sur la date précise n’est pas pris à ce jour » et sera tranché dans la PPE.

Signe que la question est sensible, les opposants au nucléaire ont aussitôt réagi à la déclaration d’Édouard Philippe. C’est « un insupportable cadeau à EDF » qui « confirme la mainmise du lobby nucléaire sur le gouvernement dénoncée par Nicolas Hulot« , a dénoncé le Réseau Sortir du nucléaire.

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AFP / 07 septembre 2018

https://www.romandie.com/news/Le-nucl-aire-un-dossier-d-licat-pour-le-nouveau-ministre-de-Rugy/951585.rom