Fév 15

LA CONFÉRENCE DE MUNICH AU CHEVET D’UN MONDE EN MORCEAUX

Plus de 35 chefs d’États et de gouvernements, 80 ministres, 600 diplomates, militaires et experts seront présents, du vendredi 15 au dimanche 17 février, dans la capitale bavaroise. Le rapport annuel de la conférence décrit le monde comme un « puzzle » de plus en plus fragmenté.

La Conférence sur la sécurité de Munich, rendez-vous annuel sur les questions de défense et de sécurité mondiale, s’ouvre vendredi 15 janvier. Plus de 35 chefs d’États et de gouvernements, 80 ministres, 600 diplomates, militaires et experts seront présents dans la capitale bavaroise.

Le vice-président américain Mike Pence, la présidente démocrate de la Chambre des représentants Nancy Pelosi, le ministre des affaires étrangères russe Sergueï Lavrov et la chancelière allemande Angela Merkel feront le déplacement. En revanche, Emmanuel Macron, qui devait rejoindre cette dernière pour une intervention conjointe, a annulé sa participation.

Un monde de plus en plus fragmenté

En toile de fond de cette 55e édition, les escalades verbales entre les États-Unis, la Chine et la Russie, le retrait américain du traité sur les forces nucléaires intermédiaires (FNI) et la défiance des États-Unis envers les institutions et accords multilatéraux, à commencer par l’Otan. Sous le titre « Le grand puzzle : qui ramassera les morceaux ? », le rapport annuel de la conférence décrit un monde de plus en plus fragmenté, livré à la rivalité des grandes puissances. Un monde « instable et incertain » où « la fin de l’hégémonie bienveillante » des États-Unis crée un vide de leadership.

L’Amérique de Donald Trump donne désormais la priorité à cette compétition en désignant clairement la Chine et la Russie comme ses deux principaux « challengers ». Washington réévalue ses engagements internationaux à l’aune d’un « intérêt national », souvent réduit à un simple rapport « coût efficacité » : interventions militaires, alliances de sécurité et accords commerciaux.

« Nous ne sommes plus les pigeons du monde » affirmait Donald Trump le 26 décembre 2018, un président américain qui fait l’éloge des hommes forts de Corée du Nord, des Philippines et du Brésil et réserve ses critiques les plus acerbes au Canada, à l’Allemagne et à l’Union européenne.

Washington et Pékin en lutte pour la primauté

Vu de Pékin, la perspective se renverse. Les États-Unis sont perçus comme une superpuissance en déclin qui devra, tôt ou tard, renoncer à sa primauté. « Des éléments clés du système de valeurs occidental sont en train de s’effondrer. La démocratie, explorée et pratiquée par les sociétés occidentales depuis des centaines d’années, est malade. Le pays doit saisir l’occasion », notait en février 2018, un éditorial du Global Times, le quotidien gouvernemental de langue anglaise.

Les dirigeants chinois présentent leur pays comme une puissance responsable poursuivant son ascension pacifique et un champion du multilatéralisme, ce qui n’empêche pas Pékin d’afficher une présence de plus en plus musclée sur la scène internationale.

La Russie, elle, a fait de la confrontation avec l’Occident un axe structurant de sa politique étrangère. Moscou marque des points en utilisant son pouvoir de nuisance, les ressources de la guerre hybride et les technologies de l’information pour se rendre incontournable.

Quel rôle pour l’Europe ?

Le système international fondé sur des institutions et des traités, construit sous l’égide des États-Unis après la Seconde Guerre mondiale, va-t-il se diluer, « comme une bulle dans un océan », selon l’expression de l’historien britannique Michael Howard ? L’Europe peut-elle jouer un rôle pour le préserver et l’adapter, en créant des partenariats et des alliances avec d’autres pays comme le Canada, l’Australie ou le Japon ? Ou sera-t-elle un simple terrain de jeu pour d’autres puissances ?

« L’Union européenne est particulièrement mal préparée » à cette nouvelle donne, répondent les auteurs du rapport. « Le Brexit sera beaucoup plus dommageable à l’Europe qu’on ne le croit souvent sur le Continent », ajoute Timothy Garton Ash, professeur d’études européennes à Oxford.

Réduits au rang de spectateurs inquiets du démantèlement de l’architecture du désarmement nucléaire, les Européens n’ont pas su s’unir à temps sur une position commune pour faire prévaloir le respect des règles du traité FNI auprès des Russes et des Américains. Tout récemment, l’Union européenne n’a pas été capable de se mettre d’accord sur la reconnaissance du président par intérim du Venezuela.

La France et l’Allemagne peinent à s’accorder sur la définition et les conséquences d’une « autonomie stratégique européenne ». « Berlin et Paris n’ont, pour l’essentiel, pas été en mesure de proposer des initiatives politiques audacieuses acceptables pour les majorités parlementaires dans les deux pays », souligne le rapport.

Extension du parapluie nucléaire français

L’ancien ambassadeur Wolfgang Ischinger, président de la Conférence de Munich, propose de passer du vote à l’unanimité au vote à la majorité qualifiée dans la politique étrangère et de sécurité commune de l’UE et plaide en faveur d’une extension du parapluie nucléaire français à la protection des intérêts vitaux de ses partenaires européens, moyennant une contribution à son financement.

Un défi à la mesure des différences de culture politique qui séparent la France et l’Allemagne. Selon une enquête de la Fondation Friedrich Ebert, 59 % des Allemands, contre 42 % des Français, estiment que leur pays devrait rester neutre sur les questions internationales. De même, 65 % des Allemands, contre 50 % des Français, refusent les interventions militaires.

Par François d’Alançon, publié le 15/02/2019 à 9h04

https://www.la-croix.com/Monde/Conference-Munich-chevet-dun-monde-morceaux-2019-02-15-1201002703