Jan 13

CENTRALE NUCLÉAIRE DU BUGEY : SOMMES-NOUS EXPOSÉS?

Vieille de 40 ans, la centrale nucléaire du Bugey présente aujourd’hui un risque probable d’accidents sur ses réacteurs. Située à moins de 80km de nos territoires, quels seraient les risques pour nos populations en cas de problème

Un Tchernobyl numéro 2 en France ? On pourrait croire à un scénario de film catastrophe, pourtant l’accident nucléaire n’est pas impossible pour la centrale du Bugey. Depuis longtemps décriée par les partisans du sortir du nucléaire, la centrale du Bugey se fait vieille, très vieille… Après la fermeture de la centrale de Fessenheim, celle du Bugey deviendrait la plus vieille de France. En 2018, les réacteurs nucléaires Bugey 2 et 3 accumulent 40 ans de fonctionnement et en 2019, ce sera le tour des réacteurs Bugey 4 et 5. « Et alors que ces réacteurs présentent des signes de fatigue manifestes, EDF veut en prolonger le fonctionnement jusqu’à 50 ou 60 ans ! » dénonce l’association « Sortir du nucléaire Bugey ».

Un risque de plus en plus probable

« Les récentes fraudes sur la qualité des pièces forgées par Creusot Forges et le japonais JCFC, ont montré que la sûreté nucléaire n’était qu’un mythe. » Les réacteurs du Bugey totalisent un nombre impressionnant d’irrégularités (58, 94, 66, 46 pour les quatre réacteurs) et du tritium radioactif est régulièrement rejeté dans la nappe alluviale du Rhône à cause de dysfonctionnements… « Toutes ces malfaçons et anomalies sont tolérées par l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) qui s’insurge de l’état des réacteurs mais autorise leur fonctionnement. À la vétusté des installations et aux défaillances internes à la centrale s’ajoutent des risques externes (séisme, inondation, crash d’avion, acte terroriste), qui pourraient provoquer une catastrophe aussi grave sinon pire que celle de Fukushima. »

Mais aujourd’hui quels sont les risques ? « Un accident sur un réacteur de la centrale nucléaire du Bugey est de plus en plus probable et serait une très grave catastrophe pour la région lyonnaise et même au-delà. La Suisse proche serait aussi touchée.» Une réalité qui a poussé le canton de Genève à réagir juridiquement (voir ci-dessous). Il faudrait alors être bien naïf pour croire que le Pays de Gex serait épargné…

Quelles conséquences dans le Pays de Gex ?

« S’il y a un accident grave, avec une perte de contrôle du réacteur, on peut imaginer que les habitants du Pays de Gex seraient suffisamment loin pour ne pas être évacués, anticipe Joël Guerry, membre de la coordination Stop Bugey. Mais selon les conditions météorologiques du jour de l’accident, le risque est de vivre dans un environnement touché par la radioactivité. Il est certain que les Gessiens subiront un impact. »

Dans ce contexte, la Coordination Stop Bugey a rédigé une lettre ouverte motivant la demande de mise à l’arrêt définitif des quatre réacteurs et l’a envoyée au ministre de la Transition Écologique et Solidaire. Une pétition est également en ligne. Pour le moment aucune de ces actions n’a été suivie de réponses de la part d’EDF ou du gouvernement…

Coralie Dhénein

La pétition :

– Les groupes de la Coordination Stop Bugey ont organisé une pétition, l’ont mise en ligne sur le site de Cyberacteurs et la proposent également à la signature en version papier.

Le 5 décembre 2018, ils ont remis au Ministre de la transition écologique et solidaire, un acompte de 10 221 signatures, dont 6 201 sur Cyberacteurs et 4 020 sur papier.

– Tant qu’aucune décision n’est prise pour la mise à l’arrêt définitif des quatre réacteurs du Bugey, ils invitent chacune et chacun à signer et faire signer la pétition en ligne sur le site Cyberacteurs : https://www.cyberacteurs.org/cyberactions/enfiniraveclesreacteursnucleairesde-2054.html

Genève dépose une nouvelle plainte contre X concernant la centrale du Bugey

Au mois de décembre 2018, le Conseil d’État et la Ville de Genève ont déposé conjointement une nouvelle plainte pénale contre x avec constitution de partie civile concernant la centrale nucléaire du Bugey.

« Ces nouvelles démarches s’inscrivent à la suite des actions constantes menées par les autorités genevoises contre cette centrale nucléaire, située à 80 kilomètres du canton à vol d’oiseau, en application de l’article 169 de la constitution de la République et canton de Genève. » annonce le canton de Genève.

Cette plainte fait suite à une plainte pénale déposée le 2 mars 2016. En juillet 2017, le parquet du Tribunal de grande instance de Paris avait décidé de ne pas donner suite à cette première démarche pénale, considérant que les faits étaient insuffisamment caractérisés.

Depuis plusieurs années le Conseil d’État et la Ville de Genève estiment que la centrale du Bugey, l’une des plus anciennes du parc nucléaire français, représente un risque majeur pour la sécurité et la santé de la population ainsi que pour l’environnement.

Sur la base notamment d’une expertise, la plainte fait valoir les fragilités d’éléments essentiels de la centrale, ses faiblesses de conception, les risques liés à son site d’implantation (risques sismiques, d’inondation, proximité d’un aéroport), des fuites de tritium à répétition, ainsi que la multiplication d’incidents.

La Tribune Républicaine   (11/1/2019)

http://www.latribunerepublicaine.fr/a-la-une-la-tribune-republicaine/centrale-nucleaire-du-bugeysommes-nous-exposes-ia921b0n210161#*