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TCHERNOBYL, TRENTE-TROIS ANS APRÈS

Samedi 27 avril, 70 militants antinucléaires se sont réunis à Colmar pour commémorer les trente-trois ans du plus grave accident nucléaire de l’histoire. Pour les manifestants, la catastrophe de Tchernobyl continue et ses conséquences sanitaires restent largement méconnues.

Le 26 avril 1986 se produisait la pire catastrophe nucléaire du XXème siècle à la centrale de Tchernobyl, en Ukraine. Des explosions survenaient au niveau du réacteur n° 4. Trente-trois ans après, 70 militants antinucléaires, français et allemands, se sont rassemblés samedi 27 avril à Colmar pour commémorer l’événement.

«   Le monde oublie l’accident, regrette Solange Husser du Comité pour la sauvegarde de Fessenheim et de la plaine du Rhin. On s’en souvient uniquement lorsque les feux de forêts menacent la centrale…  » Pourtant, selon certaines estimations, des éléments radioactifs rejetés par le réacteur dans l’atmosphère avaient contaminé jusqu’aux trois quarts de l’Europe, y compris la France. Le « nuage radioactif » ne s’était pas arrêté à la frontière, comme l’avait prévu un bulletin météo d’Antenne 2.

9 000 ou 90 000 morts ?

Derrière des banderoles « Stop nucléaire » et « Tchernobyl, plus jamais », Suzanne Rousselet, membre de Stop Fessenheim, rappelle avec force que la « catastrophe est loin d’être terminée. Ses impacts sont méconnus et sous-estimés car aucune étude sanitaire d’ampleur n’a été menée. » Si la zone est inhabitée dans un rayon de 30 km autour de la centrale, 5 millions de personnes vivent toujours sur 150 000 km² de terres contaminées…

Le nombre de morts, parmi les liquidateurs – intervenus après l’accident pour décontaminer le site –, les personnes évacuées et celles résidant dans les zones contaminées de Biélorussie, Ukraine et Russie, est controversé en raison des effets à long terme des radiations chroniques à faible dose. Les estimations vont de 9 000 cancers mortels, d’après l’Organisation mondiale de la santé, à 90 000 selon l’ONG Greenpeace.

Récemment, l’historienne américaine Kate Brown, professeure au Massachusetts institute of technology, a publié un ouvrage dans lequel elle démontre que les autorités soviétiques et internationales ont minimisé la forte hausse de cancers infantiles ou de malformations congénitales dans les années qui ont suivi le drame. « Mais il ne faut pas réduire l’accident à une sinistre bataille de chiffres », prévient Solange Husser.

Après une minute de silence, les manifestants marchent à travers les rues et distribuent des tracts. « Nous ne sommes pas à l’abri d’une catastrophe nucléaire », lance Suzanne Rousselet qui réclame la fermeture immédiate de la centrale de Fessenheim. À ses côtés, Philippe Aullen, conseiller municipal écologiste de Guebwiller, abonde : «  Le nucléaire est une industrie dangereuse, il faut démanteler le parc français.  » Seront-ils entendus ? La promesse de campagne d’Emmanuel Macron de ramener la part du nucléaire dans la production d’électricité à 50 % en 2025 – contre 75 % aujourd’hui – a d’ores et déjà été reportée.

Par Marine ERNOULT, publié le 28 avril 2019 à 05h00, actualisé à 08h25

https://www.lalsace.fr/haut-rhin/2019/04/28/tchernobyl-trente-trois-ans-apres