Mai 13

LE PARI FOU DE L’ARME NUCLÉAIRE

N’en doutons pas un instant : les décennies à venir démontreront de façon accablante qu’en pariant sur la manipulation de l’atome pour se doter d’armes de dissuasion dite « massive», l’homme du vingtième siècle a commis la plus grave des erreurs et hypothéqué sérieusement son propre avenir.

Dressé dès la fin de la Seconde Guerre mondiale lorsque les États-Unis lancèrent leurs bombes sur les villes japonaises d’Hiroshima et de Nagasaki, causant la mort de centaines de milliers d’innocents, ce constat a été longtemps récusé par les États qui s’étaient dotés de ce type d’armes ou qui voulaient s’en doter. Mais il apparaît de plus en plus évident aujourd’hui, avec cette conséquence que tôt ou tard les puissances nucléaires seront obligées de faire machine arrière en détruisant leur arsenal. Et ce ne sont pas les gesticulations de Kim Jong-Un ou les rodomontades de Donald Trump qui y changeront quelque chose.

Dans le moment où les conflits dits « de basse intensité », c’est-à-dire fondés sur le terrorisme, se multiplient à la surface du globe, croire que la possession de l’arme nucléaire peut protéger un pays et son peuple relève du fantasme. Outre le fait que la détention et l’entretien de ce type d’engins sont ruineux au sens propre du terme, leur vieillissement finira tôt ou tard par poser des problèmes environnementaux que les puissances les plus riches s’avèreront incapables de résoudre.

L’Angleterre, la Chine, les États-Unis, la France, Israël, l’Inde, le Pakistan, la Russie en font d’ores et déjà l’amère expérience. Et si les dirigeants iraniens ou nord-coréens avaient deux sous de bon sens, ils ne commettraient pas l’erreur qui consiste à dépenser des sommes pharamineuses pour se doter d’armes qui ne seront jamais utilisées.

Au cœur de la théorie de la dissuasion sur laquelle repose la détention de l’arme dite « suprême » figurent deux illusions :

La première est de croire qu’un pays pourrait lancer un ou plusieurs missiles chargés d’une bombe de ce type afin de se protéger d’une menace ou de répondre à une attaque lancée contre son territoire. Le simple fait de les brandir provoquerait à coup sûr une « bronca » mondiale qui se transformerait en un tsunami politique et diplomatique contre lequel aucun gouvernement, aussi puissant soit-il, ne pourrait lutter. Mis aussitôt au ban des nations, le pays qu’il dirige verrait sa crédibilité s’effondrer et un mur planétaire s’ériger devant lui pour l’obliger à faire machine arrière.

La seconde illusion, plus dangereuse encore, est de croire qu’une économie moderne, aussi riche soit-elle, pourra très longtemps encore financer les recherches nécessaires pour tout à la fois moderniser l’arme nucléaire et en détruire les produits lorsqu’elle s’avèrera dépassée. Les pays détenteurs de ce type d’armes le savent parfaitement qui découvrent aujourd’hui ce que leur coûtera dans le proche avenir l’enfouissement des déchets dont la destruction demandera des milliers d’années et que le moindre tremblement de terre pourrait transformer en un nouveau Tchernobyl.

Ce qui est écrit ici ne date pas d’aujourd’hui et nombreux sont les observateurs de la scène humaine qui l’ont exprimé sur les cinq continents depuis le début des années quarante du siècle précédent, lorsque se précisa la mise au point de ce type d’armes. Mais il est très probable que l’éveil de l’humanité sur les menaces croissantes que fait peser sur elle l’illusion nucléaire provoquera dans les décennies à venir une révolte générale contre laquelle les nations les plus riches ne pourront pas lutter. Tôt ou tard, en effet, l’élimination de ces armes figurera en tête des actions à mener pour la protection de la nature et donc la survie de l’humanité.

Affaire stratégique à suivre de très près donc !

Par Jean-Paul Pigasse, Édition Quotidienne (DB), publié le lundi 13 mai à 11h26

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