Oct 16

BOUSCULÉ PAR LES ÉNERGIES VERTES, LE CEA CHERCHE SES MARQUES

Le gouvernement souhaite que le Commissariat à l’énergie atomique travaille davantage sur l’intégration des énergies renouvelables. La construction du réacteur Jules Horowitz dérive encore.

Six mois  après la nomination de François Jacq <https://www.lesechos.fr/07/04/2018/lesechos.fr/0301531338799_francois-jacq-pressenti-pour-prendre-la-tete-du-cea.htm>  au poste d’administrateur général, le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) cherche sa voie, sur fond de transition énergétique. Historiquement dédié à l’énergie nucléaire, l’organisme public entend donner un peu plus corps aux « énergies alternatives », ajoutées à sa mission – et à son sigle – à la fin 2009.
 
Dans des extraits de la lettre de mission du Premier ministre diffusés aux syndicats début octobre, le gouvernement demande ainsi au CEA « de penser de manière intégrée le système énergétique de demain », et de renforcer « la R&D sur les nouvelles technologies de l’énergie, notamment par un redéploiement interne de moyens consacrés au nucléaire civil »« Nous sommes à un moment où la manière, dont les énergies vont cohabiter est cruciale », décrypte François Jacq.

En clair, il s’agirait de travailler davantage sur le stockage hydrogène ou les réseaux intelligents, mais aussi sur le combustible nucléaire pour qu’il puisse mieux piloter les variations de puissance et ainsi intégrer davantage l’énergie solaire ou éolienne. Un enjeu majeur pour EDF, qui défend la « manœuvrabilité » des centrales nucléaires.

Surcoût à prévoir

L’un des chantiers du CEA est aussi de gérer  les nouvelles difficultés du réacteur expérimental Jules Horowitz (RJH) <https://www.lesechos.fr/30/08/2017/LesEchos/22518-068-ECH_nucleaire—premier-jalon-pour-le-reacteur-jules-horowitz.htm>  en construction à Cadarache (Bouches-du-Rhône). Alors que la mise en service de ce réacteur destiné aux recherches des industriels et à la production de radio-isotopes médicaux était initialement prévue en 2016, la divergence (première réaction en chaîne nucléaire) est désormais fixée à l’été 2022. Mais cette date sera encore « révisée », reconnaît François Jacq. Avec de nouveaux surcoûts à prévoir, alors que le budget a déjà dérapé à 1,7 milliard d’euros courants <https://www.lesechos.fr/finance-marches/vernimmen/definition_euros-courants.html#xtor=SEC-3168> .

Yannick d’Escatha, ancien administrateur général du CEA et aujourd’hui conseiller du PDG <https://www.lesechos.fr/finance-marches/vernimmen/definition_president-directeur-general.html#xtor=SEC-3168>  d’EDF, a été chargé d’un audit pour proposer d’ici à la fin de l’année « les modalités de la mise sous contrôle du projet de réacteur RJH, afin qu’il soit achevé dans des coûts et délais qui auront été replanifiés », indique la lettre de mission du gouvernement.

L’avenir du projet de réacteur à neutrons rapides Astrid, conçu pour recycler le combustible nucléaire,  est aussi toujours en suspens <https://www.lesechos.fr/30/01/2018/lesechos.fr/0301218315000_nucleaire—le-reacteur-du-futur-astrid-en-suspens.htm>  . Mais au projet de réacteur de taille réduite pourrait succéder un projet se limitant à de la simulation. Le gouvernement pourrait trancher d’ici à la fin de l’année.

Vacance du poste de Haut-commissaire

Le changement de direction passe aussi par des mouvements dans les équipes. En septembre, François Jacq a choisi de recruter à l’extérieur, en nommant Philippe Stohr, un X-Ponts en provenance du finlandais Fortum, directeur de l’énergie nucléaire (DEN), et chargé d’une « mission de réflexion pour construire une approche ‘système’ intégrant les différentes technologies de l’énergie ». Son prédécesseur, François Gauché, est passé directeur délégué.

Selon nos informations, l’administrateur général adjoint du CEA, Christophe Gégout, va de son côté rejoindre dès la semaine prochaine le fonds Meridiam. Un remplaçant a été proposé aux quatre ministères de tutelle du CEA -le nom de Laurence Piketty est cité. Le poste de Haut-commissaire à l’énergie atomique, enfin, est vacant depuis la fin du mandat d’Yves Bréchet à la fin septembre. Selon plusieurs sources, François Jacq aurait souhaité ne pas le remplacer.

« Je n’ai pas à avoir envie ou pas envie, il appartient au gouvernement de nommer, ou pas, un Haut-Commissaire, riposte-t-il. Je demande juste l’application des textes : il y a une chaîne opérationnelle et à côté, sans interaction, il y a un conseiller du CEA et du gouvernement. » Son prédécesseur, Daniel Verwaerde, avait au contraire plaidé pour une collaboration plus étroite entre les deux postes,  ce qui n’avait d’ailleurs pas été sans heurts <https://www.lesechos.fr/31/12/2015/LesEchos/22098-068-ECH_recherche—remue-menage-au-sein-du-cea.htm>  .

« La complexité des matériels de l’arme nucléaire suppose que les décideurs [ministère de la Défense, Président de la République] puissent avoir une confiance absolue dans le conseil du Haut-commissaire, indépendamment de la hiérarchie du CEA qui les fabrique », plaide la CGT du CEA.

Mise en service d’un réacteur militaire à plus de 1 milliard
Il y a des projets nucléaires qui finissent par aboutir. Lancé en 1995, le réacteur d’essais (RES <https://www.lesechos.fr/finance-marches/vernimmen/definition_rachat-dune-entreprise-par-ses-salaries.html#xtor=SEC-3168> ) construit à Cadarache (Bouches-du-Rhône) a connu sa première divergence (réaction en chaîne nucléaire) le 10 octobre « à 11 h 52 », indique un communiqué interne du CEA. Avec ce réacteur représentatif des chaufferies nucléaires qui servent à propulser les sous-marins français et le porte-avions Charles-de-Gaulle, « les données acquises permettront d’améliorer les simulations pour adapter les chaufferies aux besoins futurs des bateaux ». Selon le CEA, le coût du RES s’établit entre 1,2 et 1,3 milliard d’euros.

Véronique Le Billon   
 <https://twitter.com/VLeBillon>

https://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/0302402417131-bouscule-par-les-energies-vertes-le-cea-cherche-ses-marques-2213957.php