Fév 11

BELGIQUE : L’ÉNERGIE NUCLÉAIRE : PAS SÛRE, PAS DURABLE ET BEAUCOUP TROP COÛTEUSE

L’organisation patronale FEB souhaite prolonger d’au moins 10 ans la durée de vie de deux centrales nucléaires. La N-VA défend également cette idée. Pourtant, l’énergie nucléaire n’est pas sûre, pas durable et beaucoup trop coûteuse.

Pas sûre

Habiter une maison qu’aucun assureur n’accepte d’assurer contre l’incendie ne tenterait personne. C’est pourtant la situation à laquelle nous faisons face avec nos centrales nucléaires. Les coûts d’une éventuelle catastrophe nucléaire sont si élevés que contracter une assurance contre ce risque serait totalement impayable. La menace est toutefois bien réelle. Sinon, pourquoi le gouvernement distribuerait-il des comprimés d’iode à tous les Belges ? C’est un peu comme si on distribuait des brassards gratuits à tout le monde pour protéger la population contre un éventuel tsunami. Ce n’est pas très rassurant.

Les centrales nucléaires dépendant de l’eau pour leur refroidissement, elles sont souvent situées sur la côte. Par conséquent, les risques liés aux inondations et aux tsunamis en cas de montée du niveau de la mer sont accrus. Cela évoque la grande catastrophe nucléaire de Fukushima. Le vieillissement du matériel provoqué par le prolongement de la durée de vie des centrales augmente également les risques de catastrophe nucléaire. Se pose également le problème des déchets nucléaires, qui représentent un risque majeur pour la sécurité des générations à venir. La menace terroriste est également à prendre en considération. À l’aide de l’énergie nucléaire, il est beaucoup plus facile de fabriquer un engin à dispersion radiologique ou « bombe sale » qu’une bombe nucléaire. L’énergie nucléaire et l’armement nucléaire sont, aujourd’hui encore, deux faces d’une même pièce. Si une centrale nucléaire est la cible d’une attaque terroriste, elle explosera comme une véritable bombe atomique (lente).

Non durable

Le lobby nucléaire avance volontiers l’argument selon lequel la production d’énergie nucléaire ne génère aucun CO2. S’il est exact que les centrales nucléaires n’émettent pas de dioxyde de carbone, elles ont besoin d’uranium (ou de plutonium) pour produire de l’énergie. En outre, le transport et l’enrichissement de l’uranium génère lui aussi du CO2. S’il l’on examine l’ensemble de la chaîne, la pollution produite par nos centrales nucléaires représente environ un tiers de la pollution générée par une centrale au gaz. L’uranium n’est pas non plus une source d’énergie renouvelable. Par ailleurs, la quantité d’uranium utilisable à la surface de la terre est très limitée. Les mines à taux d’uranium élevé s’épuisent et seul subsiste l’uranium impur, plus polluant. En outre, l’énergie nucléaire contribue au réchauffement de la terre et de nos océans car les centrales rejettent de l’eau de refroidissement chaude.

Plus important encore : notre dépendance à l’égard de l’énergie nucléaire empêche la transition vers la production d’énergies renouvelables. Les centrales nucléaires sont peu modulaires, ce qui signifie qu’elles produisent une quantité constante de courant. Lorsqu’il y a beaucoup de vent ou de soleil, le courant généré par les éoliennes et les panneaux solaires doit faire place aux centrales nucléaires, qui continuent à tourner au même rythme. Tant qu’on investira dans l’énergie nucléaire, l’énergie renouvelable restera complémentaire à celle-ci. L’énergie renouvelable doit devenir l’énergie de base, ce qui ne sera possible que si l’on investit massivement dans des moyens permettant de stocker l’énergie. Selon une étude renommée menée par Aviel Verbruggen et Yuliya Yurchenko, la production d’énergie nucléaire empêche ce basculement. L’argument justifiant la production simultanée des deux énergies serait un prétexte pour empêcher ce changement nécessaire.

Beaucoup trop coûteuse

Initialement, le coût de la construction du réacteur de Flamanville, en France, devait s’élever à 3 milliards d’euros et durer 5 ans. Dans l’intervalle, ce coût est passé à au moins 11 milliards d’euros et la construction du réacteur est en cours depuis 12 ans. La centrale nucléaire d’Olkiluoto, en Finlande, est quant à elle en construction depuis 14 ans. Le coût de cette construction dépasse déjà les 8 milliards d’euros. Il est devenu plus coûteux de construire des centrales nucléaires que des parcs éoliens offshore. Étant donné le coût que cela représente et l’urgence de la problématique climatique, construire de nouvelles centrales nucléaires n’est donc pas une option. C’est un fait que même l’organisation patronale  flamande VOKA  et Bart De Wever reconnaissent.

L’accroissement des risques pour la sécurité fait augmenter en flèche les coûts sociaux. Le fait que nos centrales nucléaires soient régulièrement à l’arrêt fait également diminuer les revenus. L’expérience montre par ailleurs que les coûts liés à la démolition et au traitement des déchets sont toujours beaucoup plus élevés que prévu. Electrabel voudrait faire payer la facture d’une éventuelle catastrophe nucléaire et du traitement des déchets nucléaires à l’État, donc aux contribuables. Cela permet à Electrabel de continuer à générer des profits rapides grâce aux centrales. Mais les coûts pour la société qui en résultent sont énormes.

Il est possible de produire 100 % d’énergie renouvelable

Une étude réalisée par le Bureau du Plan et VITO, l’Institut flamand pour la recherche technologique, démontre qu’il est parfaitement possible technologiquement que la Belgique utilise 100 % d’énergie renouvelable d’ici 2050. Cependant, les défenseurs de l’énergie nucléaire ont raison d’affirmer que les éoliennes et les panneaux solaires ne suffiront pas pour assurer pleinement la sécurité énergétique. La raison est simple. Le soleil ne brille pas toujours et le vent ne souffle pas partout. En période de transition, des sources supplémentaires d’approvisionnement énergétiques sont nécessaires. Mais l’énergie nucléaire n’est pas une solution. Les centrales au (bio)gaz constituent, par exemple, une option moins coûteuse, plus sûre et plus durable. Elles ne sont toutefois qu’une solution provisoire.

La question technique du stockage énergétique occupe une place centrale dans l’évolution vers un approvisionnement en énergie renouvelable à 100 %. Les technologies de l’hydrogène peuvent être utilisées à cette fin. Il ne s’agit pas d’un projet chimérique. L’île néerlandaise de Goeree-Overflakkee applique déjà ces techniques dans l’objectif de devenir climatiquement neutre et d’approvisionner le port de Rotterdam en énergie verte d’ici 2020. En Belgique, l’hydrogène est certainement la meilleure piste à suivre pour assurer la transition énergétique. Si le VOKA et la N-VA continuent à défendre l’énergie nucléaire, ce n’est donc pas pour des raisons techniques, mais pour protéger les bénéfices d’Electrabel.

Et le « thorium » ?

On évoque de plus en plus le « thorium » dans le débat sur l’énergie. II s’agit d’une substance pouvant produire de l’uranium par l’absorption de neutrons lents. Selon ses défenseurs, les réacteurs au thorium seraient plus petits et plus sûrs et ne produiraient pas de déchets nucléaires. Ses défenseurs les plus optimistes affirment toutefois qu’il faudra encore au moins 10 à 15 ans avant que ces réacteurs soient opérationnels en Belgique (certains prétendent même que ce ne sera pas possible avant 2050). Et d’ici 2030, nous devrons avoir diminué nos émissions d’au moins  65 %… En outre, le thorium étant également une ressource limitée, nous devrons tôt ou tard adopter les énergies renouvelables. Une autre piste est celle de la fusion nucléaire, pour laquelle un réacteur expérimental est construit à Marseille. Ce dernier, par ailleurs très coûteux, ne devrait pas non plus être en service avant 2050. Le Parlement européen vient d’approuver l’octroi de 6 milliards d’euros de subventions à cette fin. Or, si l’on investit dans le thorium ou la fusion nucléaire, on n’investit pas dans les énergies renouvelables ni dans les technologies de l’hydrogène permettant le stockage énergétique.

Par Jos D’Haese, le 11 février 2019

https://www.solidaire.org/articles/l-energie-nucleaire-pas-sure-pas-durable-et-beaucoup-trop-couteuse