Fév 01

ARMES NUCLÉAIRES. LES USA SE RETIRENT DU TRAITÉ SUR LES ARMES À MOYENNE PORTÉE

Les États-Unis viennent de confirmer qu’ils cessent de respecter le Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI) à la suite de l’échec des négociations de dernière minute avec la Russie. C’est Mike Pompeo, le patron du Département d’État qui l’a annoncé.

Si l’Horloge de l’Apocalypse est toujours à minuit moins deux, c’est un peu à cause des menaces qui planent sur le FNI, le Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire  signé en 1987 par les États-Unis et l’URSS d’alors. Ce traité visait à l’élimination des centaines de missiles de croisière et missiles balistiques américains et russes lancés depuis le sol et ayant une portée se situant entre 500 et 5 500 km.

Ce vendredi, Mike Pompeo, le Secrétaire d’État (l’équivalent du ministre des Affaires étrangères) a confirmé le retrait américain. Techniquement, ce retrait va prendre six mois mais il y a fort à craindre qu’au 2 juillet, ce traité soit bel et bien enterré. « Demain les États-Unis vont suspendre leurs obligations dans le cadre du traité INF et lancer le processus de retrait », qui « sera achevé dans six mois à moins que la Russie respecte ses obligations en détruisant tous ses missiles, lanceurs et équipements qui violent le texte », a ajouté le président Donald Trump dans un communiqué.

Polémique sur le Novator

Depuis plusieurs mois, Washington accuse Moscou de violer ce traité en alignant dans son arsenal des missiles Novator 9M729 (appelés SSC-8 par les Américains). Ils seraient capables de frapper une cible distante de 500 à 1 500 km, ce que dément le Kremlin qui affirme que leur portée ne dépasse pas 480 km.

Des négociations ont eu lieu le 15 janvier à Genève, entre Russes et Américains. Elles ont été infructueuses, la représentante américaine Andrea Thompson, sous-secrétaire d’État américaine chargée du contrôle des armements et de la sécurité internationale, accusant Moscou d’être toujours en « violation flagrante » du traité. Dix jours plus tard, le Conseil Otan-Russie, réuni à Bruxelles, n’avait pas réussi à dégager un compromis qui aurait pu sauver le traité de 1987. « Le traité est réellement menacé », avait conclu le secrétaire général de l’Alliance atlantique, Jens Stoltenberg.

Dès jeudi, Andrea Thompson avait prévenu que Washington allait se libérer des clauses du traité ce 2 février, ce qui permettra aux États-Unis d’étudier la production de nouveaux missiles de portée intermédiaire. C’est désormais chose faite.

Menaces sur l’Europe

Les conséquences directes sont assez préoccupantes. Il apparaît clairement que Washington entend recompléter son arsenal de missiles de moyenne portée. Selon Thomas Karako, un spécialiste du Center for Strategic and International Studies, le Pentagone pourrait rapidement lancer des recherches sur de nouveaux missiles et, dans l’intervalle, reconfigurer des missiles de croisière air-sol en missiles sol-sol. Ce serait aussi l’option avec les missiles navals SM-6 qui pourraient être modifiés et déployés en Europe.

Pour Béatrice Fihn, directrice de la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN), prix Nobel de la Paix 2017, les Russes pourraient eux aussi se lancer dans une nouvelle course aux armements. « Si ce traité est abandonné et que les États-Unis s’en retirent, alors les deux pays seront libres de mettre en place ces missiles à portée intermédiaire aux frontières de l’Europe », a-t-elle prévenu il y a quelques jours. Un avis totalement partagé par la patronne de la diplomatie de l’Union européenne, Federica Mogherini.

Ce retrait américain du FNI ne va pouvoir que rapprocher l’aiguille des minutes encore plus près du fatidique minuit de l’Apocalypse.

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