Mar 06

JAPON : BAUME ATOMIQUE

1ère partie : Le Premier ministre Abe utilise les Jeux olympiques de Tokyo comme un placebo,  baume destiné à effacer des esprits la blessure atomique de Fukushima Daiichi.

Alors que nous nous préparons pour la huitième commémoration du tremblement de terre / tsunami / triple fusion de cœur du 11 mars 2011 à Fukushima Daiichi, Fairewinds est toujours conscient de ce qui se passe actuellement au Japon.

Le Japon n’a jamais élaboré de feuille de route pour se dégager de la malédiction de l’hydre radioactive aux têtes multiples. La tentative d’arrêt de la propagation de la radioactivité qui migre depuis Fukushima est sous-financée. Plutôt que de se concentrer sur la réduction de l’exposition à la radioactivité des civils, le gouvernement japonais a plutôt orienté l’attention mondiale sur les Jeux olympiques de 2020 qui doivent se dérouler à Tokyo.

À vrai dire, une situation aussi grave que celle de Fukushima peut se produire n’importe où dans le monde où l’énergie nucléaire est utilisée pour produire de l’électricité. La triple destruction survenue à Fukushima Daiichi est la pire catastrophe industrielle de l’histoire de l’humanité.

Avant Fukushima, l’industrie nucléaire n’avait jamais envisagé un désastre de cette ampleur. Au niveau mondial, les promoteurs et les exploitants de centrales nucléaires ne prennent toujours pas les mesures adéquates pour se protéger contre la survenue de catastrophes de l’amplitude de celle de Fukushima !
Certaines régions du Japon sont détruites définitivement suite à la migration de la radioactivité qui, au lieu d’être éliminée a été ignorée. L’expansion de la contamination radioactive vers les océans et les terres s’étend et détruit des territoires et des villages jadis vierges.

Pour donner l’échelle, la préfecture de Fukushima représente à peu près la taille de l’État du Connecticut (NdT : presque 3 départements français). Comment imaginer qu’un État entier puisse éliminer la contamination radioactive de ses forêts, rivières et vallées ?

Commençons par les réacteurs et le site lui-même. Il y a eu une triple fusion en 2011, mais Tokyo Electric a interdit l’utilisation du mot «fusion» dans sa communication vers la société civile. Nous savons maintenant que dans la première semaine après le tsunami, chaque cœur radioactif en fusion a traversé sa cuve en acier de 15 cm d’épaisseur, a brûlé et réagi chimiquement avec le béton situé en dessous (NdT formant un corium) Tous ces coriums sont actuellement en contact direct avec les eaux souterraines.

Mis à part quelques images de faible résolution montrant des trous de fusion des réacteurs, rien n’a été fait pour protéger les eaux souterraines de la contamination radioactive. J’ai été témoin de projets prévoyant une opération de forage pour installer une navette souterraine et collecter les matériaux fondus du corium, mais ces projets sont à des décennies de leur réalisation. Le gouvernement japonais affirme que le site de Fukushima sera entièrement nettoyé et démantelé dans moins de quarante ans, un délai qui va glisser dès APRÈS la tenue des Jeux olympiques de Tokyo de 2020 et qui est scientifiquement intenable suite au fait que des isotopes radioactifs sont dispersés à travers tout l’environnement autour du site. Des radioéléments qui ne disparaîtront pas avant trois cent ans et même avant 250 000 ans pour d’autres.
Les coriums issus des réacteurs de Fukushima sont en contact direct avec les eaux souterraines depuis huit ans, et cette eau radioactive hautement toxique pénètre dans l’océan Pacifique. Lorsque la catastrophe a frappé, TEPCO voulait construire un mur de glace pour empêcher la dispersion de la contamination, ce qui, je le savais, échouerait. Je préconisais d’encercler immédiatement les réacteurs avec une tranchée remplie de zéolite, un produit minéral utilisé pour absorber les radiations dans les installations atomiques.

« Le problème avec le gel du sol est que, suite à la survenue d’un tremblement de terre, vous perdez du froid et votre glace se transforme en bouillie et vous êtes foutus »

Gundersen, qui a visité la centrale de Fukushima dans le passé, a déclaré qu’une meilleure solution consisterait à creuser une tranchée de deux mètres de large jusqu’au niveau du substrat rocheux et à la remplir d’un matériau appelé zéolite: un matériau volcanique provenant de Dame Nature.

« C’est incroyablement bon pour filtrer les isotopes radioactifs. Ainsi, tout ce qui est à l’intérieur de la barrière restera à l’intérieur et tout ce qui se trouve à l’extérieur restera propre », a déclaré Gundersen, qui estime que le prix d’un tel projet serait d’environ 10 milliards de dollars.
La paroi de glace de TEPCO n’a pas empêché la dispersion des radioéléments via les eaux souterraines. Comment TEPCO propriétaire de Fukushima et le gouvernement japonais vont-ils réussir à nettoyer et à atténuer les dégâts causés par les trois réacteurs atomiques qui ont perdu leur combustible à la suite de leur fusion ?  Ces problèmes ne furent jamais anticipés au Japon où ces réacteurs furent construits et exploités, ni aux États-Unis, où les centrales nucléaires de Fukushima furent conçues et fabriqués.

Depuis les fusions de 2011, Fairewinds a averti le monde que les plans de  nettoyage proposé seraient presque intenables, le qualifiant de «rude bataille». Dès le début, j’ai clairement indiqué que «la catastrophe nucléaire est sous-financée et sans transparence, maintenant le public dans le brouillard». Malheureusement, huit ans plus tard, rien n’a changé.

En février 2012, lorsque je me suis adressé au club de presse des correspondants de l’étranger à Tokyo, j’ai précisé que la rémission voulue à Fukushima par le gouvernement n’a jamais eu pour but de protéger la population du Japon. C’était clair dès le lendemain du plus grand désastre de l’énergie nucléaire au monde et encore aujourd’hui, le gouvernement japonais s’emploie à protéger les intérêts financiers des opérateurs des centrales nucléaires japonaises afin qu’ils puissent construire de nouveaux réacteurs et continuer à exploiter les anciens. De toute évidence, les mesures prises par le gouvernement japonais montrent que la survie des entreprises de production d’électricité telles que Hitachi, Toshiba, Tokyo Electric et autres est plus importante pour le gouvernement Abe que la survie de 160 000 personnes évacuées et l’avenir de la chaîne alimentaire, de l’agriculture et de l’aquaculture.

Les personnes évacuées au Japon sont obligées de retourner dans leur communauté et dans leurs maisons contaminées. Le gouvernement du Japon et le présumé régulateur mondial, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) – qui a été mandaté par les Nations Unies pour promouvoir et réglementer la production d’énergie nucléaire – ont, au lieu de revenir à l’état initial de radioprotection, repoussé le niveau d’exposition pour le public de plus de 20 fois de ce qu’il était à l’origine.

Début février 2019  le Washington Post écrivait :
La région de Namie a été jugée dangereuse depuis six ans suite à la fusion de plusieurs réacteurs à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, conséquence d’un séisme et d’un tsunami. En mars 2017, le gouvernement a levé son ordre d’évacuation du centre de Namie. Mais presque personne ne s’est risqué à revenir. Ses habitants sont dispersés et divisés. Les familles sont séparées. La notion de communauté se délite…

Comme nous l’avons fait savoir à plusieurs reprises à Fairewinds Energy Education depuis les tragiques crises de 2011, nous comprenons pourquoi le sort des 160 000 personnes évacuées de la région toxique de Fukushima n’a aucune importance pour le gouvernement japonais : le seul objectif est de maintenir les budgets des sociétés productrices d’électricité japonaises.

Comme Fairewinds l’a constaté suite à son expérience, et ce que le Washington Post et le peuple japonais ont bien compris, c’est que ces réfugiés sont tout simplement des pions d’un problème beaucoup plus important d’argent et de politique.

Pour les habitants de Namie et d’autres villes proches de la centrale de Fukushima, la douleur est accentuée par la façon dont le gouvernement japonais essaie de tourner la page en utilisant les Jeux olympiques de Tokyo en 2020 comme un symbole d’espoir et de reprise, un signe que la vie peut redevenir normale après une catastrophe de cette ampleur…. Son offensive de charme est également liée aux efforts déployés pour relancer l’industrie nucléaire du pays, l’un des plus vastes réseaux de production d’énergie nucléaire au monde. [Souligné ajouté].

Six matchs olympiques de softball (féminin) et un match de baseball (masculin) auront lieu à Fukushima, grouillante capitale de la préfecture et « épargnée » par les radiations, de laquelle partira le relais de la flamme olympique.

Pour déterminer si les athlètes olympiques pourraient être touchés par les retombées du site de la catastrophe, le Dr Marco Kaltofen et moi-même avons été parrainés par Fairewinds Energy Education afin de visiter les sites olympiques à l’automne 2017. Nous avons prélevé de simples échantillons de poussière et de débris sur le trajet de la flamme olympique ainsi que dans le stade olympique de Fukushima et jusqu’à Tokyo. Lors du test des échantillons venant de cette collecte, nous avons trouvé des échantillons de terre hautement radioactifs venant du stade de baseball de Fukushima, crépitant à 6 000 Bq / kg en césium (3 000 fois plus radioactif que de la terre aux États-Unis) Nous avons également constaté que le niveau de radiation d’un simple parking étaient 50 fois plus élevé qu’aux États-Unis.

Trente des échantillons de déchets et poussière fine que j’ai prélevés lors de mes deux derniers voyages au Japon en février/mars 2016 et sept. 2017 ont été analysés au WPI (Institut polytechnique de Worchester). Analyses détaillées dans le rapport intitulé: Mesure de la radioactivité dans le sol et  les poussière du Japon, T. Pham, S. Franca et S. Nguyen, Institut polytechnique de Worchester, elles ont révélé que :

Avec la XXXIIe Olympiade à l’horizon 2020 accueillie par le Japon, il est nécessaire de se pencher sur la radioactivité des sites olympiques ainsi que sur les attractions touristiques des villes hôtes… car des milliers d’athlètes et des millions de visiteurs se rendent au Japon pour les Jeux olympiques, cela doit être une préoccupation de la communauté internationale. Par conséquent, il est important d’étudier l’ampleur des retombées radioactives de la catastrophe de Fukushima Daiichi…

Les résultats mesurés ont montré une activité beaucoup plus élevée de césium 137 sur le tracé proposé pour le transport de la torche par rapport à d’autres régions. Globalement, plus on s’éloigne de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, plus la radioactivité est faible. L’activité du césium 137 à Tokyo, le site le plus éloigné de la centrale, était la plus faible par rapport aux autres sites. Par conséquent, l’activité du césium 137 dans l’échantillon de Tokyo a été utilisée comme base de référence pour estimer qualitativement l’exposition humaine au rayonnement.

.… Au parc des sports Azuma, les échantillons de sol et de poussière donnaient une plage de 80 Bq / kg à 6000 Bq / kg. Ce site olympique se trouve à environ 90 km de la centrale nucléaire. Les autres sites plus proches de la centrale nucléaire, comme la route touristique, la route proposée pour le transport de la torche et les échantillons hors sites olympiques, ont des niveaux plus élevées en raison de la proximité du lieu de la catastrophe.

… Les échantillons de la route proposés pour la flamme présentaient la radioactivité moyenne la plus élevée en raison de leur proximité immédiate avec la centrale. Sur la base des mesures, nous avons estimé qualitativement que l’exposition aux rayonnements des personnes vivant à proximité du parc sportif d’Azuma était 20 fois supérieure à celle des habitants de Tokyo. Les principales routes touristiques envisagées pour les flambeaux présentaient une exposition aux radiations de 24 à 60 fois supérieure, comparativement à Tokyo….

Les responsables olympiques devraient envisager d’utiliser les résultats de ce projet pour déterminer si le niveau de radioactivité sur la route proposée pour la torche et les sites olympiques se situent dans des limites acceptable.

Sur une note plus personnelle, j’ai été le témoin direct de la dévastation radioactive en cours dans et autour de la région de Namie, comme celle décrite dans l’essai révélateur et factuel du Washington Post. Pendant les deux semaines que j’ai passées à Namie et dans ses environs en septembre 2017, j’ai filmé six courtes vidéos montrant de près à quoi ressemblait la dévastation. Ces courtes vidéos iPhone durent moins de 5 minutes. J’étais seul, sans vidéaste, donc ces courts métrages manquent probablement de la qualité professionnelle que les téléspectateurs associent généralement à Fairewinds. Cependant, ils reflètent le sentiment très manifeste de tristesse et de vide qui règne dans les villes fantômes que j’ai visitées. Je partage les trois premières vidéos dans cette page du blog. Nous publierons une deuxième partie de cette mise à jour de Fukushima, qui comportera trois autres courts métrages.

Les vieux amis de Fairewinds se souviennent peut-être qu’en 2011, le Premier ministre Noda (entre le Premier ministre démis Naoto Kan, premier ministre lors du drame de Fukushima et le premier ministre actuel, Abe), avait affirmé que les trois réacteurs de Fukushima étaient en «arrêt à froid», ce qu’ils n’étaient évidemment pas. Le but était de jeter les bases de la candidature olympique du Japon. Noda a déclaré: «… nous pouvons considérer que l’accident est maîtrisé». Fairewinds a comparé l’hypocrisie de «l’arrêt à froid» de Noda à l’ancien président George Bush qui clamait «Mission accomplie» en Irak.

Malheureusement, ce que nous avons déclaré en 2011 sonne toujours juste aujourd’hui

Le gouvernement japonais et l’AIEA protègent-ils l’industrie nucléaire plutôt que la population du Japon en affirmant que Fukushima est stable alors que ce n’est pas le cas ? L’ingénieur en chef de Fairewinds, Arnie Gundersen, décrit les incohérences majeures et les doubles discours de l’AIEA, du gouvernement japonais et de TEPCO, affirmant que l’accident de Fukushima est terminé. Équilibre dynamique n’est pas équilibre statique, l’exposition à des doses croissantes des enfants japonais et des travailleurs du nucléaire, le mélange d’éléments radioactifs avec des poussières non contaminées et la propagation de ces cendres contaminées à travers le Japon ne sont qu’une petite partie de cette tragédie nucléaire en cours.

Plus tard en 2013, le Japon a fait pression sur le CIO (comité international olympique) et versé des pots de vin à certains de ses membres pour qu’ils votent pour les JO 2020 au Japon, selon un article d’Associated Press du 18 février 2019 du journaliste Haruka Nuga.

Les membres du comité exécutif du COJ ( Comité olympique japonais) doivent être réélus cet été. Il y a des spéculations sur Takeda… [Le président du COJ, Tsunekazu Takeda, qui fait l’objet d’une enquête pour son rôle dans un présumé scandale de corruption] ne se présentera pas ou pourrait être remplacé. Les enquêteurs français pensent qu’il a peut-être aidé Tokyo à remporter les Jeux olympiques de 2020 lors d’un vote du CIO.

Takeda est président du COJ depuis 2001. Il est également un puissant membre du CIO et le chef de sa commission marketing. Il ne s’est pas défait de l’une ou l’autre de ces responsabilités pendant que le comité d’éthique du CIO enquêtait.

… Les autorités françaises soupçonnent qu’environ 2 millions de dollars versés par le comité de candidature de Tokyo – présidé par Takeda – à une société de conseil singapourienne, Black Tidings, ont été acheminés vers des membres du CIO en 2013 lorsque Tokyo a remporté le vote sur les candidatures d’Istanbul et de Madrid…Le mois dernier Takeda a reconnu avoir approuvé les paiements mais nié les accusations de corruption. Un rapport interne publié en 2016 par le COJ a essentiellement dégagé Takeda de tout acte répréhensible.

Tokyo dépense au moins 20 milliards de dollars pour organiser les Jeux olympiques. Les coûts des jeux sont difficiles à suivre, mais la ville de Tokyo semble prendre au moins la moitié de la facture à sa charge.

Le Japon s’est surtout attaché à montrer que la région de Fukushima est sûre et qu’elle s’est remise des tremblement de terre, tsunami et fusion de trois cœurs nucléaires en  2011. [Souligné ajouté]

Voici ce que j’ai dit dans une vidéo sur le site Web de Fairewinds en 2013 : https://www.fairewinds.org/demystify/tokyo-2020-qa-arnie-gundersen , lors de la première annonce des Jeux olympiques de Tokyo.

Je pense que l’organisation des Jeux olympiques en 2020 est une tentative des Japonais de changer de sujet. Je ne pense pas que les gens du monde entier s’en soucient avant 2020. Le gouvernement japonais dispose d’un délai de sept ans pour travailler à faire de Tokyo une vitrine accessible au monde entier. Je pense que le gouvernement japonais voulait organiser les Jeux olympiques pour améliorer le moral de la population japonaise après l’accident de Fukushima Daiichi. Malheureusement, cela détourne l’attention des gens du coût réel de l’accident, en termes d’argent et de santé publique.

Placer les Jeux olympiques à Tokyo était et est toujours un stratagème pour éluder les conséquences des fusions de Fukushima Daiichi et pour détourner l’attention du public d’une urgence pressante qui doit encore être résolue pour la santé et la sécurité des Japonais.

Fairewinds Energy Education vous tiendra informé de la deuxième partie sur  fairewinds.org.

Par Arnie Gundersen

Source : Fairewinds Energy Education      via Hubert C. Traduction automatique Google améliorée par H. C. – VO sur le lien

https://www.fairewinds.org/demystify/atomic-balm-part-1-prime-minister-abe-uses-the-tokyo-olympics-as-snake-oil-cure-for-the-fukushima-daiichi-nuclear-meltdowns