Nov 08

FESSENHEIM : LA SÛRETÉ MAXIMALE JUSQU’AU BOUT ?

Prenant acte de l’arrêt définitif de la centrale alsacienne d’ici 2020-2022, l’Autorité de sûreté nucléaire a renoncé à imposer à EDF l’installation d’un diesel d’ultime secours, comme elle l’avait réclamée en 2012. Les écologistes crient au scandale.

EDF et l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) répètent, depuis des années, que la centrale de Fessenheim fonctionnera jusqu’à son arrêt définitif avec le même niveau d’exigence, en matière de sûreté, que le reste du parc nucléaire français. Les associations antinucléaires alsaciennes ont donc jeté un pavé dans la mare, le jour de la Toussaint, en révélant un projet de décision de l’ASN visant notamment à abandonner l’obligation, imposée à l’exploitant en 2012, d’installer un moyen d’alimentation électrique supplémentaire avant la fin de cette année.

« L’ASN se dérobe »

« La centrale de Fessenheim doit légalement être fermée le 31 décembre 2018 et cependant l’ASN se dérobe », dénoncent conjointement Stop Fessenheim, Stop transports-Halte au nucléaire, le CSFR, Alsace Nature et le collectif Les Citoyens vigilants des environs de Fessenheim.

Lorsque l’ASN avait publié cette obligation d’alimentation électrique supplémentaire – ou « diesel d’ultime secours » (DUS) – en juin 2012, à l’issue des évaluations complémentaires de sûreté – dites « post-Fukushima » –, la fermeture de la centrale avait déjà été annoncée par François Hollande pour « fin 2016 » , mais l’échéance a été maintes fois reportée, jusqu’à devenir incertaine.

Aujourd’hui, c’est l’exploitant lui-même qui prévoit un arrêt définitif, d’ici septembre 2020 pour le réacteur n° 1, d’ici août 2022 pour le réacteur n° 2 (lire nos précédentes éditions), et l’ASN tient simplement compte de cette réalité nouvelle, explique Pierre Bois, chef de la division de Strasbourg. « Ce projet de décision prend acte réglementairement de la mise à l’arrêt annoncée du site et nous donne un cadre légal pour travailler, durant le temps de fonctionnement restant. »

EDF n’a jamais lancé les travaux nécessaires au DUS à Fessenheim – signifiant ainsi, dès l’an dernier, sa résignation à la fermeture –, mais dans le cas contraire, ils n’auraient de toute façon pas été achevés au 31 décembre 2018. Les chantiers sur les autres sites du parc nucléaire français, soumis aux mêmes obligations, ont en effet tous pris un important retard. « Les DUS sont des investissements importants, sur le plan financier, mais aussi sur le plan technique. Il est vraisemblable que les tout derniers n’entreront en service que fin 2020 », indique Pierre Bois. L’ASN prépare donc, pour le reste du parc aussi, une décision prenant acte des réalités : elle va accorder un nouveau délai aux 56 autres réacteurs d’EDF.

« Une adaptation, en aucun cas un renoncement »

En attendant l’entrée en service de ces DUS dans le reste du parc, et a fortiori à Fessenheim où ces DUS ne seront jamais mis en place, l’ASN demande à l’exploitant de renforcer la « fiabilité » de ses sources électriques.

« De nouvelles prescriptions apparaissent, qui amènent des bénéfices en matière de sûreté à relativement court terme, utiles dans la perspective d’une exploitation sur quelques années encore, puis dans une configuration “site à l’arrêt”, avec du combustible toujours présent, et, à plus long terme, dans la configuration “site en démantèlement”. Il s’agit donc davantage d’une adaptation, en aucun cas d’un renoncement », insiste Pierre Bois.

Dans la même logique de prise en compte d’échéances désormais clarifiées, l’ASN a rappelé à EDF, dans un courrier daté du 19 octobre, que l’exploitant doit désormais lui transmettre une déclaration d’arrêt définitif des deux réacteurs alsaciens. « Aujourd’hui, il n’y a quasiment plus d’incertitudes sur la mise à l’arrêt de Fessenheim : il serait donc normal qu’EDF procède, le plus rapidement possible, à cette déclaration, le véritable acte qui l’engage », souligne Pierre Bois.

Olivier BRÉGEARD, le 7 novembre

https://www.lalsace.fr/actualite/2018/11/08/la-surete-maximale-jusqu-au-bout

NDLR: croisons les doigts…