Sep 08

LA RÉDUCTION DE LA PART DU NUCLÉAIRE POURRAIT ATTENDRE 2035

L’Élysée n’a pas encore rendu tous ses arbitrages, mais la feuille de route énergétique de la Franque pourrait convenir aux souhaits d’EDF

C’est le grand dossier qui attend François de Rugy sur son bureau de nouveau ministre de la transition écologique et solidaire : la feuille de route énergétique de la France pour les cinq prochaines années, la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). « Nous serons en mesure de la présenter à la fin du mois d’octobre », a expliqué M. de Rugy sur France Inter, mercredi 5 septembre.

La PPE doit notamment fixer la part de l’atome dans la production d’électricité française et la trajectoire pour descendre à 50 % de nucléaire – contre 75 % aujourd’hui – dans le mix électrique. La loi de transition énergétique, votée sous François Hollande, fixait comme horizon 2025, un objectif auquel Nicolas Hulot et Emmanuel Macron ont rapidement renoncé.

À l’issue du séminaire gouvernemental de rentrée, mercredi, Édouard Philippe a évoqué un « horizon de 2035 » comme nouvel objectif. Si les services de Matignon se sont empressés d’affirmer que rien n’est tranché, plusieurs sources au sein de la majorité ont confirmé au Monde que le texte de la PPE en gestation à l’Élysée pose l’hypothèse d’une baisse de la production nucléaire à 50 % en 2035. Cette date serait satisfaisante pour EDF, qui privilégie un scénario de fermeture de certains réacteurs à partir de 2029. Mais elle sera certainement perçue comme trop lointaine par les écologistes et les associations antinucléaires.

En contrepartie, le texte pourrait donner de manière précise le nombre de réacteurs à fermer – peut-être même en donnant une liste indicative de centrales prioritaires. Mais le sujet fait débat à l’Élysée, car l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) ne rendra pas d’avis générique sur l’ensemble des réacteurs avant 2021. Or c’est précisément sur cet avis que l’exécutif compte s’appuyer pour arrêter les réacteurs jugés les moins sûrs. Une exception : les deux réacteurs de la centrale de Fessenheim (Bas-Rhin) que le gouvernement s’est déjà engagé à fermer ne figureront pas sur la liste.

Arrêter 2 à 3 réacteurs par an

Politiquement, le sujet est explosif : pour arriver à cet objectif en 2035, il faudrait arrêter 2 à 3 réacteurs par an entre 2029 et 2035, selon les scénarios d’EDF. Une perspective qui aura des conséquences économiques et en termes d’emploi pour les territoires concernés.

Mais un tel scénario n’a de sens que si la PPE établit de manière claire ce qui doit se passer d’ici là. « La date n’impose pas un rythme », explique Michel Colombier, président du comité d’experts pour la transition énergétique. « Un scénario qui consiste à dire qu’on va fermer plusieurs réacteurs très rapidement ne serait pas très sincère et politiquement infaisable »

Le diable sera donc dans les détails : comment concilier une fermeture progressive de certains réacteurs et développer en même temps les énergies renouvelables ? Et comment convaincre EDF de jouer le jeu, alors que le groupe public n’a aucune obligation de fermer un réacteur ?

La question de la construction de nouveaux réacteurs EPR semble, elle, temporairement réglée : elle ne devrait pas figurer dans la PPE. « La sagesse recommande déjà d’attendre que l’EPR de Flamanville soit achevé avant de prendre des décisions », a expliqué le ministre de l’économie Bruno Le Maire, jeudi, après la démission de Nicolas Hulot.

Une décision qui pourrait compliquer la tâche de la filière nucléaire, qui est dans l’attente d’un signal politique fort pour engager la construction de nouveaux réacteurs. Le PDG d’EDF, Jean-Bernard Lévy, résumait lui-même la situation il y a quelques mois à l’Assemblée nationale en expliquant : « Si je devais utiliser une image pour décrire notre situation, ce serait celle d’un cycliste qui, pour ne pas tomber, ne doit pas s’arrêter de pédaler. »

https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/09/08/la-reduction-de-la-part-du-nucleaire-pourrait-attendre-2035_5352132_3234.html