Mar 15

ESSAIS NUCLÉAIRES : LE LONG COMBAT DES VICTIMES RACONTÉ DANS LE GARD

Ce samedi 16 mars, des vétérans d’Algérie et de Polynésie seront à Villeneuve. Témoignage.

Le 13 février 1960, le premier essai nucléaire atmosphérique français, nom de code “Gerboise bleue”, est effectué à Reggane dans le Sahara. Sa puissance était quatre fois celle d’Hiroshima… Ce jour-là, le soldat Gérard Dellac était d’astreinte.

« Un officier lui a demandé de le conduire au point zéro pour mettre un drapeau français dans le trou fait par la bombe atomique« , raconte sa femme Arlette Dellac, présidente honoraire de l’association des vétérans des essais nucléaires (Aven), qui organise une journée d’information sur leur action samedi à Villeneuve-lès-Avignon.

« À l’époque, on ne savait pas ce que c’était le nucléaire. On avait oublié Hiroshima et Nagasaki… « , se souvient la retraitée tarnaise. Son compagnon, âgé de 21 ans, reçoit alors une dose de « 15 millisieverts (mSv) en quelques minutes alors que la dose recommandée est de 1 mSv par an…« . Quelque temps plus tard, « Gérard a perdu ses cheveux« . “Gerboise bleue” ne sera que la première des dix-sept expériences nucléaires menées en Algérie jusqu’en 1966. « Ensuite, 193 essais ont été menés en Polynésie française jusqu’en 1996. »

Des années plus tard, Gérard Dellac est atteint d’un cancer de la peau dont il n’est toujours pas guéri. « Il a eu vingt-huit opérations du visage. « 

Une loi votée en 2010

Au milieu des années quatre-vingt-dix, le couple Dellac, comme d’autres anciens appelés et militaires qui ont travaillé sur les expériences nucléaires françaises, s’interroge sur les maladies qui les frappent. « Certains, plus de trente ans après. » Ils décident de créer une association. « Mon mari avait déjà entamé une procédure contre l’État. »

Grâce aux témoignages, aux recherches, aux pétitions et aux manifestations, l’Association des victimes des essais nucléaires (Aven) fera avancer peu à peu la cause des malades du nucléaire. « En janvier 2010, est parue la loi Morin sur la reconnaissance et l’indemnisation des victimes des essais nucléaires avec la création d’une commission (le Civen, comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires, NDLR) « .

Mais les militants associatifs se scandalisent : « La loi portait la mention risque négligeable… On a dû attendre 2017 pour que cette mention soit enlevée. » Les dossiers refusés antérieurement sont réexaminés. « Entre 2001 et 2011, seulement six personnes avaient été indemnisées. Depuis 2011, 189 personnes l’ont été. Mon mari a été le premier après la promulgation de la loi « , précise la septuagénaire. Actuellement, « l’association va devant le tribunal administratif quand le Civen refuse l’indemnisation. Une quarantaine de personnes sont en ce moment en expertise. On a présenté cinq cents dossiers depuis 2010« .

Si quelque 6 500 personnes malades se sont tournées vers l’Aven depuis sa création, Arlette Dellac estime que le nombre de malades concernés est bien plus important. « 150 000 personnes ont travaillé sur les essais français pendant 36 ans… Sans compter les populations locales ! « . Un petit pas de plus fait par l’association en ce début mars : « Jusqu’ici, vingt-et-une maladies, la plupart des cancers, des lymphomes, des myélomes, étaient reconnues comme conséquences des essais nucléaires… La commission d’indemnisation vient d’en reconnaître deux nouvelles, qui concernent les voies biliaires et la vésicule biliaire. Mais on voudrait que soient reconnues trente-trois maladies comme aux États-Unis. » L’infatigable pasionaria de 78 ans pointe notamment du doigt le césium 137 contenu dans les bombes atomiques : « Il s’attaque à tous les muscles, le cœur est un muscle…« 

Cas suspects

Les anciens des essais d’Algérie et de Polynésie se posent aussi des questions sur des cas suspects chez leurs enfants et petits-enfants. Telle cette fille de vétéran âgée de 36 ans, « qui a les organes d’une femme de 90 ans… On mène une étude sur l’hérédité. » Là encore pour découvrir de nouvelles conséquences dramatiques ? « Quand on parle de maladies orphelines chez un enfant, on ne sait pas d’où ça sort. »

Par Cécile BODARWE, publié le 15/03/2019 à 02h26 / Modifié le 15/03/2019 à 15h09