Fév 01

FERMETURE DE LA CENTRALE NUCLÉAIRE: CE QUE DIT LE « PROJET D’AVENIR » POUR LE TERRITOIRE DE FESSENHEIM

Ce vendredi, en présence des ministres François de Rugy, chargé de la Transition Écologique, et de sa secrétaire d’État Emmanuelle Wargon, les élus des territoires concernés doivent signer le projet d’avenir du territoire, à Volgelsheim. Un projet d’avenir que le maire de la commune, Claude Brender ne devrait pas signer… Le député Raphaël Schellenberger (LR) appelle quant à lui à boycotter ce rendez-vous, qu’il qualifie de « farce« .

Mais que dit exactement le projet de territoire? Il commence par rappeler le contexte: « La centrale de Fessenheim a été mise en service en 1977 : c’est la plus ancienne des 19 centrales nucléaires françaises« , et sa fermeture s’inscrit « dans l’un des grands objectifs énergétiques de la France, fixés dans la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) présentée par le gouvernement en novembre dernier« . Il s’agit de plafonner à 50% la part du nucléaire dans le mix énergétique français d’ici 2035, en favorisant « le développement des énergies renouvelables ».

Faire de Fessenheim « un territoire de référence en matière d’économie bas carbone« 

La centrale, depuis 40 ans, a joué un « rôle important dans l’économie et la vie du territoire » de Fessenheim (et au-delà). Sa fermeture remet donc « profondément » en question « le modèle économique, environnemental et social sur lequel le développement du territoire s’est appuyé ces dernières décennies« . La solution avancée par le gouvernement et les acteurs locaux est de faire de Fessenheim « un territoire de référence à l’échelle européenne en matière d’économie bas carbone, une économie reposant sur des filières d’excellence et d’innovation, créatrice d’emplois et de valeur ajoutée, et permettant d’assurer entre autre la réussite de la nécessaire mutation économique des communes les plus concernées par la fermeture de la centrale« .

L’État indique que « tous les acteurs locaux ont été associés à cette ambition« : collectivités locales, monde économique, EDF, Caisse des dépôts, services de l’État.

Le triangle Colmar – Mulhouse – Fribourg

Les « défis de reconversion économique » concernent d’abord « la commune de Fessenheim, les communes voisines regroupées côté français dans la Communauté de communes Pays Rhin-Brisach (CCPRB)« . Ensuite, les « enjeux de mobilité » concernent « le triangle Colmar – Mulhouse – Fribourg« . Les défis « de transition énergétique et d’innovation » concernent plus largement tout le territoire du Haut-Rhin. L’aspect frontalier n’est pas oublié: « renforcement des partenariats franco-allemands« , « investissement des pouvoirs publics pour créer de la valeur ajoutée à l’échelle des zones transfrontalières du département et de la région« .

Une société d’économie mixte franco-allemande

Le projet de territoire prévoit la création d’une société d’économie mixte (SEM) franco-allemande. Côté français, elle aura pour actionnaires notamment la Communauté de communes, le Conseil régional, le Conseil départemental, la commune de Fessenheim, EDF, la Chambre de commerce et d’industrie et la Banque des Territoires. L’État y sera également représenté. Son rôle sera de « conduire les projets d’aménagement et de développement économique, et plus largement de contribuer à mettre en œuvre concrètement le projet de territoire de Fessenheim« . Des partenaires allemands y seront associés.

Créer au moins autant de nouveaux emplois qu’il y aura d’emplois perdus

L’objectif est de « créer des emplois de valeur ajoutée« , sur la commune de Fessenheim et dans les communes voisines (Communauté de communes Pays Rhin-Brisach). Ce territoire dispose d’atouts, et d’abord grâce à sa position « centrale et privilégiée en Europe« . Il faudra « compenser » les emplois perdus et en créer « au moins autant de nouveaux« . Pour cela, seront aménagées des zones d’activités. Un effort sera porté vers la formation professionnelle, en particulier dans les métiers de la transition écologique. Des « actions » seront menées pour la promotion du tourisme vert et des « conditions fiscales sociales attractives, limitées géographiquement« , seront étudiées. Enfin, il est prévu de travailler sur un « marketing territorial« , pour valoriser ce territoire.

Le parc d’activités ÉcoRhena, champion de l’économie circulaire?

Ainsi, le parc d’activité ÉcoRhena, « zone à vocation industrielle et fluviale destinée à accueillir tant des grandes entreprises que des PME ou ETI« , localisée au nord de la centrale nucléaire de Fessenheim, aura une superficie de 220 hectares. Elle pourra accueillir des activités industrielles, portuaires et fluviales. Il faudra « améliorer la compétitivité réglementaire d’ÉcoRhena« . Pour cela, un travail sera mené par l’État, les collectivités territoriales et Business France, peut-être en direction d’une simplification des obstacles juridiques… ÉcoRhena devra s’inscrire dans une démarche « d’écologie industrielle territoriale« , en intégrant les principes de l’économie circulaire, ainsi qu’elle a pu se mettre en place entre certaines entreprises au Port autonome de Strasbourg, par exemple (mutualisation de moyens entre les différents acteurs économiques). Sera évidemment intégrée la question de la biodiversité, et c’est en ce sens qu’ont déjà été menées des études de la faune et de la flore locales. Connaître l’existant pour mieux le préserver…

Une « cellule d’accompagnement personnalisée » pour l’ensemble des sous-traitants

L’autre volet qui aura son importance est le volet social. Les salariés de la centrale seront redéployés, notamment au sein de la Division production nucléaire (DPN), en particulier dans les autres centrales nucléaires de France. Les sous-traitants, fortement impactés par la fermeture de la centrale, feront l’objet d’un accompagnement prioritaire. Une convention signée par l’État, la Région, la Chambre de commerce et d’industrie, EDF et le GIMEst (Groupement des Industriels de la Maintenance de l’Est) prévoit la création d’une « cellule d’accompagnement personnalisé » (CAP). Les salariés doivent pouvoir « s’engager dans un projet professionnel hors de la centrale« . Cette CAP a été constituée le 1er janvier 2019 et prendra fin douze mois après la mise à l’arrêt définitif de la production.

Un campus des métiers et qualifications, sur la thématique des énergies bas carbone

Un campus des métiers et qualifications, sur le thème des industries du futur et du numérique, devrait voir le jour. Localisé à Mulhouse, il accompagnera la transition du tissu industriel régional et répondra aux besoins des entreprises, des salariés, des demandeurs d’emploi, par une offre de formation initiale, continue, de retour à l’emploi, du CAP au doctorat. Un projet qu’on annonce opérationnel dès 2020. Un campus des métiers sur la thématique des énergies bas carbone est à l’étude.

Une « vitrine«  des transports de demain

Il faudra aussi améliorer la desserte du territoire: développement et la rénovation des infrastructures de transport au sein du triangle Colmar-Mulhouse-Fribourg, attention apportée à la performance des réseaux et à la qualité des services d’organisation du transport de voyageurs et de marchandises. L’ambition: faire de ce secteur une « vitrine des transports de demain« .

Concrètement, le rétablissement de la liaison ferroviaire Colmar-Fribourg est une priorité, d’autant que le pont ferroviaire qui assurait la liaison entre les deux agglomérations a été détruit en 1945. La France et l’Allemagne se sont engagées le 12 avril 2018 à lancer ensemble une étude des besoins, de la faisabilité technique et des coûts, que représenterait la réouverture ce cette ligne ferroviaire.

Un « hackaton » pour atténuer les effets négatifs sur le commerce, l’artisanat, les écoles, les associations…

Plus largement, le projet est de faire du Haut-Rhin un territoire « bas carbone« , appuyé sur le démantèlement « exemplaire » de la centrale. Le gouvernement a lancé un appel d’offres solaire spécifique au département (lire l’encadré). Plus largement encore, le Grand Est, première région de production énergétique de France, pourrait devenir « une référence européenne dans la décarbonation des territoires et des industries à l’horizon 2050« . Fessenheim serait la vitrine de cette ambition…

L’arrêt de production et la fermeture de la centrale de Fessenheim auront des effets négatifs sur les commerces de proximité, l’artisanat, les établissements scolaires, la vie associative… Une étude prospective de ces effets induits a été lancée en 2018. En 2019, des actions seront co-construites « avec l’ensemble des personnes vivant et travaillant sur le territoire d’impact, afin de préparer la mutation à venir, ainsi que de maintenir et d’améliorer la qualité de vie pour chacun« . Un « hackaton » se tiendra le samedi 16 mars pour imaginer « ensemble » de nouveaux projets, avec les associations, les acteurs économiques, les organisations syndicales.

Un appel d’offres pour développer le photovoltaïque dans le Haut-Rhin

Dans le cadre de la reconversion du territoire de Fessenheim, François de Rugy et Emmanuelle Wargon ont lancé un appel d’offres dédié au Haut-Rhin pour développer 300 Mégawatts (MW) de solaire photovoltaïque.

Conformément aux engagements pris lors du comité de pilotage pour l’avenir du territoire de Fessenheim, le gouvernement avait en effet engagé en janvier 2018 un processus de notification auprès de la Commission européenne en vue de lancer un appel d’offres solaire spécifique au Haut-Rhin.

La Commission européenne a validé, ce vendredi 18 janvier, le régime d’aide envisagé, ouvrant la voie au lancement de l’appel d’offres par François de Rugy, ministre de la Transition Écologique et Solidaire.

Limité aux projets situés dans le département du Haut-Rhin, cet appel d’offres permettra de développer 200 MW par des centrales au sol, 75 MW par des grandes installations sur toiture et 25 MW par des petites. Un bonus environnemental sera attribué aux centrales au sol qui s’implanteront sur des terrains dégradés. L’appel d’offres se décomposera en trois périodes de candidatures successives avec un premier dépôt des offres attendu dans 6 mois.

L’appel d’offres représente un engagement de l’État de 250 M€ au bénéfice du territoire sur une période de 20 ans.

« Le lancement de cet appel d’offres concrétise l’engagement du gouvernement sur la reconversion du territoire de Fessenheim auprès des collectivités. Il permettra de développer une production locale d’électricité à partir d’énergies renouvelables et de lancer la filière du photovoltaïque dans le Haut-Rhin » a déclaré François de Rugy.

https://www.dna.fr/actualite/2019/02/01/fermeture-de-la-centrale-nucleaire-ce-que-dit-le-projet-d-avenir-pour-le-territoire-de-fessenheim