Mar 10

PROJET DE LOI ÉNERGIE : LE GOUVERNEMENT VA REVOIR SA COPIE

La France veut se fixer des objectifs plus ambitieux contre le réchauffement climatique.

Changement de menu ce lundi au Conseil des ministres. La présentation du projet de loi relatif à l’énergie et au climat, qui devait faire figure de plat principal, est, selon nos informations, repoussée de quelques semaines. Emmanuel Macron souhaite qu’il soit remusclé. La décision a été prise vendredi soir, en petit comité, avec le Premier ministre Édouard Philippe et le ministre de la Transition écologique François de Rugy. « Le président souhaitait que des modifications soient réalisées, afin d’en accroître encore les ambitions », confie l’Élysée.

Ce texte remis par le gouvernement au Conseil économique, social et environnemental (CESE) doit précéder l’adoption de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Et redéfinir les objectifs de la France concernant la baisse des émissions carbone et la réduction du nucléaire dans le mix énergétique. Charge à la PPE de fixer les moyens pour y parvenir.

Diviser les gaz à effet de serre par 6 ou 7

Ce projet de loi a notamment pour objectif de redéfinir les objectifs de la France concernant la baisse des émissions de gaz à effet de serre (et notamment du CO2 émis par l’industrie, les transports, le chauffage…). Mais, découvrant la première version du texte, plusieurs ONG environnementales s’étaient inquiétées de l’objectif d’une « neutralité carbone » d’ici à 2050. Une expression trop floue pour leur sembler honnête.

La nouvelle mouture, nous dit-on, stipulera donc noir sur blanc de nouveaux objectifs à réaliser en deux temps. Première étape : 2030. Il s’agira de réduire, non pas de 30 % comme initialement prévu, mais jusqu’à 40 % la consommation d’énergies fossiles. Par quels moyens ? « Les efforts devront porter particulièrement sur l’utilisation du fioul par exemple, explique un conseiller du président. Mais également du charbon, du gaz ou encore du carburant. Cela nécessitera des moyens importants, et notamment une reconfiguration du nucléaire. » D’où le report de 2025 à 2035 de la fermeture de 14 centrales (sur les 19 que compte le parc français).

Autre point important : la diminution de la consommation d’énergie finale, à l’origine fixée à -17 % d’ici à 2030, devrait finalement être renforcée pour atteindre les -20 % à cette même échéance.

Deuxième étape : 2050, où l’ensemble des émissions de ces gaz devra finalement être divisé par 6, voire 7. L’objectif étant à cette date de parvenir à la neutralité carbone. Le pays ne devra alors pas émettre plus de gaz qu’il est capable d’en absorber, notamment via nos forêts, qui constituent de véritables capteurs de carbone. « De quoi dans ce cas réussir à atteindre les objectifs fixés par l’Accord de Paris et la COP 21 », précise-t-on encore à l’Élysée.

Insuffisant selon les associations

Suffisant pour satisfaire les ONG ? « Pas vraiment, estime Samuel Leré, à la Fondation pour la nature et l’homme (FNH), ex-fondation Nicolas Hulot. Pour espérer atteindre la neutralité carbone, c’est-à-dire émettre moins de gaz à effet de serre que nous n’en absorbons, il faudrait au moins diviser les émissions par huit. Il faut avant tout expliquer ce que l’on fait dès maintenant pour réduire ces gaz à effet de serre. Et ne pas laisser tout le travail au gouvernement suivant. »

Mis sous pression par les critiques sur son maigre bilan en matière de politique environnementale, et par l’appel de son ancien ministre Nicolas Hulot et du patron de la CFDT Laurent Berger pour « rendre définitivement indissociables l’enjeu écologique et l’enjeu social », le président affiche de nouvelles ambitions à l’approche des élections européennes. De la publication de sa tribune sur l’Europe à la réunion du One Planet Summit à Nairobi (Kenya) à laquelle il se rend cette semaine, le chef de l’État multiplie les signaux ces temps-ci.

Pour marquer encore un peu plus le coup, il a également, selon nos informations, demandé aux secrétaires d’État Gabriel Attal et Brune Poirson, entre autres « jeunes » membres du gouvernement, de se rendre à la Marche sur le climat la semaine prochaine. Le report inattendu du projet de loi Énergie ne vient que confirmer ce qui transparaissait déjà : il est décidé à verdir son image.

Preuve que le chemin reste encore long, cet avertissement de Benoît Hartmann, géographe et spécialiste de l’environnement : « Il ne suffit pas de tenir de beaux discours. Il faut un agenda et un budget. Sinon ce n’est que de la com’. »

Par Erwan Benezet, Pauline Théveniaud et Émilie Torgemen, publié le 10 mars 2019 à 15h13, mis à jour le 10 mars 2019 à 17h27

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