Nov 03

MINISTRE BELGE : « ON NE SORT PAS INDEMNE DE LA VISITE D’HIROSHIMA »

Le ministre belge des Affaires étrangères a visité le Mémorial pour la Paix à Hiroshima. Didier Reynders a assuré les autorités japonaises du rôle de la Belgique dans la non-prolifération nucléaire.

Ogura Keiko avait huit ans lorsque « Little Boy » fut larguée sur sa ville le 6 août 1945. Hiroshima. En un instant, la bombe atomique souffla plus de 75.000 vies. Plus tard, leur nombre atteindra 220.000. Ogura Keiko se trouvait à la limite de l’épicentre et a survécu.

Aujourd’hui âgée de 81 ans, elle est une « hibakusha« , une rescapée. L’une des dernières. Elle a partagé le récit de son expérience avec le ministre belge des Affaires étrangères Didier Reynders (MR), mercredi, lors d’une visite du Mémorial pour la Paix à Hiroshima. « Après l’explosion, les gens venaient vers ma maison pour nous demander de l’eau, je me demandais ce que portaient certains, replié autour de leurs bras. C’était leur peau« , lui a-t-elle raconté.

« Ce qui m’a frappé dans son témoignage, c’est la discrimination qu’elle a subie, les victimes ont été traitées comme des parias durant de nombreuses années », explique Didier Reynders. Très ému, le ministre s’est attardé dans un parc aménagé à l’épicentre de l’explosion. Au milieu de milliers d’écoliers venus accomplir le devoir de mémoire. « On ne sort pas indemne de la visite d’Hiroshima », dit-il.

Seul témoin de la catastrophe, le dôme de Genbaku, un bâtiment laissé tel quel depuis l’explosion, dédié aux enfants massacrés par l’arme ultime. Il est parfaitement en ligne avec une statue et une flamme qui ne s’éteindra que lorsque les armes nucléaires auront disparu. « Cet alignement est épuré, mais il m’a impressionné », ajoute-t-il.

Didier Reynders s’est entretenu avec le maire d’Hiroshima Katsumi Mastui. Le ministre a renouvelé l’engagement de la Belgique à œuvrer dans un cadre multilatéral pour mettre fin aux essais nucléaires et à la prolifération des armes atomiques.

Pour la première fois dans son histoire, la Belgique occupe deux postes stratégiques qui lui permettront de jouer un rôle déterminant dans la non-prolifération.

Ce qui m’a frappé dans son témoignage, c’est la discrimination qu’elle a subie, les victimes ont été traitées comme des parias durant de nombreuses années. Didier Reynders

La Belgique en première ligne

Notre pays a succédé au Japon comme coordinateur du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICEN). « Nous entendons jouer un rôle dans le cadre du processus de désarmement de la Corée du Nord. Les Japonais étaient très intéressés d’échanger avec nous sur l’avenir des relations avec le régime de Kim Jong-un », explique un diplomate.

Pour Didier Reynders, l’adhésion de la Corée du Nord au TICEN sera « une étape cruciale » dans la désescalade. Les ralliements à la convention ont progressé ces derniers temps avec la signature de tous les pays du sud-est asiatique.

En janvier, la Belgique occupera un siège au Conseil de sécurité de l’Onu. Une position privilégiée où elle entend aussi peser sur le processus en cours avec la Corée du Nord.

Le Japon, aux premières loges en cas de conflit dans la péninsule coréenne, suit les pourparlers avec scepticisme. « Malgré les sommets qui se multiplient entre les deux Corées et la rencontre entre Kim Jong-un et Donald Trump, les Japonais ne croient pas en une désescalade avec la Corée du Nord », dit une source.

Petit bémol, la Belgique n’est toujours pas signataire du Traité d’interdiction des armes atomiques promu par la Campagne internationale d’interdiction des armes nucléaires (ICAN). Didier Reynders rappelle qu’aucune grande nation nucléarisée n’est signataire et que la Belgique doit répondre aux exigences liées à sa participation à l’Otan.

La visite du ministre des Affaires étrangères au Japon, d’une durée de quatre jours, avait un important volet politique. Didier Reynders a été reçu par le prince héritier Naruhito, un privilège pour un ministre justifié par les relations anciennes et profondes entre les familles royales des deux pays. En octobre prochain, le prince montera sur le trône impérial. Le ministre a également rencontré son homologue japonais Taro Kono.

Vincent Georis, Journaliste , le 2 novembre 2018

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