Déc 10

PAUL QUILÈS. ANCIEN MINISTRE ET TOUJOURS MILITANT

À plusieurs reprises ministre de François Mitterrand, Paul Quilès est aujourd’hui un fervent défenseur du désarmement nucléaire. Combat auquel il a consacré son dernier livre (*).

Ne lui parlez pas de son âge. Il n’a pas le temps d’y penser, trop occupé à défendre ses convictions, avec l’énergie et la détermination de l’éternel militant, toujours par monts et par vaux, comme sur son blog. Ne lui parlez pas de sa carrière. À ses yeux, ce qu’il a réalisé, même s’il ne le néglige pas, a moins d’importance de ce qui lui reste à faire. Paul Quilès, dont les yeux bleus et l’allure stricte ont beaucoup fait pour sa réputation, est né en janvier 1942 à Saint-Denis du Sig, en Algérie.

Son père est officier et sa mère institutrice. Si l’on considère cette rigueur mais aussi ce goût d’apprendre qui le caractérisent, on retrouve bien cette double influence. Il obtient son diplôme de l’École polytechnique, en 1961. Pendant son service militaire, on le cantonne à l’État-major de l’Armée de l’air. La France teste alors son arme nucléaire. Et c’est lui que l’on charge, lors d’un exercice, de répondre à celui qui doit donner l’ordre, heureusement fictif, de déclenchement. Charles de Gaulle en personne. La conversation se résume à quelques mots mais lui laisse une impression troublante de bricolage. Il est alors loin, très loin de la politique.

Le 10 mai 1981, son meilleur souvenir politique

C’est une carrière d’ingénieur à la Shell qui s’ouvre à lui, pendant près de quinze ans. Jusqu’à ce qu’il rejoigne la section socialiste du XIIIe arrondissement de Paris. Un souffle nouveau porte la gauche non communiste, depuis le fameux congrès d’Épinay, en 1971, qui a permis à François Mitterrand de prendre les choses en main. Dans une organisation où le milieu enseignant est alors en force, les qualités de technicien et d’organisateur de Paul Quilès sont appréciées. Elles contribuent déjà au dynamisme de sa section.

Il est élu député en 1978. François Mitterrand le remarque alors et lui confie ses premières responsabilités à la direction du PS. Jusqu’à assurer la direction de la campagne victorieuse de 1981. Le soir du 10 mai reste le meilleur souvenir politique de Paul Quilès. C’est de sa propre initiative que le matériel nécessaire est mobilisé pour les festivités de la place de la Bastille.

Après l’avoir laissé comme numéro 2 du PS, pour s’assurer que le fonctionnement du parti ne soit pas trop perturbé par l’accession au pouvoir, François Mitterrand fait de Paul Quilès son ministre en charge de missions délicates.

Nommé à la Défense en pleine affaire Greenpeace

En 1983 au Logement, secteur traumatisé par l’impact de la récente loi Quilliot. S’y ajoutent bientôt les Transports. Le 19 septembre 1985, Paul Quilès procède à une inauguration lorsqu’on lui intime l’ordre d’appeler Laurent Fabius, le Premier ministre, de toute urgence. Son officier de sécurité réquisitionne le téléphone au sous-sol d’un café voisin – l’époque n’est pas encore aux portables. « Paul, tu prends le ministère de la Défense ». La France est en pleine affaire Greenpeace et Charles Hernu vient d’être contraint à la démission. Son successeur a 24 heures pour dénouer l’écheveau. Cette nuit-là, Paul Quilès ne l’a pas oubliée, ni le poids des responsabilités pesant soudain sur ses épaules. Sa carrière ministérielle se poursuit à l’Équipement puis à l’Intérieur, mais il laisse surtout sa trace comme ministre des Postes, des Télécommunications et de l’Espace. Comme celui qui a fait de l’administration des PTT, La Poste que nous connaissons aujourd’hui, établissement public à caractère industriel et commercial, en évitant le drame social, au terme d’un long et délicat travail de concertation.

En 1993, Paul Quilès retrouve l’Assemblée nationale, où il siège pendant quatorze ans, cette fois comme député du Tarn, assurant pendant cinq ans la présidence de la commission de la Défense. Surtout, en 1995, il devient maire de Cordes-sur-Ciel, fonction qu’il exerce toujours. Et il ne faut pas beaucoup insister pour qu’il explique que sa commune est une des plus belles de France, donc du monde.

À travers la France

Parce qu’il n’est pas homme à céder aux excès d’orgueil ou de nostalgie, Paul Quilès n’a donc nulle envie de se reposer sur ses lauriers. Inlassablement, il parcourt la France pour rencontrer ceux qui s’intéressent aux causes qu’il défend. Le PS s’est effondré ? S’il peut aider à sa reconstruction, il le fera, à sa place.

Mais le plus fort de son énergie lui sert à pourfendre la bombe atomique, ce qu’elle implique comme stratégie de défense et qu’elle révèle du fonctionnement de notre démocratie.

La bombe atomique : un tabou français

C’est un tabou français qu’il ne craint pas de dénoncer, ce qui lui vaut de présider l’association IDN (Initiative pour le désarmement nucléaire). Personne ne doute de la capacité destructive de la bombe atomique si elle était utilisée, la puissance du moindre missile étant évaluée en centaines de fois Hiroshima.

Cette arme fatale, la France l’a adoptée, en période de Guerre froide, pour marquer son indépendance stratégique. Depuis les enjeux géopolitiques et les menaces éventuelles ont évidemment changé, sans qu’il en soit tenu compte et surtout sans que le moindre débat ait eu lieu.

Tous perdants

Le principe reste le même. Ce que les militaires appellent la DMA (Destruction mutuelle assurée). Si je disparais, toi aussi. Autrement dit, tous perdants et fin de l’histoire. Quant à l’aspect dissuasif, s’il reste valide, en théorie, c’est jusqu’à ce qu’il cesse de l’être, mais il sera alors trop tard. Curieusement, c’est de son passage comme ministre de la Défense que date la prise de conscience de Paul Quilès. « Quand j’ai entendu les discours de Florence Parly, qui fut ma collaboratrice, je me suis souvenu de ce qu’avait été ma situation. Lorsqu’on devient ministre, on nous fait réciter la doxa. Rien d’autre ».

Un budget qui augmente

Depuis, il plaide pour un retrait progressif et pour que la France montre l’exemple à cet égard. « Progressif, parce que je sais ce que cette industrie représente pour des régions entières ». Surtout, ajoute-t-il, « si le mot démocratie a un sens, sur un tel sujet, il y a un moment où il faut consulter le peuple ». On en est loin. Lors des débats parlementaires sur les budgets de la Défense, la consigne de l’exécutif est même de ne pas évoquer le nucléaire, y compris lorsque les crédits qui lui sont consacrés passent de 3,5 à 6 milliards, comme c’est actuellement le cas.

Plus fondamentalement, nos orientations stratégiques et leur opacité, le préoccupent. « Comment se défendre efficacement » résume-t-il, « si nous ne sommes pas capables d’expliciter les menaces évidentes et potentielles auxquelles nous voulons faire face et, par conséquent, de mobiliser pour cela les moyens les mieux adaptés ? ». L’opinion publique n’est pas aussi sourde que nos dirigeants à cette interrogation, les sondages sont formels. Paul Quilès n’a donc nullement l’intention de baisser le ton. On peut en juger dans le nouvel ouvrage qu’il vient de publier.

« L’illusion nucléaire, la face cachée de la bombe atomique » de Paul Quilès. Éditions Charles Léopold Mayer.

Publié le 09 décembre 2018 à 06h30

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