Oct 29

NUCLÉAIRE EDF METTRA 1,8 MILLIARD D’EUROS POUR PROLONGER L’EXPLOITATION DE LA CENTRALE DE GRAVELINES

Le grand carénage désigne le programme industriel d’EDF visant à renforcer ses sites de production pour allonger leur durée d’exploitation. Pour la centrale nucléaire de Gravelines, le budget vient d’être dévoilé, soit trois cents millions pour chacun des six réacteurs, d’ici 2028.

Trois cents millions pour chacun des six réacteurs de la centrale nucléaire de Gravelines. Le calcul est simple : cela fait 1,8 milliard d’euros qu’EDF va dépenser d’ici 2028 pour optimiser leur cycle de fonctionnement. Baptisé « Grand carénage », ce vaste programme industriel, qui a déjà démarré, vient d’être dévoilé aux membres de la commission locale d’information (CLI) de la centrale de Gravelines, présidée par le député Paul Christophe. Objectif : permettre la durée de fonctionnement de ces six réacteurs au-delà de 40 ans.

Comme l’explique François Goulain, directeur de la centrale de Gravelines : «  Le site se prépare à réaliser sa quatrième campagne de visites décennales. L’objectif est double : d’un côté, examiner en profondeur l’état du site (en tenant compte de son vieillissement pour vérifier sa conformité aux règles qui lui sont applicables) ; de l’autre, améliorer son niveau de sûreté pour intégrer les retours d’expérience, dont celui de Fukushima, ainsi que les progrès techniques réalisés sur les réacteurs les plus récents.  »

Un budget cinq fois supérieur aux précédents

Selon François Goulain, le budget prévu, qui est cinq fois supérieur à celui dépensé pour les trois premières campagnes de visites décennales, est susceptible d’être revu à la hausse en fonction des travaux supplémentaires que l’autorité de sûreté nucléaire (l’ASN, la « police » du nucléaire, ndlr) se réserve le droit de préconiser. «  En France, reprend-il, aucune durée de vie n’est imposée pour une centrale nucléaire, même si les installations sont initialement dimensionnées pour une durée de 40 ans. Aussi, les exigences en termes de sûreté pour cette quatrième campagne seront supérieures à celles des trois premières et proches de celles réclamées pour un EPR (réacteur de nouvelle génération, ndlr). »

« Et les énergies renouvelables, alors ? »

De quoi rassurer les associations de défense de l’environnement ? Pas vraiment, à l’image du collectif Adelfa, qui déplore «  tous ces milliards qui vont une nouvelle fois être dépensés au détriment du développement des énergies renouvelables, constitutives de la transition énergétique  », lance Nicolas Fournier, président de l’Adelfa. «  Nous sommes complètement engagés dans la transition énergétique !  », rétorque François Goulain.

Pour illustrer son propos, l’industriel assure que chaque année, EDF investit 4 milliards d’euros dans son parc nucléaire (masse salariale comprise), plus 8 milliards pour les énergies renouvelables, «  soit deux fois plus que pour le nucléaire  ».

Un élément très sensible, la cuve du réacteur…

Ancien président de l’Adelfa, Jean Sename, qui reste membre du collectif d’associations de défense de l’environnement, n’a pas manqué de réagir à la présentation, par EDF, du grand carénage du site. Ce qui l’a étonné ? Pas un mot sur les cuves des réacteurs nucléaires, lieux hyper sensibles car sujets à des bombardements neutroniques très intenses. «  On ne peut que se féliciter de tout ce qui va être entrepris par EDF, mais quid des cuves, éléments essentiels pour la sécurité d’un site nucléaire et que l’on ne peut pas changer ?  »

La réponse de François Goulain, directeur de la centrale de Gravelines, a été instantanée : «  La cuve est la pièce la plus inspectée dans les sites nucléaires, et plus globalement, de tous les sites industriels du monde !  » Épreuves hydrauliques à 207 bars pour tester leur robustesse, utilisation d’un robot géant pour en inspecter le moindre recoin (fissures, état des soudures, de l’étanchéité etc. : «  Si nous avons le moindre doute, nous ne redémarrons pas le réacteur  », assure François Goulain.

Des propos relayés par l’autorité de sûreté nucléaire, qui réalise elle-même l’épreuve hydraulique de ces cuves. «  Les techniques s’améliorent. Nous traquons le moindre défaut et nous assurons qu’aucun n’évoluera  », confirme Rémy Zmyslony, responsable de la division lilloise de l’ASN.

Olivier Dufourg | 28/10/2018

http://lavdn.lavoixdunord.fr/478133/article/2018-10-28/pres-de-deux-milliards-d-euros-pour-les-six-reacteurs-de-la-centrale-nucleaire