Mar 14

NUCLÉAIRE : L’ASN POURRAIT PRESCRIRE À EDF DES ÉCHÉANCES POUR LE DÉMANTÈLEMENT DES RÉACTEURS UNGG

Trente ans après leur mise à l’arrêt, les réacteurs de première génération ne sont toujours pas démantelés. EDF propose d’achever ces opérations dans plusieurs décennies. L’Autorité de sureté nucléaire pourrait prescrire des échéances plus proches.

L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) devrait demander officiellement à EDF de revoir son calendrier de démantèlement des six réacteurs de première génération. Elle « envisage de prendre position sur cette stratégie [de démantèlement] », notamment en prescrivant à EDF des échéances de remise des dossiers de démantèlement et des dates de réalisation d’opérations de démantèlement plus proches que celles demandées par EDF », explique-t-elle, mardi 13 mars. Une décision de l’ASN devrait être adoptée, après consultation du public.

Alors que se profile aussi le démantèlement des premiers réacteurs à eau pressurisée avec l’arrêt des deux réacteurs de Fessenheim (Haut-Rhin) en 2020 et 2022, la décision que prendra l’ASN sera scrutée avec attention. Elle donnera des indications importantes pour la mise en œuvre de la doctrine française de démantèlement immédiat. L’ASN pourrait aussi expliciter ses attentes pour sécuriser le programme de démantèlement d’EDF, que ce soit en termes de financement, de capacité technique ou de maintien de la sûreté des installations à l’arrêt.

Le 12 février 2019, le collège de l’ASN a auditionné EDF « afin que l’exploitant fasse part de ses observations sur les projets de décision visant à encadrer le démantèlement des six réacteurs de type « uranium naturel graphite-gaz » (UNGG), arrêtés depuis plus d’une trentaine d’années ». L’Autorité explique que l’entreprise souhaitait lui faire part de ses observations relatives aux projets de prescription. « Au cours de l’audition, EDF s’est engagée à transmettre rapidement des compléments justifiant le choix du réacteur « tête de série » et le délai nécessaire pour que les opérations de démantèlement des réacteurs bénéficient du retour d’expérience des opérations menées sur le premier réacteur qui sera démantelé », explique l’ASN.

Vers un démantèlement différé ?

En juin 2016, l’ASN avait déjà exprimé son inquiétude concernant le délai de démantèlement des réacteurs UNGG. La nouvelle stratégie d’EDF « conduit à décaler de plusieurs décennies le démantèlement de certains réacteurs », critiquait l’ASN qui demandait à EDF « de rendre public et de justifier de manière détaillée ce changement, en démontrant le respect des exigences législatives relatives au « démantèlement dans un délai aussi court que possible » ».

En juillet 2017, l’ASN alertait une nouvelle fois et publiait une lettre envoyée, un an plus tôt à EDF, pour demander à l’entreprise de revoir sa stratégie. L’Autorité s’interrogeait alors sur la légalité du projet d’EDF. En effet, la stratégie d’EDF correspondrait, de fait, à un démantèlement différé, alors que la législation française prévoit que le démantèlement des installations nucléaires soit réalisé « dans un délai aussi court que possible ».

Concrètement, pour bénéficier du retour d’expérience, EDF veut démanteler un réacteur avant d’entamer le démantèlement des cinq autres. Ce report du démantèlement des réacteurs UNGG tient à un changement de méthode. Initialement, EDF prévoyait de démanteler les parties les plus radioactives en noyant d’eau le caisson qui contient le cœur pour réduire l’exposition des travailleurs aux radiations. Mais aujourd’hui, l’entreprise propose une nouvelle méthode de démantèlement « sous air ». En conséquence, l’entreprise repart sur un nouveau réacteur tête de série pour expérimenter cette méthode.

Par Philippe Collet, publié le 14 mars à 13h18  |  

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