Oct 31

CANADA : RELANCE DE L’ÉNERGIE NUCLÉAIRE, LE GOUVERNEMENT TRUDEAU SOMMÉ DE REFAIRE SES DEVOIRS

Plus de 20 groupes environnementaux demandent à Ottawa de mettre un frein au développement des petits réacteurs modulaires (PRM), une nouvelle génération de réacteurs nucléaires qui intéresse le gouvernement Trudeau.

Dans une lettre envoyée à quelques ministres fédéraux, cette coalition réclame notamment qu’Ottawa procède à une évaluation environnementale en bonne et due forme avant de se lancer dans l’aventure.

Ottawa a demandé en février aux intervenants de l’industrie nucléaire au Canada d’élaborer une « feuille de route » pour faire du Canada un leader dans le développement d’un nouveau type de réacteur nucléaire. Le résultat sera dévoilé le 7 novembre prochain.

Les groupes signataires de la lettre, comme Greenpeace et la Canadian Environmental Law Association, s’inquiètent du fait que ni le public ni les organisations environnementales n’aient été sollicités pour l’élaboration de cette feuille de route.

« Nous nous opposons au développement et au déploiement des PRM quand des alternatives renouvelables, plus sécuritaires et moins coûteuses financièrement et socialement existent », écrivent ces groupes. La missive a été expédiée mardi aux ministres des Ressources naturelles, Amarjeet Sohi, de l’Environnement, Catherine McKenna, et des Sciences, Kristy Duncan.

Les PRM n’existent pas encore en Occident, mais les Laboratoires nucléaires canadiens espèrent construire un prototype d’ici huit ans.

Ce seraient des réacteurs plus petits et moins puissants que les réacteurs traditionnels comme les CANDU. Leur principal avantage : ils pourraient être construits à la chaîne en usine et assemblés sur le site choisi.

Comme tous les réacteurs, ils engendreraient toutefois des déchets nucléaires. Les concepteurs de cette technologie auraient la responsabilité d’entreposer ces déchets radioactifs.

« Cette technologie demeure non développée et pas encore testée », notent les signataires. En entrevue, Shawn-Patrick Stensil, de Greenpeace, rappelle que le Canada a déjà investi par le passé dans des projets de développement de nouvelles générations de réacteurs, sans en récolter les fruits.

« On craint que le gouvernement verse de l’argent public dans une technologie qui ne fonctionnerait pas », signale-t-il.

Ce serait plus sage d’investir dans des technologies sûres qui existent déjà pour lutter contre les changements climatiques. (Shawn-Patrick Stensil, Greenpeace Canada).

Kerrie Blaise, de la Canadian Environmental Law Association, s’inquiète particulièrement de l’opacité de l’initiative d’Ottawa. « Notre objectif est de mettre en lumière le fait qu’il n’y a pas eu de discussion avec le public sur cet enjeu », affirme-t-elle.

Là-dessus, le secrétaire parlementaire de la ministre de l’Environnement, Sean Fraser, réplique que sa porte est toute grande ouverte. « Si ceux qui sont intéressés veulent contacter mon bureau, je serai heureux d’avoir une conversation [sur le sujet] », a-t-il dit à la sortie de la période de questions aux Communes.

« Selon moi, il faut écouter le plus de voix possible lorsqu’il s’agit d’une nouvelle approche, pour n’importe quelle politique gouvernementale », a-t-il assuré.

Le ministre des Ressources naturelles n’étant pas disponible pour une entrevue, son attachée de presse Vanessa Adams a insisté par courriel sur le fait que les PRM « représentent un domaine d’innovation énergétique prometteur qui pourrait fournir de l’électricité sur et hors réseau électrique, et faciliter notre transition vers une économie à faibles émissions de carbone ».

Elle signale que l’élaboration de la feuille de route « a impliqué tous les partenaires habilitants essentiels, y compris les laboratoires nationaux, l’organisme régulateur, l’organisation de gestion des déchets ainsi que l’industrie ».

Texte de Fannie Olivier, correspondante parlementaire à Ottawa, publié le mardi 30 octobre 2018 à 22 h 57

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1132931/energie-nucleaire-petits-reacteurs-modulaires-gouvernement-trudeau-organismes-environnementaux