Jan 27

L’OTAN ET LA RUSSIE SE DIRIGENT VERS UN ABANDON DU TRAITÉ SUR LE CONTRÔLE DES FORCES NUCLÉAIRES DE PORTÉE INTERMÉDIAIRE

Moscou veut convaincre que son nouveau missile de portée intermédiaire est conforme à cet accord signé en 1987.

L’échec n’a surpris personne. Le Conseil OTAN-Russie, réuni vendredi 25 janvier à Bruxelles, n’a pas permis de dégager le compromis qui aurait pu sauver le traité de 1987 sur le contrôle des forces nucléaires de portée intermédiaire (FNI). Des négociations menées à Genève entre responsables russes et américains avaient déjà capoté il y a une dizaine de jours.

Le texte, signé après la crise des euromissiles des années 1980, quand l’Union soviétique avait déployé des missiles SS-20 et entraîné une riposte américaine en Europe, devrait donc être officiellement enterré le 2 février par Donald Trump. Le président proclamera très probablement le retrait des États-Unis, avec le soutien des pays alliés. C’est à cette date qu’arrivera à échéance un ultimatum lancé, en décembre 2018, par les pays de l’Alliance atlantique.

Washington réclame à Moscou la destruction de ses tout nouveaux missiles de croisière – SSC-8 ou Novator 9M729 – qui, selon les États-Unis, violent les règles du traité, qui visait à l’élimination des missiles nucléaires et conventionnels d’une portée de 500 à 5 500 km. La Russie affirme que la portée de ses Novator est de moins de 500 km ; l’OTAN et les États-Unis soutiennent qu’ils peuvent atteindre 1 500 km, et donc frapper un pays européen en quelques minutes.

 « Le traité est en danger, la situation est sérieuse. La Russie n’a pas l’intention de changer sa position », a expliqué le secrétaire général de l’Alliance, Jens Stoltenberg. Moscou avait anticipé en appelant, vendredi, les Américains à renoncer à leur projet « irresponsable » de déploiement d’un système de défense antimissiles dans l’espace. Les autorités russes dénoncent aussi des missiles occidentaux servant à tester les intercepteurs des systèmes de défense, « mais ces derniers ne violent pas le traité », affirme M. Stoltenberg.

La Russie s’est résignée à présenter, le 23 janvier, le système de missile incriminé. Journalistes et attachés militaires étrangers avaient été conviés, mais une majorité d’attachés occidentaux ont boudé la manifestation. En présence du vice-ministre des affaires étrangères, Sergueï Ryabkov, l’armée voulait expliquer pourquoi, selon elle, le 9M729, capable de transporter une charge nucléaire, ne viole pas le traité FNI, puisque son rayon d’action, avec son système de lancement Iskander-M, ne dépasserait pas 480 km.

Opération de communication

« Le 9M729 est la version modernisée du 9M728, dont la puissance de l’ogive a été accrue, a détaillé le général Mikhaïl Matveievski, commandant des forces des fusées stratégiques. À cause de cela, la taille de la fusée s’est allongée de 53 cm et une version spéciale du lanceur, qui peut porter quatre 9M729 au lieu de deux, a dû être développée. » Selon l’officier, plus de cent lancements effectués entre 2008 et 2014 sur un terrain militaire du sud-ouest de la Russie ont eu lieu et aucun n’a dépassé la limite fixée par le traité.

L’opération de communication n’aura pas suffi, d’autant que le missile n’a pas été montré hors de son tube. À l’OTAN, on affirme toutefois que la négociation reste possible : après le lancement par Washington de la procédure de retrait, le traité ne cessera d’exister que six mois plus tard. Le Conseil OTAN-Russie pourrait donc à nouveau se réunir et tenter de trouver une issue. Le ton adopté, en décembre 2018, par le président Vladimir Poutine, qui avait évoqué au contraire le développement de nouveaux missiles stratégiques, incite plutôt au pessimisme.

Des sources européennes confirment, par ailleurs, l’intention de l’administration américaine de continuer à afficher sa fermeté. D’autant que John Bolton, le conseiller à la sécurité nationale, fut déjà l’artisan du retrait, acté en 2002, des États-Unis d’un autre traité de limitation des armes stratégiques : le traité ABM (pour Anti-Ballistic Missile) de 1972 était un obstacle à la volonté de la présidence de George W. Bush de développer des systèmes de défense – ou boucliers – antimissiles.

Tant Washington que Moscou entendent, en outre, répliquer au développement récent par la Chine de missiles nucléaires de portée intermédiaire. La fin du traité FNI les arrangerait donc tous deux en réalité, laissant, en revanche, l’Europe à ses craintes.

Isabelle Mandraud(Moscou, correspondante) et Jean-Pierre Stroobants(Bruxelles, bureau européen)

Publié le 26 janvier 2019 à 10h33 sur le site : https://www.lemonde.fr/international/article/2019/01/26/l-otan-et-la-russie-se-dirigent-vers-un-abandon-du-traite-sur-le-controle-des-forces-nucleaires-de-portee-intermediaire_5414922_3210.html que nous vous invitons à consulter régulièrement.