LA FILIÈRE NUCLÉAIRE EST MENACÉE PAR LA PERTE DE COMPÉTENCES INDUSTRIELLES EN FRANCE, AFFIRME L’ASN

Les compétences françaises liées au nucléaire sont comme les centrales : elles vieillissent. Tout au long de son intervention devant l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) de l’Assemblée Nationale, le 16 mai 2019, le président de l’Autorité de Sureté Nucléaire s’est inquiété de la perte de compétences industrielles de la filière nucléaire, en particulier dans les PME.

Un constat qui ternit le pourtant bon bilan de l’année, puisque selon Bernard Doroszczuk  « la sécurité nucléaire et la radioprotection se sont globalement maintenus à un bon niveau en France en 2018« . Aucun incident majeur n’est ainsi à déplorer et le niveau de sûreté des installations des différents exploitants reste globalement bon ou acceptable

Mais alors que « le nucléaire est le domaine du temps-long et de l’anticipation« , le président rapporte de nombreuses difficultés rencontrées dans des « opérations industrielles assez classiques » : des opérations de soudure, de génie civil, de travaux électromécaniques et de contrôles non destructifs par exemple.

Des problèmes dus à la « perte d’expérience » alors qu’aucun réacteur n’a été construit en France depuis plus de 20 ans, mais qui seraient aussi le signe d’une perte de compétences liés à l’affaiblissement du tissu industriel hexagonal. Alors que les opérateurs gardent de bonnes compétences opérationnelles et ont bien anticipé le renouvellement des générations, ce seraient les PME impliquées dans le nucléaire – sans que ce soit leur activité principale – qui seraient les plus touchées.

La question brûlante de l’EPR de Flamanville, dont des problèmes de qualité de soudures sur le circuit secondaire (situé entre le générateur de vapeur et la turbine) retardent la mise en service a d’ailleurs servi d’exemple. Alors qu’il y a une vingtaine d’années le niveau de très haute qualité requis avait été atteint « très largement » sur la centrale de Civaux, tout comme en Chine et en Finlande plus récemment, cela n’a pas été le cas à Flamanville. Tout en gardant des précautions quant aux raisons précises de cet échec, Bernard Doroszczuk a noté que « ce qui paraît clair, c’est que l’expérience chinoise, puisque les Chinois construisent entre 5 et 7 réacteurs par an, permet d’entretenir une compétence industrielle que nous n’avons pas ».

Une situation qui influe aussi sur les techniques de contrôle de l’ASN puisque « le constat principal aujourd’hui, c’est que les difficultés se concentrent non pas sur la conception, mais sur la réalisation des travaux sur le terrain« , a expliqué Olivier Gupta, directeur général de l’autorité indépendante. Pour répondre à ces nouveaux enjeux, l’ASN adapte les quelques 1800 contrôles qu’elle effectue chaque année, vantant un meilleur ciblage, une plus forte présence sur le terrain et des vérifications accrues pour détecter d’éventuelles fraudes. 

Assurer le démantèlement et la maintenance

Le problème est alors clair : même sans préjuger des choix industriels concernant la construction de nouveaux réacteurs, Bernard Doroszczuk a pointé que « les opérations de maintenance, de gestion des déchets et de démantèlement [sont] en tout état de cause devant nous ». Et alors que l’ASN doit s’exprimer sur la prolongation des réacteurs 900MW au-delà de 40 ans dans les prochaines années, les doutes sur les capacités françaises de maintenance pour assurer la poursuite de l’exploitation ne sont pas bienvenus.

Alors qu’il faut « entretenir des filières nucléaires qui soient présentes et qui gagnent leur vie dans cette activité« , les « choix industriels » concernant les prochains réacteurs et la poursuite de l’exploitation risquent d’influer sur les décisions des PME de rester, ou non, dans une filière dans laquelle il reste très difficile de prévoir l’évolution des marchés potentielle.

Pour pallier le manque de compétence, l’ASN appelle à un « ressaisissement » de la filière nucléaire et insiste sur la formation professionnelle et la culture de sûreté liée au suivi des constructions. Dans ce cadre, la mise en place du GIFEN (groupement des industriels français pour l’énergie nucléaire) à l’été 2018 et d’un contrat stratégique de filière début janvier 2019, ont été salués

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