Fév 07

LOIRE : LES AGRICULTEURS MOBILISÉS CONTRE UN PROJET D’EXPANSION DES CENTRALES NUCLÉAIRES

Trois des quatre centrales nucléaires situées le long de la Loire devraient augmenter leur surface. Les agriculteurs s’inquiètent des pertes de terres et de la hausse des prix du foncier agricole.

À l’entrée de Saint-Laurent-Nouan, près de Blois (Loir-et-Cher), une banderole alerte les visiteurs : « Non au rachat de terres agricoles par EDF, oui à la sortie du nucléaire. » En arrière-plan, les pavillons des salariés du géant de l’électricité, qui fait vivre plus de 1000 familles dans la région et, au loin, les panaches de vapeur d’eau des tours de refroidissement.

Depuis l’automne, EDF a missionné la Safer (Société d’aménagement foncier et d’établissement rural), pour une étude d’acquisition de terres agricoles autour de plusieurs sites nucléaires. Dans le Centre-Val de Loire, qui abrite quatre centrales, trois sont concernées, pour plus d’une centaine d’hectares chacune.

« Sur chaque site, EDF prévoit ni plus ni moins de rayer une exploitation de la carte », calcule Temanuata Girard, éleveuse et porte-parole de la Confédération paysanne, le syndicat agricole qui porte le fer contre ces extensions. À Chinon (Indre-et-Loire), 140 hectares (ha) de « bonnes terres, et même des vignes, sont ciblées », poursuit-elle. Ce qui aura un effet haussier sur le prix des terres, puisque EDF offrira sans doute plus que les 4000 à 6000 € l’hectare qui prévalent actuellement.

«La Safer n’est pas un agent immobilier !»

À l’automne, le réseau Sortir du nucléaire avait déjà alerté d’un projet autour de la centrale de Belleville-sur-Loire (Cher) pour l’entreposage de déchets nucléaires dans une piscine à construire. EDF dit ne rien avoir décidé. L’entreprise dément également vouloir faire main basse sur les terres agricoles. Mais l’électricien reconnaît que, « comme tout industriel », il a des projets « non définis ». Il peut s’agir d’anticiper le retraitement des déchets, de prévoir des centrales solaires, mais aussi de construire un nouveau parking, comme à Cattenom (Moselle), indique en substance un porte-parole d’EDF. Ou de trouver de la surface pour un nouvel EPR (réacteur pressurisé européen) ? EDF répond qu’aucun choix n’est arrêté.

Plus que les projets, c’est la méthode et le manque de transparence qui heurtent les exploitants. « Ils ont missionné la Safer, qui est normalement un outil au service de l’installation et du développement des agriculteurs. Ce n’est pas un agent immobilier ! Même le préfet n’était pas au courant », déplore Yves-Marie Hahusseau. Carte en main, cet exploitant bio a calculé qu’il pourrait perdre 14 ha sur 112. « Je compte partir dans deux ans et transmettre à mon fils qui a 30 ans. Si je perds ces hectares, la pérennité de la ferme est menacée », dit-il.

La mobilisation prend parmi les agriculteurs, alliés ponctuels des écologistes. Des actions sont prévues. « Le nucléaire fait vivre beaucoup de monde dans nos communes rurales, mais il faut savoir si un jour ou l’autre on veut diminuer notre dépendance. C’est le moment de le montrer », lance cet ancien élu local. De son côté, la Safer en termine avec les enquêtes auprès des agriculteurs. Elle pourrait rendre son « étude de faisabilité » à EDF le mois prochain.

Par Stéphane Frachet, publié le 06 février 2019, 13h01

Photo : Yves-Marie Hahusseau, éleveur bio, craint de perdre 14 des 112 ha de son exploitation à cause du projet d’extension de la centrale nucléaire. LP/Stéphane Frachet

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