Nov 06

DONALD TRUMP, L’HOMME PROVIDENTIEL POUR MOSCOU

Le président Donald Trump a réagi à la mise au point du missile nucléaire hypersonique russe Avangard en annonçant le retrait de son pays du traité INF. À défaut de récupérer rapidement son retard en développant des missiles hypersoniques, il entend reconstituer son arsenal de missiles nucléaires à moyenne portée. Or, observe Valentin Vasilescu, les États-Unis ne fabriquent plus de moteurs pour ce type de missiles et utilisent des moteurs russes pour leurs fusées Atlas V. Par conséquent, dans ce domaine également, Moscou est en avance sur Washington.

En application du traité INF de 1987, l’URSS (puis la Russie) et les États-Unis ont détruit tous les missiles nucléaires basés au sol ayant une portée comprise entre 500 et 5 500 km (portée petite, moyenne et intermédiaire). Les missiles dont la portée est supérieure à 5 500 km n’entrent pas dans ce traité, ils sont considérés comme balistiques intercontinentaux (ICBM). En raison de cet accord, les États-Unis n’ont pas construit et n’ont pas pu placer leurs missiles nucléaires en Europe. Les principaux bénéficiaires de ce traité sont les pays européens et la Russie.

Le retrait unilatéral des États-Unis du traité INF, annoncé par Trump, n’affecte apparemment pas les États-Unis, car la distance entre le continent américain et la partie européenne de la Russie est de plus de 5 500 km. Trump pensait pouvoir tromper Poutine au moins avec ses boucliers anti-balistiques en Roumanie et en Pologne de type VLS MK-41, dérivés des systèmes existant sur les croiseurs AEGIS de classe Ticonderoga, qui peuvent lancer des missiles de croisière Tomahawk armés d’ogives nucléaires miniaturisées W80 de 5-50 kt. Mais les missiles de croisière états-uniens ont une vitesse 20 fois plus faible que les missiles balistiques russes et leur empreinte thermique peut encore être repérée par satellite dès leur lancement.

C’est pourquoi le Pentagone est en ébullition, sachant qu’ils ont été percés à jour et qu’ils avaient besoin d’urgence de nouveaux types de missiles balistiques à placer en Europe, près des frontières de la Russie. Le seul problème que le président Donald Trump n’a pas considéré est que les États-Unis n’ont plus les moteurs de fusée nécessaires pour construire ces véhicules. Tant que la NASA recevait des fonds importants, l’armée US disposait des moteurs de missiles les plus puissants. Mais au cours des 15 dernières années, la NASA est devenue un fantôme par rapport à cette entité qui avait envoyé les premiers hommes sur la Lune. Ainsi, sans le vouloir, en laissant les États-Unis se retirer du traité INF, Trump rend service à Poutine. C’est même une énorme victoire pour la Russie.

Caractéristiques d’un missile balistique doté d’une ogive nucléaire pesant 650-1 000 kg (avec la puissance de 1-8 mt) et capable de frapper une cible à une distance de 1 500 à 2 500 km :
 Poids : 18 à 24 t
 Longueur : 15 à 20 m
 Diamètre : 1,5 à 1,8 m
 Le missile comporte 1-2 étages
 Vitesse : de 4,5 km/s
 Altitude : de 600 à 900 km.
 Ses moteurs doivent développer une poussée d’au moins 75 000 à 100 000 kgf. Les missiles utilisés dans les boucliers antibalistiques US GBMD, SM-3 (1b, 2) et THAAD ont une propulsion beaucoup trop faible et sont inutiles.

À cause de la diminution du budget alloué à la NASA, une grande partie des spécialistes des sections subordonnées aux départements spéciaux de Lockheed Martin et de Boeing se sont associés sous le nom de « United Launch Alliance » (ULA). Cette compagnie achète des moteurs de fusées, assemble des composantes des fusées tout en créant de nouveaux véhicules spatiaux qu’elle lance ensuite pour l’usage du Pentagone et de la NASA.

ULA assemble ainsi la plus puissante fusée états-unienne lourde (Atlas V) en service, la seule capable de placer dans l’espace la navette spatiale militaire automatique X-37B et des satellites militaires sur des orbites géostationnaires. Atlas V utilise au lancement 2 boosters avec des moteurs russes RD-180, le premier étage de la fusée disposant, lui aussi, d’un moteur russe RD-180, produits par NPO Energomash.

La seule capsule US qui a prouvé qu’elle pouvait atteindre la Station spatiale internationale était l’espace X du Dragon. Elle a été lancée par la fusée légère à 2 étages Falcon 9. Son premier étage est composé de neuf moteur Merlin 1C, ayant chacun une poussée de 56 696 kgf. Son 2ème étage comprend un seul moteur Merlin. Falcon 9 n’est rien de plus que le recyclage des reliques de la Guerre froide. Le moteur Merlin 1C est une variante du célèbre moteur RS-27, produit par la société Rocketdyne à partir de 1974 pour les anciennes fusées Delta 2000 de McDonnell Douglas, abandonnées par la NASA. Plusieurs moteurs Merlin 1C peuvent être utilisés pour construire de nouveaux missiles nucléaires avec des missiles de courte et moyenne portée.

Taurus I et Minotaure I sont les nouvelles fusées phares de 3 ou 4 étages, fournies à la NASA par Orbital Sciences Corp. (OSC) qui peuvent satelliser un objet cosmique de 580 à 1 500 kg en utilisant les étages SR19 et M55A1 provenant des missiles balistiques intercontinentaux US à combustibles solides LGM-118A MX-Peacekeeper et LGM-30F Minuteman II. La fusée Minotaure I est constituée du premier et deuxième étage de la fusée balistique intercontinentale Minuteman II (développant tous les deux 120 000 kgf).

Dans la période 2010-2013, Orbital Sciences Corp a remplacé les deux premiers étages de la fusée Minotaure I avec moteur NK-33 (140 000 kfg). Les moteurs NK-33, livrés par la société russe Energomaș sont supérieurs à ceux des États-Unis. En raison des sanctions imposées à la Russie par les États-Unis, au début de 2014, le transfert de technologie russe d’Energomaș s’est interrompu.

La compagnie Aerojet, en collaboration avec le bureau d’étude de Youzhnoye à Dnipropetrovsk-Ukraine a commencé à produire des moteurs mal copiés sur le NK-33, sous le nom de AJ-26-58/62. Ces moteurs utilisent un schéma différent de turbopompe à haute pression nécessaire pour l’alimentation continue en carburant et comburant. La fusée Antares transportant le cargo états-unien Cygnus avec l’approvisionnement pour la station spatiale internationale (ISS) a explosé 6 secondes après le lancement à la suite d’un défaut de conception du moteur AJ-26.

Une fusée similaire, avec l’étage US SR19 (utilisé par Taurus I et Minotaure I), se compose du système fixe GBMD (Ground-Based Midcourse Defense) assemblé par Orbital Sciences Corp. GBMD (35 000 kgf) appartient à l’agence de défense antibalistique du Pentagone qui opère dans les bases de Fort Greely (Alaska) et de Vandenberg (en Californie). Ceci montre que la focalisation excessive des États-uniens sur la création du bouclier antimissile fait que les coupes budgétaires ont un impact sur le financement de la conception de nouveaux moteurs de fusée de forte puissance, obligeant l’utilisation de missiles lourds par la NASA.

Voyons comment se situe la Russie sur le chapitre des moteurs de fusée qui pourraient être utilisés pour les missiles nucléaires à moyenne portée et de portée intermédiaire.

La famille Angara comprend la fusée légère Angara 1.1 qui a une capacité de satellisation sur orbite basse de 2 t, la fusée moyenne Angara A3 qui peut placer sur l’orbite basse de la Terre 14,6 t. La famille Angara comprend aussi la fusée lourde Angara A5 ainsi que la fusée super-lourde Angara A7 dans laquelle les moteurs RD-191 sont remplacées par des RD-193, plus puissants, permettant le placement de 35 t sur une orbite basse. La fusée la plus puissante de la famille est Angara-100 capable de satelliser 100 t sur une orbite basse. La première composante de la fusée Angara-A5, développe une traction de presque 1 000 000 kgf, étant formée de quatre boosters aux moteurs RD-191, montés autour d’un segment central, disposé à son tour d’un moteur RD-191. Le moteur RD-191 a la possibilité de modifier pendant le vol la traction maximale de 200 000 kgf (100 à 30 %).

La conclusion est que la Russie peut utiliser un seul moteur RD-191 de la fusée Angara, et ainsi construire et rendre opérationnel en 6-8 mois un nouveau missile balistique nucléaire avec une portée allant jusqu’à 5 000 km, ce qui, pour les États-Unis, est catastrophique. La Roumanie et la Pologne sont dans une situation bien plus regrettable, car c’est sur leur territoire qu’ont été placés les boucliers antibalistiques US. Si jusqu’à présent, le temps disponible pour corriger une erreur de lancement accidentel d’un ICBM était de 20 à 25 minutes (le temps parcouru par un ICBM de Russie au continent américain), maintenant ce temps se réduit à seulement 4 minutes (la distance Russie-Pologne ou la Russie-Roumanie est d’environ 1 000 km). Dorénavant la Roumanie et la Pologne sont devenus la cible des ogives de 8 Mt des missiles balistiques russes, des ogives que ne pourront pas neutraliser les boucliers US, et qui ont une capacité de destruction énorme pour la population et les infrastructures.

Par Valentin Vasilescu, expert militaire. Ancien commandant adjoint de l’aéroport militaire d’Otopeni. Traduction Avic

Réseau Voltaire, édition internationale

http://www.voltairenet.org/article203760.html