Jan 20

DÉPLOIEMENT DE MISSILES NUCLÉAIRES AMÉRICAINS VISANT LA RUSSIE

Le retrait des États-Unis du Traité INF (Intermediate-range Nuclear Forces) n’a qu’une signification : les États-Unis se préparent à mettre en place des missiles nucléaires de portée intermédiaire aux frontières de la Russie.

La raison officiellement donnée par Washington est que Moscou avait réalisé sans attendre un tel missile et qu’il fallait se préparer à y riposter. Mais les Américains ont refusé l’offre russe d’inspecter leur nouveau missile pour vérifier qu’il ne rentrait pas dans cette catégorie et qu’il ne représentait en rien une nouvelle menace.

Manifestement, Washington poursuit un projet déjà pris en charge par l’Otan : mettre en place de nouvelles bases américaines aux frontières de la Russie. Mais celles-ci seront désormais dotées de missiles nucléaires de moyenne portée susceptibles d’atteindre les ¾ de la Russie utile

Ces missiles représenteront un accroissement sans précédents de la présence militaire américaine au sein de l’Otan. Déjà pour 2019 est prévue la mise en place de groupes militaires tactiques dans les États Baltes et en Pologne. De plus ce dernier pays vient d’accepter l’installation d’un complexe de missiles anti-missiles du type de l’Aegis. Ces missiles comme nul ne devrait l’ignorer peuvent avoir des fonctions offensives au même titre que défensives. L’un de ces complexes est déjà installé en Roumanie.

Il en sera de même au Moyen-Orient. L’une des raisons pour laquelle le Pentagone s’oppose radicalement aux projets de Donald Trump visant à se retirer d’Afghanistan est qu’il sera possible d’y installer une base de missiles menaçant directement l’Iran, toujours considérée comme une ennemie « existentielle » du fait de son alliance avec la Russie. Par ailleurs, les bases américaines au Qatar, siège de l’US Central Command, permettront également la mise en place de missiles nucléaires de portée intermédiaire. Leur présence permettra par ailleurs de convaincre la Turquie de respecter ses accords militaires anciens avec les États-Unis.

Donald Trump n’ignore évidemment pas ces projets militaires du Complexe militaro-industriel américain. Mais il n’aura manifestement que deux choix, les laisser faire et devenir le complice, sinon l’agent, d’une guerre nucléaire d’abord limitée mais devenant nécessairement mondiale ou, à l’inverse, s’y opposer avec tous les moyens qui lui restent. Il n’ignore évidemment pas non plus que ce faisant, il mettrait en danger ses responsabilités présidentielles sinon sa vie.

Le Pentagone fait comme s’il ignorait la capacité qu’auront dans quelques mois les forces russes de disposer de missiles hypersoniques susceptibles de détruire les missiles et anti-missiles existants, notamment ceux de portée intermédiaire. Veut-il cependant courir le risque d’utiliser sans attendre de tels missiles contre la Russie ? Comme nous l’avons plusieurs fois souligné, ceci provoquerait rapidement une guerre mondiale. Elle signifierait la fin, non seulement de la Russie mais des États-Unis eux-mêmes…sans mentionner les pays européens, dont notamment la France. Or l’Europe, pour le moment, se comporte comme si ces risques concernaient une autre planète.

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