Fév 06

LES RELATIONS UE-IRAN SE TENDENT APRÈS DES ESSAIS DE MISSILES

Les représentants des 28 ont exprimé leur inquiétude quant aux lancements de missiles balistiques iraniens et appellent Téhéran à cesser « immédiatement » son « comportement intolérable » dans la région.

Le Conseil européen a fini par adopter des conclusions sur les missiles balistiques iraniens, malgré des dissensions internes. Selon des diplomates européens, l’Espagne faisait partie des États se plaignant d’être exclus des discussions sur l’Iran et le Yémen.

Ce week-end, l’Iran a annoncé un « essai réussi » pour un nouveau missile de croisière à longue portée (plus de 1 350 km), à l’occasion des festivités entourant l’anniversaire de la révolution islamique de 1979.

« L’essai du missile de croisière Hoveizeh a été réalisé avec brio sur une portée de 1 200 km et a atteint son objectif », a déclaré le ministre de la Défense, Amir Hatami.

« Le Conseil est gravement préoccupé par les activités de l’Iran relatives aux missiles balistiques et lui demande de s’abstenir de mener de telles activités », lit-on dans les conclusions adoptées le 4 février par les 28. « L’Iran poursuit ses efforts pour accroître la portée et la précision de ses missiles, tout en multipliant les essais et les tirs opérationnels. Ces activités ont pour effet d’attiser la méfiance et de contribuer à l’instabilité de la région. »

Depuis la signature de l’accord sur le nucléaire iranien en 2015, Téhéran a renforcé son programme de missile, malgré les avertissements des États-Unis et des pays européens. En janvier, le pays a essayé, sans succès, d’envoyer un satellite dans l’espace.

Paris, Berlin et Londres ont annoncé la création d’un mécanisme de troc pour permettre aux entreprises européenne de commercer avec l’Iran malgré les sanctions américaines.

Le Conseil européen cite la résolution 2231 du Conseil de sécurité des Nations unies pour rappeler à l’Iran de cesser les travaux sur des missiles capables de transporter des ogives nucléaires. La résolution, qui date de 2015, « invite » Téhéran à suspendre ces travaux de développement pendant au moins huit ans.

L’Iran a rejeté les critiques de l’Union européenne sur son programme balistique, sa politique régionale, ses violations des droits de l’Homme et ses projets d’assassinats en Europe, les jugeant infondées et non-constructives.

« Lancer des accusations aussi infondées et creuses, alors que de célèbres groupes terroristes et criminels sont libres de leurs actions en Europe, n’est pas constructif en ce moment et répond aux objectifs des ennemis qui veulent affaiblir les relations de l’Iran avec l’Europe », dit le ministère iranien des Affaires étrangères dans un communiqué cité par l’agence Tasnim.

En janvier, en réponse à une question sur l’importante de l’accord sur le nucléaire pour l’UE, la responsable de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, avait souligné que l’Union collait à son approche. Pour elle, il s’agit de « préserver un accord nucléaire qui a été tout à fait respecté jusqu’ici, comme le certifient 13 rapports consécutifs de l’Agence internationale de l’énergie atomique ».

Dans leurs conclusions, les 28 se sont également inquiétés des « tensions croissantes dans la région et [du] rôle de l’Iran dans ce contexte, notamment la fourniture d’un soutien militaire, financier et politique à des acteurs non étatiques dans des pays tels que la Syrie et le Liban ».

L’Iran est par ailleurs accusé de soutenir les rebelles chiites Houthi au Yémen, qui affrontent une coalition menée par l’Arabie saoudite. Les représentants des États membres appellent Téhéran et tous les autres acteurs dans la région à « œuvrer dans un esprit constructif à la recherche d’une solution politique durable au conflit, sous l’égide des Nations unies ».

Les Européens sont « profondément préoccupé[s] par les activités hostiles menées par l’Iran sur le territoire de plusieurs États membres » et engagent l’Iran « à mettre immédiatement un terme à ce comportement intolérable ».

Le mois dernier, l’UE a imposé des sanctions aux services de renseignement iraniens et à deux de leurs responsables accusés de préparer l’assassinat de dissidents iraniens aux Pays-Bas, au Danemark et en France.

La semaine dernière, le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne ont lancé l’Instex, un système de facilitation des échanges qui permet d’éviter de passer par le dollar. Cet instrument devrait permettre aux entreprises européennes de continuer à commercer avec l’Iran malgré les sanctions américaines.

Selon la déclaration d’intention publiée par les trois ministres des Affaires étrangères, d’autres pays européens se joindront au système dès qu’il aura commencé à opérer. Sa mise en œuvre est cependant menacée par le jugement d’un magistrat iranien, qui a estimé que ses conditions sont « inacceptables », selon l’agence de presse du pays.

Les relations UE-Iran devront être à nouveau mises à mal par un sommet sur le Moyen-Orient qui aura lieu la semaine prochaine à Varsovie, sous l’impulsion de Washington. Téhéran a qualifié la rencontre de « cirque anti-Iran désespéré ».

Feredica Mogherini n’y participera pas, et plusieurs ministres européennes des Affaires étrangères n’ont pas encore confirmé leur présence.

Mi-février, Varsovie accueille un sommet sur le Moyen-Orient, un projet initié par Washington et décrit comme le plus important dans la capitale depuis le sommet de l’OTAN de 2016. Téhéran dénonce une cabale et l’UE peine à se positionner.

Par : Alexandra Brzozowski | EURACTIV.com | traduction de Manon Flausch, le 5 févr. 2019

https://www.euractiv.fr/section/l-europe-dans-le-monde/news/eu-condemns-irans-missile-launches-hostile-activities/