Fév 22

(BELGIQUE) MARGHEM: « PROLONGER LE NUCLÉAIRE, C’EST PARLER DE NOUVEAUX RÉACTEURS DANS CE PAYS »

Le coût du soutien aux centrales au gaz est plus élevé que prévu, affirme la Creg. De quoi énerver la ministre de l’Énergie Marie Christine Marghem. « Les chiffres évoqués sont un coup politique, qui vise à faire échouer la transition énergétique et la sortie du nucléaire.« 

La ministre de l’Énergie Marie Christine Marghem (MR) a réagi violemment aux informations publiées ce jeudi par L’Écho et De Tijd concernant l’évaluation de la Creg sur le coût du système de soutien aux centrales au gaz. Une évaluation qui situe ce coût entre 600 et 940 millions d’euros par an, alors que PwC le chiffrait en mars 2018 à 345 millions d’euros par an. « Il s’agit d’un coup politique, qui n’a pour autre objectif que de faire échouer un outil essentiel dans le cadre de la transition énergétique et de la sortie du nucléaire », dénonce la ministre.

« Les expériences à l’étranger montrent que les coûts des nouvelles centrales nucléaires sont bien plus élevés que ceux des centrales au gaz. »

Marie Christine Marghem

« Il n’existe aucune nouvelle étude de la Creg sur le sujet. Ce qui est évoqué, c’est un ‘draft’ d’un des directeurs de la Creg, Andreas Tirez, qui est une initiative purement personnelle », poursuit Marie Christine Marghem. Une version confirmée par le régulateur fédéral de l’énergie, même si ces chiffres ont fait l’objet d’une présentation officielle, notamment à Elia, sur des transparents estampillés Creg.

N’est-ce pas le signe qu’il y a un souci à la Creg, qui fonctionne pour l’instant avec un président du comité de direction faisant fonction, faute de désignation d’un successeur à Marie-Pierre Fauconnier, partie en novembre chez Sibelga? « Je savais que vous alliez poser la question! s’exclame Marghem. Probablement oui, mais ce n’est pas nouveau. À deux reprises déjà, alors que Marie-Pierre Fauconnier était toujours en fonction, Andreas Tirez s’était estimé autorisé à aller exprimer des opinions dissidentes auprès de l’Europe, sur des dossiers que la Belgique était en train de discuter avec la Commission européenne. »

La désignation du nouveau président aura-t-elle encore lieu sous cette législature, comme la ministre l’avait annoncé après la chute du gouvernement? « Cela me semble difficile. À la lecture des dossiers des trois candidats jugés aptes, j’ai pu constater qu’il y avait un flou dans la manière dont certains avaient présenté leur expérience requise. Et le gouvernement est en affaires courantes. Je vais donc exposer ce problème au gouvernement. »

Le coût en question

Pour en revenir au système de soutien aux centrales au gaz, n’aurait-il pas fallu procéder à une nouvelle évaluation de son coût, alors que la proposition de loi-cadre qui doit le mettre en place va être déposée au Parlement? « Non, parce qu’il n’y a pas d’élément neuf, répond la ministre. Tant que vous n’êtes pas dans la phase active des enchères et que vous n’avez pas une vue précise des prix de marché dans quelques années, personne n’est en mesure de dire précisément combien coûtera ce soutien. Le seul document officiel sur lequel je puis me fonder est celui de PwC. »

« Ce qui est évoqué, c’est un ‘draft’ d’un des directeurs de la Creg, qui est une initiative purement personnelle. »

La ministre se montre optimiste sur la suite. « Le gouvernement a terminé son travail, et adapté le texte en fonction des remarques du Conseil d’État. Il sera examiné en commission à la Chambre après les vacances de Carnaval. Le temps presse, et je veux faire passer ce texte dans l’intérêt de tous. La Belgique a insuffisamment investi dans de grandes infrastructures de production, et a besoin de centrales au gaz, essentielles pour la flexibilité. »

On lui objecte que vote de cette loi ou pas, la prolongation du nucléaire risque de faire partie des discussions lors de la formation du prochain gouvernement, vu la position très offensive de la N-VA sur le sujet. « Bien sûr, il faudrait être sourd et aveugle pour ne pas se rendre compte que certaines formations politiques n’ont pas envie de la sortie du nucléaire. Selon que ces formations participent ou non au cadre des négociations, le débat devra être mené. Mais ce n’est pas parce qu’on en rediscute qu’il faut sauter à la conclusion, et une fois encore changer d’avis. Vous vous souviendrez que lorsque les 4 ministres de l’énergie ont conclu le pacte énergétique, la sortie du nucléaire a été reconfirmée. Et cela a été validé par le gouvernement fédéral, qui était alors de plein exercice, en présence de la N-VA. »

« Ce n’est pas parce qu’on rediscute de la sortie du nucléaire lors de la formation du prochain gouvernement qu’il faut encore une fois changer d’avis. »

Pour la ministre de l’énergie, cette prolongation du nucléaire n’est pas une solution. « Le temps passe, et les centrales actuelles ne sont pas éternelles. Remettre le débat de la prolongation du nucléaire sur la table, c’est aussi ouvrir celui de la construction d’une nouvelle centrale nucléaire dans ce pays. Et les expériences en Finlande ou en France montrent que les coûts de ces nouvelles centrales nucléaires sont bien plus élevés encore que ceux des centrales au gaz. »

Par Christine Scharff, Journaliste, publié le 21 février 201919:33

https://www.lecho.be/entreprises/energie/marghem-prolonger-le-nucleaire-c-est-parler-de-nouveaux-reacteurs-dans-ce-pays/10100331.html