Fév 21

PROJET MANHATTAN : ET L’HUMANITÉ TOUCHA SA FIN

Qu’est-ce que la fission nucléaire ? Comment a-t-elle été découverte, et comment a-t-elle ensuite été exploitée pour la fabrication d’une bombe atomique ? Comment les travaux menés en Europe ont permis à partir de 1939 de travailler sérieusement à la préparation d’une bombe sur le sol américain ?

« Maintenant, je suis devenu la mort, le destructeur des mondes ». C’est, selon la légende historique, à cette phrase d’un texte sacré de l’hindouisme que pensa le physicien Robert Oppenheimer le 16 juillet 1945, devant le spectacle de l’explosion de la première bombe atomique, dans un désert du Nouveau Mexique. Trois semaines plus tard, les États-Unis larguaient la bombe A sur Hiroshima, tuant instantanément 80 000 personnes, plus des dizaines de milliers d’autres dans les semaines, les mois et les années suivantes. Cette histoire, c’est l’histoire du projet Manhattan, où comment les plus grands physiciens de leur temps ont engagé les États-Unis dans la course à la bombe. 

Projet Manhattan : et l’humanité toucha sa fin : c’est le programme funeste qui est le nôtre pour l’heure qui vient.

Et pour évoquer cette histoire de sciences, de guerre et de mort, nous avons le plaisir de recevoir aujourd’hui Dominique Mongin, docteur en histoire, enseignant à l’École Normale Supérieure et à l’INALCO, auteur de « Dissuasion et Simulation, de la fin des essais nucléaires français au programme Simulation », aux éditions Odile Jacob et Joël Pouthas, physicien nucléaire et historien des sciences à l’Ecole Nationale Supérieure d’Ingénieurs de Caen.

Les repères

  • La première expérience de fission nucléaire a été réalisée en 1938 par la physicienne Lise Meitner, les chimistes Otto Hahn et Fritz Strassman. Cette expérience découle de la découverte de la réaction en chaîne par le physicien hongrois Léo Szilard en 1934. La fission nucléaire est le phénomène par lequel un noyau atomique lourd est scindé en deux ou plusieurs éléments plus légers. Cela n’est pas possible avec tous les éléments, il faut que ce soit un noyau d’un atome lourd, comme l’uranium et le plutonium. 

Léo Szilárd avec Eugène Wigner et Edward Teller, tous physiciens nucléaires et d’origine juive hongroise, réfugiés aux États Unis, étaient convaincus que la fameuse énergie libérée par la fission nucléaire pouvait être exploitée dans les programmes de recherches nazis pour faire une bombe.  Léo Szilard contacte Alexander Sachs, un économiste ami de du Président Roosevelt, qui lui propose d’écrire une lettre directement à la Maison Blanche. Pour avoir plus de chance de l’atteindre directement, ils font signer cette lettre par Albert Einstein.

  • Le 26 janvier 1939, une conférence de physique théorique se tient à Washington, où participe Enrico Fermi, concepteur de la pile atomique, et annonce les possibilités de la fission nucléaire pour la fabrication d’une bombe atomique. 

Le vrai démarrage du Projet se fait à la suite de l’attaque de l’Empire Japonais sur la base américaine de Pearl Harbor du 7 décembre 1941. Selon les historiens, près de 125 000 personnes ont travaillé sur le projet Manhattan. Robert Oppenheimer, Enrico Fermi et Ernest Lawrence ont été les trois grandes figures scientifiques du projet.

Article publié le 21/02/2019

Le reportage du jour

Rencontre avec Corentin Brustlein, directeur du Centre des études de Sécurité à l’Institut Français des Relations Internationales (IFRI). Quelles évolutions techniques ont connu les armes nucléaires depuis 1945 et quelles politiques de dissuasion sont aujourd’hui adoptées par les Etats disposant d’un arsenal nucléaire ? Par Antoine Beauchamp :

Pour écouter l’interview (7mn) « LA MÉTHODE SCIENTIFIQUE » – Reportage Antoine Beauchamp/ Corentin Brustlein nucléaire militaire, cliquer sur : https://www.franceculture.fr/emissions/la-methode-scientifique/la-methode-scientifique-du-jeudi-21-fevrier-2019