Sep 17

NUCLÉAIRE : L’ATOME RECULE PARTOUT SAUF EN CHINE

Accident de Fukushima, concurrence du gaz et des énergies renouvelables, parc mondial vieillissant, le moteur de cette industrie, qui voit sa part de production électrique dans le monde baisser, se trouve désormais à Pékin.

L’industrie nucléaire mondiale se relèvera-t-elle un jour de l’accident de Fukushima ? Depuis 2011, le secteur connaît une très faible croissance en Europe occidentale et aux États-Unis. Il reste relativement dynamique en Asie, particulièrement en Chine, et en Russie. Selon l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), « l’énergie nucléaire pourrait avoir du mal à conserver sa place actuelle dans le mix énergétique mondial » dans les prochaines années.

Un faible nombre de réacteurs en construction. En 2018, 50 réacteurs sont en construction dans le monde, dans 15 pays. Ce chiffre est le plus bas depuis dix ans, selon le World Nuclear Industry Status Report, qui note que 33 de ces réacteurs connaissent des retards importants. Quatre-vingts pour cent des nouveaux réacteurs sont construits en Asie ou en Europe centrale ou orientale. Depuis 2013, cinq projets ont été abandonnés en cours de construction.

Une production électrique d’origine nucléaire en déclin.

En 2017, les réacteurs nucléaires ont fourni 10 % de la production d’électricité dans le monde. Cette part était de 17,5 % en 1996, ce alors même que la consommation électrique mondiale a considérablement augmenté. La production est légèrement repartie à la hausse ces deux dernières années grâce à la Chine, mais le parc mondial reste entravé par la mise à l’arrêt d’une grande part du parc nucléaire japonais. Depuis la catastrophe de Fukushima, seuls 9 réacteurs sur les 54 que compte l’archipel ont redémarré. En France, la part de production de l’électricité produite par le nucléaire s’élevait à 71 % en 2017, une année particulièrement basse à cause des arrêts obligatoires de plusieurs centrales.

Un marché tourné vers la Chine. Le moteur de l’industrie nucléaire se trouve désormais à Pékin. Sur les 50 réacteurs en construction dans le monde, 16 le sont en Chine. Et parmi les 4 nouveaux réacteurs dont la construction a débuté en 2017, 3 se trouvent en Chine et un au Pakistan, bâti par une entreprise chinoise. Sur les 5 réacteurs à avoir démarré dans le monde en 2018, 3 se trouvent en Chine – dont le premier EPR à être connecté au réseau, à Taishan, dans le sud du pays.

Un désengagement de l’Europe de l’Ouest et des États-Unis. La concurrence du gaz et des énergies renouvelables pèse de plus en plus fortement sur la production d’électricité, de même que des choix politiques. Ces dernières années, l’Allemagne, la Belgique et la Suisse ont annoncé leur désengagement progressif du nucléaire. Aux États-Unis, des projets de construction sont à l’arrêt et plusieurs centrales jugées non rentables sont menacées d’être arrêtées prématurément. Seuls la France, la Finlande, et le Royaume-Uni se sont lancés dans la construction de réacteurs – tous trois des EPR.

Un parc mondial vieillissant. Plus de la moitié des réacteurs dans le monde ont plus de 25 ans, selon l’AIEA. En France, 30 des 58 réacteurs du pays atteindront l’âge vénérable de 40 ans entre 2019 et 2025. L’enjeu est essentiel pour la filière : d’abord, parce que plus les centrales vieillissent, plus les coûts de maintenance et de sûreté augmentent. Mais surtout, parce que le rythme de construction effréné des réacteurs dans les années 1970-1980 n’a pas connu de suite. « La capacité de production électrique nucléaire risque de se réduire dans les prochaines décennies, des réacteurs vieillissants étant arrêtés et cette industrie faisant face à une baisse de compétitivité », note l’AIEA.

Nabil Wakim, LE MONDE | 16.09.2018 à 17h45 |

https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/09/16/nucleaire-l-atome-recule-partout-sauf-en-chine_5355891_3234.html