Sep 17

LES PROGRAMMES NUCLÉAIRES DE LA CORÉE DU NORD ET DE L’IRAN SCRUTÉS PAR L’AIEA

Alors qu’elle vient de remettre deux rapports consécutifs sur le nucléaire en Corée du Nord et en Iran, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) tient sa Conférence générale annuelle à Vienne à partir du 17 septembre.

Un drapeau iranien flotte devant le siège de l’AIEA à Vienne en Autriche, le 10 septembre 2018. / Joe Klamar/AFP

Il y a eu d’abord l’annonce fracassante, le 9 mai dernier par Donald Trump, du retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien. Il y a eu ensuite le rapprochement surprise du même avec le président nord-coréen Kim Jong-un, et leur rencontre à Singapour le 12 juin sur fond de promesse de « dénucléarisation complète » de la péninsule coréenne.

Deux événements qui ont marqué l’année 2018 dans le monde et ont propulsé plus que jamais l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), très sollicitée sur ces deux dossiers, au cœur d’une actualité internationale brûlante.

Un moment critique

C’est dire si la Conférence générale de cette agence onusienne, lauréate du prix Nobel de la paix en 2005 et dont le grand public ne suit généralement pas les travaux, prend un relief particulier cette année. Elle se déroule à Vienne, où se trouve son siège, du 17 au 21 septembre, en présence de représentants de ses 169 États membres et de 83 organisations invitées et intervient précisément à un moment critique pour la survie de l’accord nucléaire avec Téhéran, et alors que l’Agence placée sous l’égide de l’ONU vient de faire savoir qu’elle jugeait « préoccupante » la poursuite du programme nucléaire nord-coréen.

Plus généralement, la Conférence examinera le rapport annuel 2017 sur l’état de l’énergie nucléaire dans le monde. Selon une étude annuelle que vient de publier, le 10 septembre, l’AIEA, celle-ci serait de moins en moins compétitive, ce qui pourrait se traduire par une chute de plus de 10 % du parc mondial de réacteurs d’ici à 2030, avec plusieurs pays, comme l’Allemagne et la Suisse, qui ont déjà entrepris de se désengager de l’atome.

Téhéran respecte ses engagements

Sur l’Iran, l’AIEA, dans son dernier rapport publié fin août, continue d’affirmer que Téhéran respecte ses engagements dans le cadre de l’accord sur le nucléaire conclu en 2015. Soulignant l’importance d’« une coopération proactive et en temps opportun » de la part de l’Iran, elle dit avoir eu accès « à tous les sites et emplacements en Iran qu’elle souhaitait » inspecter.

Le rapport indique que les stocks iraniens d’uranium faiblement enrichi et d’eau lourde ont augmenté légèrement depuis le mois de mai, tout en restant dans les limites convenues en 2015, et malgré l’annonce du retour des sanctions américaines, dont une nouvelle salve, la plus pénalisante pour l’économie iranienne, devrait prendre effet en novembre.

Malgré aussi les menaces de se retirer de l’accord, émises par certaines autorités du régime iranien après le retrait de Donald Trump en mai. Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a ainsi réaffirmé dernièrement que Téhéran n’hésiterait pas à se retirer de l’accord de 2015 si celui-ci ne « préserve plus (ses) intérêts nationaux ».

La poursuite « préoccupante » du programme nucléaire nord-coréen

À l’inverse de ce qu’elle indique sur l’Iran, l’AIEA déclarait dans un autre rapport – du 21 août 2018 –, destiné à être soumis à son assemblée générale cette semaine, qu’elle « a été dans l’incapacité de vérifier l’exactitude et l’exhaustivité des déclarations » de la Corée du Nord, jugeant même « préoccupant » la poursuite du programme nucléaire nord-coréen, malgré les intentions affichées au printemps par son dirigeant Kim Jong-un.

L’AIEA n’est plus présente en Corée du Nord depuis l’expulsion de ses inspecteurs en 2009. Elle indique toutefois que le réacteur expérimental de Yongbyon poursuit son « cycle opérationnel » engagé en décembre 2015, et souligne que Pyongyang poursuit la construction de son réacteur à eau légère, ainsi que l’extraction et la concentration d’uranium sur son site de Pyongsan.

Enfin le rapport affirme que l’AIEA dispose d’indications sur des activités liées au « laboratoire radiochimique » nord-coréen « entre fin avril et début mai 2018 ». Soit après le premier sommet inter-coréen d’avril organisé à Panmunjeom, dans la Zone démilitarisée, à la frontière entre les deux États.

Un nouveau sommet inter-coréen

Par une coïncidence de calendriers, ces éléments, discutés lors de la Conférence générale de l’AIEA, seront aussi sur la table à l’occasion de la nouvelle rencontre entre les deux leaders coréens, prévue ce mardi 18 septembre à Pyongyang.

Moon Jae-in, le dirigeant sud-coréen, pourrait à cette occasion tenter de convaincre son homologue du Nord de s’engager verbalement à fournir une liste des armes nucléaires nord-coréennes. L’AIEA, par la voix de son directeur général Yukiya Amano, fait savoir pour sa part qu’elle est prête à reprendre ses inspections sur place.

Jean-Yves Dana (avec AFP), le 17/09/2018 à 7h34

https://www.la-croix.com/Monde/programmes-nucleaires-Coree-Nord-lIran-scrutes-lAIEA-2018-09-17-1200969287