Sep 26

ENGIE A PROPOSÉ SES RÉACTEURS NUCLÉAIRES BELGES À EDF

Le groupe d’énergie, qui exploite deux centrales en Belgique, proposait aussi les 49 % qu’il détient dans la Compagnie nationale du Rhône. EDF n’a pas donné suite.

Qui veut des vieilles centrales nucléaires d’Electrabel, la filiale belge du français Engie ? Dans son édition de mercredi 26 septembre, Le Canard Enchaîné indique que la directrice générale du groupe d’énergie, Isabelle Kocher, a proposé au PDG d’EDF, Jean-Bernard Lévy, de lui vendre ses sept réacteurs nucléaires des centrales de Doel et Tihange. Une proposition immédiatement démentie par Engie, qui assure également ne pas vouloir céder les 49 % qu’il détient dans la Compagnie nationale du Rhône (CNR), exploitant des barrages sur ce fleuve.

« Il n’y a aucun projet de cession d’Electrabel ni de la participation dans la CNR », a déclaré un porte-parole d’Engie, malgré la confirmation au Monde d’une source proche du dossier. Depuis 2015, l’entreprise a envisagé au moins d’ouvrir le capital d’Electrabel à des actionnaires minoritaires belges, voire de l’introduire en Bourse.

De fait, le nucléaire n’est pas une priorité de Mme Kocher, qui a renoncé à ses projets au Royaume-Uni et en Turquie. Ses deux centrales belges, après avoir été longtemps des machines à cash pour Electrabel, ne lui causent que des difficultés dans un pays qui a prévu de les arrêter en 2025, tournant ainsi le dos à l’énergie nucléaire. Elle a dû y investir des centaines de millions d’euros pour répondre aux exigences de l’autorité belge de sûreté nucléaire.

EDF a d’autres priorités

Cette information est tombée au moment où l’« EDF belge » annonçait le report de plusieurs mois du redémarrage de deux réacteurs de Tihange, actuellement en cours de révision. Le réacteur numéro 2 ne sera relancé que le 1er juin 2019, contre le 31 octobre 2018, tandis que le réacteur numéro 3 redémarrera le 2 mars 2019 contre le 30 septembre 2018.

Engie indique que « ces révisions de calendrier représentent un impact sur 2018 d’environ 250 millions d’euros au niveau de l’excédent brut d’exploitation et du résultat net récurrent », tout en confirmant ses objectifs financiers annuels. Fin août, il avait déjà décalé de plusieurs mois le redémarrage de deux autres réacteurs, à Doel.

Pour la Belgique, c’est la menace d’une pénurie d’électricité à partir de novembre. La ministre belge de l’énergie, Marie-Christine Marghem, a dû saisir les pays voisins, tout en dénonçant l’impréparation d’Engie, maison mère d’Electrabel. « J’ai appelé mon collègue allemand, mon collègue hollandais et mon collègue français hier [mardi], qui tous trois ont accepté évidemment de jouer le jeu de la solidarité », a-t-elle affirmé à la radio Bel-RTL.

De son côté, EDF, troisième fournisseur en Belgique avec EDF Luminus, a d’autres priorités que d’acquérir des réacteurs en fin de vie. Il a fait le choix d’investir massivement dans le nouveau nucléaire. D’abord en Angleterre, avec la construction de deux EPR à Hinkley Point ; en Chine, où il attend que les autorités décident la construction de deux autres EPR à Taïshan ; et en Inde, le contrat le plus attendu par le groupe d’électricité (6 EPR, soit 10 000 mégawatts).

Il doit aussi moderniser le parc des 58 réacteurs français (« grand carénage ») pour près de 50 milliards d’euros et poursuivre ses lourds investissements dans les énergies renouvelables (solaire, éolien…), l’autre « pied » sur lequel reposera de plus en plus le groupe.

Par Jean-Michel Bezat, LE MONDE | 26.09.2018 à 13h31

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