Oct 20

LE GIEC PRÉCONISE-T-IL LE NUCLÉAIRE DANS SON RAPPORT ?

À cette question posée par François le 16/10/2018, Olivier Monod répond.

Bonjour

Votre question complète est : «Est-ce exact que le GIEC préconise le nucléaire dans son dernier rapport ? D’autres disent au contraire qu’il recommande les énergies renouvelables ? Certains parlent de 4 simulations, d’autres de près de 80 ? Comment ont-elles été choisies ?»

Vous faites référence au rapport spécial du Giec publié début octobre 2018 et analysant les scénarios permettant de rester en dessous de 1,5°C d’augmentation du climat en 2100 à ceux allant jusqu’à 2°C.

Précisons tout d’abord que le mandat du Giec est «d’être descriptif et non prescriptif», rappelle Jean-Charles Hourcade, économiste au Centre international de recherche sur l’environnement et le développement (Cired), et l’un des principaux auteurs du rapport. On ne peut donc pas dire que le Giec «préconise» une énergie ou une autre. Il analyse des simulations fournies par la communauté scientifique.

En gardant cette précision en tête, les réponses à votre question se trouvent dans le chapitre 2 «les voies d’atténuation compatibles avec 1,5°C dans le contexte du développement durable» (Mitigation pathways compatible with 1.5°C in the context of sustainable developpement).

«En 2050, la part des énergies renouvelables dans l’énergie primaire varie de 49% à 67% dans les scénarios compatibles avec un maintien de la hausse de température à 1,5°C», assure le rapport.

Et le nucléaire ? Sa part «augmente dans la plupart des scénarios mais diminue dans certains».

Pour bien comprendre, il faut entrer un peu dans le fonctionnement du Giec.

Le groupe de travail en charge de ce chapitre a demandé aux équipes de scientifiques à travers le monde de leur fournir des scénarios répondant à 3 objectifs : maintenir la hausse des températures sous 1,5°C au XXIè siècle ; revenir à une hausse de 1,5°C en 2100 après un passage au-delà durant le siècle ; maintenir la hausse sous 2°C en 2100.

Sur les 411 scénarios analysés environ 90 sont compatibles avec un respect du seuil de + 1,5°C en 2100. Ceci explique les «près de 80» simulations dont vous parlez dans votre question. Selon le Giec, dans ces simulations, le facteur de croissance des énergies renouvelables est compris entre 2,37 et 10,88 contre une fourchette allant de -0,64 à 7,22 pour le nucléaire.

«Les scénarios qui envisagent une baisse du nucléaire et un objectif de 1,5°C de réchauffement sont ceux qui prennent des hypothèses dites d’innovation les plus élevées. C’est-à-dire qu’ils envisagent un taux d’acceptation des énergies renouvelables plus important qu’aujourd’hui et des améliorations des systèmes de production plus rapides», explique Roland Séférian, chercheur au centre national de recherches météorologiques, et auteur du chapitre 2.

L’autre chiffre de 4 simulations que vous citez renvoie, lui, probablement à une habitude qu’à le Giec de ranger les simulations dans des groupes «archétypes». Ici, ce sont 4 familles de scénarios qui décrivent des futurs possibles différents : sobriété énergétique drastique ; développement durable volontariste ; poursuite de la dynamique actuelle ou développement des énergies fossiles. Les scénarios de baisse du nucléaire (minoritaires) sont compris dans les deux premiers archétypes cités. 

Cordialement

Olivier Monod , le 19/10/2018 à 12h49

https://www.liberation.fr/checknews/2018/10/19/le-giec-preconise-t-il-le-nucleaire-dans-son-dernier-rapport_1685660