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EDF : POURQUOI L’ÉTAT VEUT GARDER LA MAIN SUR LE NUCLÉAIRE

Le groupe va bientôt plancher sur la réorganisation de sa structure. L’État envisage de renforcer sa participation au capital en lien avec les enjeux et risques particuliers de l’activité nucléaire. Une volonté logique pour un expert du marché énergétique.

Vers un nouveau EDF dans les prochains mois ? Le comité de la stratégie du conseil d’administration d’Électricité de France abordera en effet fin mai les projets d’évolution de la structure du groupe.

Il doit normalement aborder la question de la structure du groupe, mais ne devrait pas être décisionnaire, a précisé l’une de ces sources. Un point d’étape sera ensuite présenté le 7 juin à des cadres supérieurs d’EDF puis le 20 juin aux syndicats, selon des sources concordantes.

Cette revue a été initiée par l’État actionnaire (à hauteur de 83,6%) qui entend à la fois modifier la structure de l’entreprise pour la rendre plus agile tout en conservant la haute main sur les activités liées au nucléaire.           

L’idée est notamment de permettre à l’entreprise, par ailleurs lourdement endettée, de pouvoir continuer à investir dans l’activité nucléaire sur le long-terme. Une nouvelle structure de tête, qui « ne serait pas forcément à 100% publique », accueillerait le nucléaire et sa commercialisation sur le marché du gros, tandis qu’une « société fille » porterait la vente auprès des clients, particuliers et professionnels, ainsi que les participations dans les réseaux, RTE et Enedis.

« L’énergie nucléaire est une industrie d’État plus qu’une industrie de marché »

Pour Nicolas Goldberg, expert énergie au sein du cabinet Colombus Consulting, le plan de l’État est logique. « L’ouverture du marché de l’énergie est le péché originel. Lorsque l’État a acté l’ouverture du marché de l’électricité, EDF a changé de statut pour devenir une société anonyme, à laquelle ont été transférés des actifs amortis. Les centrales nucléaires dont le groupe nouvellement ouvert à la concurrence a hérité étaient déjà construites. Cela a faussé le marché, car EDF, par son accès à l’approvisionnement nucléaire amorti, était beaucoup plus compétitive dès le premier jour de l’ouverture du marché ».

« Jusqu’à présent, grâce à son parc nucléaire amorti, faire tourner ses réacteurs coûtait peu cher à EDF, mais on arrive aujourd’hui à la fin d’un cycle industriel. Il faut construire de nouveaux réacteurs si l’on veut maintenir la production à flot. Or, si l’on veut de nouveaux réacteurs, et c’est que souhaite l’État, il faut le soutien financier de ce dernier. L’État n’envisage pas d’autres acteurs qu’EDF pour le faire, il vaut donc mieux avoir la main dessus. Dans les faits, c’est déjà le cas. On s’apprête simplement à mettre en place une structure publique qui soutiendrait la construction de nouveaux réacteurs », souligne le spécialiste.

Et de poursuivre : « L’énergie nucléaire est une industrie d’État plus qu’une industrie de marché. C’est cela le facteur déterminant de la reprise par l’État. L’État ne veut pas le perdre, quitte à soutenir la filière française avec des aides publiques. (NDLR: tiens, je croyais que l’État n’avait plus d’argent.) L’État veut ramener un secteur stratégique dans son giron. C’est une stratégie politique, plus qu’une vision commerciale ».

Par Jérémy BRUNO, publié le 16/04/2019 à 06h14

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